N° 263 L’avant-dernier compagnon de la Libération, Daniel CORDIER, est mort.

Le grand résistant Daniel CORDIER, secrétaire de Jean MOULIN, est mort le vendredi 20 novembre à l’âge de 100 ans. Ses obsèques seront célébrées le jeudi 26 novembre après-midi aux invalides.

 

“Qui veut risquer sa vie la sauvera !”

 Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, a donné ce titre à ses mémoires.

À l’annonce de la mort de l’avant dernier compagnon de la Libération, comment ne pas penser à cette phrase, qui fait référence aux écritures.

Entre le 28 juillet 1942, date de son parachutage en France, et mars 1944, date à laquelle il a quitté la France en passant par les Pyrénées, Daniel CORDIER a réussi à échapper à toutes les arrestations, alors que l’espérance de vie d’un opérateur radio parachuté en France n’était généralement que de 6 mois.

Daniel CORDIER a pensé à sauver son honneur et celui de la France, avant de songer à sauver sa peau

En risquant sa vie, il l’a sauvée. Et quelle vie !

Quel exemple pour les donneurs de leçons !

Quelques années après avoir piteusement terminé leur révolution d’opérette, les soixante-huitards se sont cru autorisés à donner des leçons de résistance à leurs ainés. À les lire et à les écouter, ils auraient tous résisté jusqu’à la mort.

Le jour où Daniel CORDIER est mort, les soixante-huitards confinés, terrorisés par un virus bien moins mortel que les nazis, abandonnent sans honte à leurs descendants une société déboussolée, individualiste et insensée.

Les résistants virtuels de 68, les enfants gâtés de la Ve République qui se sont trompés sur tout : sur le communisme, sur le capitalisme, sur de GAULLE, sur la Chine, sur Cuba, sur la guerre et la paix, sur l’argent, sur le progrès, sur l’Histoire, ont eu la prétention de s’ériger en donneurs de leçon.

Daniel CORDIER, qui avait la modestie des gens de cœur courageux et très intelligents, a refusé jusqu’à la fin de sa vie de faire la leçon à la jeunesse, il a fait bien plus, il a montré l’exemple.

En 2020, avant d’aller finir leurs jours dans un Ephad de luxe, car ils ne finissent pas pauvres,  non contents de s’être gourés sur tout, les soixante-huitards passent leur temps – d’antenne – à donner finalement raison à leurs contradicteurs d’hier après les avoir traînés dans la boue.

Soixante-quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Daniel CORDIER aimait à rappeler que “la liberté est le soleil de la vie“.  À la veille de sa mort, il redisait :  “Nous nous sommes battus pour la liberté pendant presque cinq ans. Si c’était à refaire, je le referais immédiatement. C’est la seule chose de mon existence dont je suis sûr “.

Qui veut sauver sa vie la perdra, qui risque sa vie pour la liberté la sauvera !

Message bien reçu !

Pour l’honneur de Jean MOULIN et du CNR

À la fin des années 1970 choqué par ce qu’il considère comme des calomnies contre Jean MOULIN (en particulier les accusations d’Henri FRENAY, qui en fait un agent crypto-communiste, CORDIER entreprend des recherches historiques pour défendre la mémoire de son ancien patron.

En possession des archives de Jean MOULIN, Daniel CORDIER a pu livrer, après des années d’un travail acharné, une somme biographique monumentale qui a profondément renouvelé l’historiographie de la Résistance et qui entend faire définitivement litière des diverses légendes cherchant à salir la mémoire du premier président du Comité National de la Résistance CNR.

L’originalité de Daniel CORDIER, en tant qu’historien-témoin, est de refuser radicalement le témoignage oral et de ne faire qu’un usage très restreint de ses propres souvenirs. Il insiste sur l’imprécision et les déformations de la mémoire humaine, qui rendent impossible l’établissement d’une chronologie précise, pourtant indispensable pour éviter les confusions et les anachronismes qui brouillent la reconstitution des processus de décision.

Conférence organisée par l’UFR d’Histoire de l’Université Panthéon-Sorbonne le 14 octobre 2015

Les obsèques de Daniel CORDIER, jeudi 26 novembre aux Invalides

Les deux derniers compagnons de la Libération réunis sur l’écran

Sous le regard du dernier compagnon de la Libération, Hubert GERMAIN

[Le 26 novembre 2020, 05 H25, M. P., Ancenis] :Je viens de finir de regarder intégralement le témoignage de Daniel CORDIER, enregistré à la Sorbonne en 2015. Ce témoignage est exceptionnel à plusieurs titres.

C’est le témoignage d’un homme de 95 ans qui, après avoir mis de l’ordre dans ses idées, dans ses souvenirs et ses documents d’archives, est capable de répondre, sans aucune note, aux questions de deux historiens professionnels, spécialistes de la Résistance. La voix est claire et l’intelligence est vive.

C’est la parole d’un acteur de premier rang qui a vécu ce dont il témoigne, après avoir pris soin de vérifier ses souvenirs par ses longs travaux.

Dans ces 2 heures d’enregistrement, il y a un passage d’une dizaine de minutes qui mérite d’être regardé avec une particulière attention. Celui entre 52.00 et 1.05.00.

4° Une phrase à noter : ” La résistance, c’est début 1944“.   “La veille du débarquement” ! [ entre 56.00 et 58.00]

[Le 25 novembre 2020, 14 H45, J. P., Montbazin] : En tant que fils de Compagnon, j’ai été particulièrement touché par le décès de Daniel CORDIER.  Lorsqu’il n’en restait plus que deux, puisque SIMONET est décédé voici 2 mois, nous nous posions la question, avec mon frère, de savoir qui serait le dernier survivant, d’Hubert GERMAIN ou lui, à qui est réservée la tombe dans la crypte du Mont Valérien à Suresnes. Nous espérions tous les deux que ce serait GERMAIN, pour deux raisons: vu le “sale caractère” de CORDIER, il est vraisemblable que celui-ci a dû donner des instructions pour refuser cet honneur… Et parce que mon père et GERMAIN ont tous les deux été officiers à la 13ème Demi-Brigade de la Légion étrangère (elle-même Compagnon)… 

Nous verrons bien ce qui va se passer. Mon frère va évidemment assister à la cérémonie aux Invalides, et m’en fera un compte-rendu détaillé.  A bientôt pour plus de nouvelles d’ICEO

[Le 25 novembre 2020, 15 H25, ICEO, Montpellier] : Sur les 1038 compagnons de Libération, plus de 80 sont passés par la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, et une vingtaine ont participé à la Bataille de Bir Hakeim. Deux des trois derniers compagnons ont participé à la bataille de Bir Hakeim dans la 13e demi-brigade. Quelles destinées ! Quelle longévité !

[Le 25 novembre 2020, 13 H45, J-P. F., Montpellier] : Quelle honte ! Les enfants de 68 sont aussi les petits enfants de l’occupation… Ils ont pu prendre exemple (?) d’hommes comme CORDIER pour faire que ce qu’il a vécu ne se produise plus…

[Le 26 novembre 2020, 08 H20, ICEO, Montpellier] : Alexis de TOCQUEVILLE : «Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau.»

[Le 25 novembre 2020, 04 H35, P. C., La Varenne] :  Il faut absolument lire, ou relire, l’article d’Éric CONAN, publié dans l’Express le 24 mai 2001 : La génération gâtéeIls ont eu de la chance, les soixante-huitards, d’être, au bon moment, les acteurs d’un mouvement de contestation. Nombre d’entre eux l’ont transformé en instrument de pouvoir. Mais aujourd’hui, gare à ceux qui les contestent

[Le 24 novembre 2020, 19 H35, A. M., Lyon] : Adieu, monsieur, merci pour tout ce que vous avez fait et pour tout ce qu’on vous doit, à vous et à tout vos compagnons.