N° 143 C’est dur la démocratie, mais c’est la démocratie ! 

“Ce n’est pas le Parlement qui doit régner; c’est le peuple qui doit régner à travers le Parlement.”         Winston CHURCHILL

Les opposants au Brexit, qu’on appelle les « no where», ceux qui sont à l’aise dans le monde fluide où nous vivons, par opposition à ceux qui se sentent de « some where» et ont voté pour sortir de l’UE, ont eu le dernier mot dans toutes les batailles des vingt-cinq dernières années. Ils n’ont pas l’habitude de voir leur autorité et leur «vision politique» contestée, or elle l’est.

 

Ils découvrent aujourd’hui ce qu’est la démocratie britannique !

26 juin 2016

13 décembre 2019

Les Français sont presque tous persuadés que le mode de scrutin au Royaume-Uni (élection à un tour) est beaucoup moins démocratique que le mode de scrutin Français à deux tours. En comparant les résultats des élections législatives du 13 décembre en Grande-Bretagne a ceux des dernières élections législatives en France on peut voir qu’il n’en est rien. 

Le Parti conservateur (283 sièges en cas d’élections à la proportionnelle intégrale) a obtenu 364 élus soit 1,28 fois plus.

La République en marche (142  sièges en cas d’élections à la proportionnelle intégrale) a obtenu 267 élus soit 1,88 fois plus.

Quant au Parti  travailliste, le grand perdant des élections, il n’aurait à la proportionnelle que 209 sièges au lieu de 203.

Élections législatives en 2017 en France : taux de participation  48,7 % au premier tour et 42,6 % au second.

Élections législatives en 2019 au Royaume-Uni :  taux de participations                                67,3 %  

“La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres”

Article de Jean-Marie POTTIER publié le 12 mai 2016 dans la revue SLATE

“La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres”. Cet aphorisme souvent cité, signé Winston CHURCHILL, est certainement l’un des plus  mal compris du débat politique.

La citation est très connue, son contexte méconnu. Quand Winston CHURCHILL prononce cette phrase, il n’est pas, comme on pourrait le croire, le dirigeant tout-puissant d’une démocratie britannique qui a gagné la Seconde Guerre mondiale face aux dictatures, mais un leader déchu: il la lance en effet le 11 novembre 1947 à la Chambre des communes alors qu’il n’est plus «que» leader de l’opposition, après avoir été, à la surprise générale, largement battu lors des législatives de juillet 1945 par le travailliste Clement ATTLEE.

Il reproche alors à un gouvernement qui s’enfonce dans l’impopularité de chercher à diminuer les droits du Parlement en amenuisant le pouvoir de veto de la Chambre des Lords, la deuxième Chambre du Parlement:

«Comment l’honorable gentleman conçoit-il la démocratie? Laissez-moi la lui expliquer, M. le président, ou au moins certain de ses éléments les plus basiques. La démocratie n’est pas un lieu où ou obtient un mandat déterminé sur des promesses, puis où on en fait ce qu’on veut. Nous estimons qu’il devrait y avoir une relation constante entre les dirigeants et le peuple. “Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple“: voilà qui reste la définition souveraine de la démocratie. […] Démocratie, dois-je expliquer au ministre, ne signifie pas “Nous avons notre majorité, peu importe comment, et nous avons notre bail pour cinq ans, qu’allons-nous donc en faire?“. Cela n’est pas la démocratie, c’est seulement du petit baratin partisan, qui ne va pas jusqu’à la masse des habitants de ce pays.

[…]

Ce n’est pas le Parlement qui doit régner; c’est le peuple qui doit régner à travers le Parlement.

[…]

Beaucoup de formes de gouvernement ont été testées, et seront testées dans ce monde de péché et de malheur. Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l’opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions de ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres.

[…]

Un groupe d’hommes qui a le contrôle de la machine et une majorité parlementaire a sans aucun doute le pouvoir de proposer ce qu’il veut sans le moindre égard pour le fait que le peuple l’apprécie ou non, ou la moindre référence à sa présence dans son programme de campagne.

[…]

Le parti adverse doit-il vraiment être autorisé à faire adopter des lois affectant le caractère même de ce pays dans les dernières années de ce Parlement sans aucun appel au droit de vote du peuple, qui l’a placé là où il est? Non, Monsieur, la démocratie dit: “Non, mille fois non. Vous n’avez pas le droit de faire passer, dans la dernière phase d’une législature, des lois qui ne sont pas acceptées ni désirées par la majorité populaire. […]»

Bien sûr, le discours de CHURCHILL, qui cherche ici à la fois à défendre les droits de la Chambre des lords (héréditaire) et du peuple britannique (pour qui il réclame des élections anticipées), n’est pas exempt d’opportunisme.

Mais cela nous rappelle en tout cas que le contexte des «grandes phrases» historiques est souvent plus compliqué que ce que laisse voir une simple formule frappante et qui sonne bien.

[Le 13 décembre 2019, 18 H40, B. J., Londres] : “Democracy is the worst form of government, except for all those others that have been tried.” In a similar fashion, capitalism is the worst economic system, except for all the others.

Let us say,  till now !