A° 003 La coopération internationale bilatérale perd un maître. Les membres d’ICEO perdent un grand ami.

Le professeur Jean CASTEL, premier président de l’Institut de Coopération avec l’Europe Orientale (1989-1994), est décédé le lundi 25 février vers 20 heures à Montpellier, dans le service d’Anesthésie et Réanimation de l’Hôpital Lapeyronie. Ses obsèques ont eu lieu samedi matin 2 mars en l’église Sainte Thérèse, près de la faculté de Pharmacie.

Né à Narbonne en 1935, Jean CASTEL à fait ses études de Pharmacie à Montpellier, puis il passa le Pharmacopat des hôpitaux et l’agrégation à Paris. Il fut Professeur des Universités de Montpellier (Chimie Thérapeutique) et biologiste des hôpitaux. À partir de 1989, pendant une dizaine d’années, il fut responsable des relations internationales de l’Université Montpellier I.

Avant, pendant et après son mandat, il a développé de nombreuses conventions de coopérations interuniversitaires, notamment avec l’Indonésie, le Brésil, le Mexique, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Liban et la Pologne. Ces conventions ont permis à de nombreux étudiants et à de très nombreux enseignants-chercheurs étrangers de connaître la France en général et Montpellier en particulier. Des dizaines de thèses ont ainsi été réalisées à l’université de Montpellier dont plus d’une dizaine en cotutelle. Les séjours d’universitaires étrangers en France et les missions d’universitaires français chez leurs homologues étrangers peuvent être estimés à plus de deux cents. Le nombre de publications et de communications communes dépasse la centaine.

Nommé par le Ministère des Affaires étrangères (français) expert en Sciences de la Vie auprès du COFECUB (Brésil) et expert en Sciences de la Vie dans divers programmes auprès des comités CAMPUS et CORUS en Afrique et à Madagascar, le professeur CASTEL coordonna plus de 85 missions de sélection de chercheurs, d’évaluation de programmes scientifiques et d’enseignement effectuées dans ce cadre.

Jean CASTEL voulait communiquer sa joie de vivre à tous ceux qui l’entouraient et à tous ceux qu’il rencontrait, car il savait que la VRAIE joie ne peut être qu’une joie partagée.

Il avait appris de ses parents à aimer la France, il s’efforçait d’apprendre à connaître l’humanité. Il voulait en découvrir les richesses et les faiblesses pour en respecter la diversité.

Comme pour de nombreux jeunes de sa génération, son ouverture au vaste monde commença en 1961, lors du voyage qu’il effectua en train à Moscou avec un groupe d’étudiants de la corpo de Montpellier.

Sa générosité et son intelligence de cœur le prédestinaient à l’esprit de coopération internationale. Il s’attachait à faire découvrir et aimer son pays à tous les étrangers qu’il aidait à venir étudier ou à effectuer des travaux de recherche en France.

Au terme de sa vie, la chose dont il était le plus fier était d’avoir permis à la quasi totalité de tous ceux qui avaient étudié à Montpellier grâce à sa sollicitude, de mettre au service de leur pays les connaissances qu’ils avaient acquises en France.

Les nombreux hommages posthumes qu’il a reçus, dès l’annonce de son décès, du Mali, du Maroc, de Pologne, de Roumanie, de Turquie, etc. prouvent le profond et fidèle respect que tous ses obligés ont gardé pour leur ancien maître, bien qu’ils soient devenus des personnalités éminentes dans leurs pays respectifs.

La deuxième chose dont il pouvait être fier, c’est de la formidable vitalité qui anime encore les laboratoires qui ont commencé à coopérer grâce à lui.

Tous ceux qui poursuivent les programmes de coopération initiés par le professeur CASTEL lui apportent ainsi le plus beau témoignage de leur reconnaissance. Il savait gré au professeur Jean MARTINEZ, devenu son ami, d’avoir donné aux collaborateurs placés sous son autorité toute latitude pour assurer au mieux la relève.

Une simple anecdote permettra à tous ceux qui n’ont pas connu Jean CASTEL dans la plénitude de son art coopératif, de mesurer sa vivacité d’esprit et son intelligence pratique.

En 1989, à la mort de CEAUCESCU, le président du Conseil général de l’Hérault Gérard SAUMADE, a demandé à quatre adhérents d’ICEO, association nouvellement créée sous la présidence de Jean CASTEL, d’identifier rapidement en Roumanie des projets qui puissent aider le pays à sortir du marasme.

Le soir du 31 décembre à Craiova, Vlad TICA, un étudiant en médecine parlant parfaitement français exposa les problèmes qui lui semblaient les plus graves : d’abord redémarrer les usines d’alimentation pour bétail qui faisait cruellement défaut ; ensuite aider la gynécologie roumaine à sortir du trou noir dans lequel la femme du dictateur l’avait plongée.

Vlad TICA rêvait de venir en France faire la spécialité gynécologie-obstétrique, mais il ne pouvait imaginer arriver à Montpellier en milieu d’année universitaire.

Le professeur Jean CASTEL prit en main le dossier dès que le président SAUMADE eut confirmé son accord pour attribuer une bourse d’étude au futur gynécologue, lui permettant de survivre en attendant d’acquérir l’autonomie financière que peuvent donner les gardes médicales.

Il restait à obtenir, « last but not least », l’accord du chef du département, le professeur Jean-Louis VIALA, pour que Vlad TICA puisse s’inscrire en spécialité, avec ses seuls diplômes roumains.

Jean CASTEL sut être convaincant et le professeur VIALA se montra d’une grande hauteur de vue coopérative : « Son diplôme on n’en a pas besoin, CASTEL, s’il est bon je le garde, s’il est dangereux je le vire ».

Le professeur CASTEL retrouvait là la philosophie de son maître à l’Hôpital, le professeur de pédiatrie Roger JEAN : « CASTEL, en médecine, d’abord on agit, ensuite on régularise ».

Début février 1990, Vlad TICA arrivait à Montpellier, doté d’une bourse et accueilli à la maternité où il allait travailler. Il ne restait plus qu’à le loger.

La faculté de Pharmacie disposait à l’époque d’un grand appartement de fonction inoccupé. Sur proposition de Jean CASTEL cet appartement devint promptement une résidence étudiante gérée par le professeur Maurice JACOB.

L’étudiant TICA ne fut pas viré.

Il est aujourd’hui : professeur de Gynécologie en Roumanie à la Faculté de Médecine de Constanta, président du Comité d’Obstétrique et Gynécologie du Collège National des Médecins de Roumanie, vice-président de la Société Nationale d’Obstétrique et Gynécologie de Roumanie, executive member of EBCOG (European Board and College of Obstetrics and Gynecology), vice-président de AMEH (European Medical Association of Senior Hospital Doctors), Board Member of the Permanent Standing Comittee of European Doctors (CPME).

Pour de nombreux étudiants, leur rencontre avec le professeur CASTEL a changé leur vie.

Tous lui doivent un immense et simple MERCI.

Pour ses amis d’ICEO, Jean CASTEL fut une référence, un conseil avisé et un mentor. Son décès leur cause une grande peine. Ils ne l’oublierons pas.

Grâce à la bienveillance initiale du professeur Henri ORZALESI, avec le laboratoire de Pharmacie chimique, de Chimie thérapeutique, puis de l’Institut de Biologie moléculaire Max Mousseron, plus de quarante années de coopération internationale.

Note de la rédaction : Cet article a été réalisé à partir des seules photos aujourd’hui à notre disposition. C’est la seule et unique raison pour laquelle certaines personnes, même ayant bien connu Jean CASTEL, n’apparaissent pas, ou ne sont pas citées ici. Tous ceux qui peuvent enrichir ces archives sont invités à faire connaître les photos en leur possession, en relation avec la coopération internationale.