N° 579 : Le RN annoncé aux portes du pouvoir. Comment en est-on arrivé là ?

Les augmentations en 4 ans du score électoral du RN et de celui de l’AFD sont si fortes, qu’aucun observateur politique sérieux ne peut encore penser qu’il ne s’agit que d’une saute d’humeur des électeurs, passagère.

 

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En Allemagne comme en France, les dirigeants en place prétendent absolument tout faire pour empêcher le « retour » au pouvoir de l’extrême droite. Depuis plus de 40 ans les Français votent « de plus en plus mal ». Lepénisation des esprits ? En Allemagne depuis 12 ans les électeurs se sont mis à leur tour à imiter les Français.

On note, que c’est à la suite des multiples agressions sexuelles qui se sont produites à Cologne lors du nouvel an 2016, et après le début de la guerre en Ukraine, que les votes pour l’AFD ont deux fois de suite doublé lors des élections fédérales : 4,7 %, en 2013, 12,6 % en 2017, 10,4 % en 2021, et 20,8 % en 2025.

Le FN, créé en 1972, n’est-il passé de 0,17 % en 1981 à 9,65% en 1986, que grâce à François MITTERRAND ?

L’AFD, créé en 2013, est-il passé de 4,7 % en 2013 à 12,6% en 2017, à cause des choix d’Angela MERKEL ?

Ces deux questions, bien que posées de façon provocatrice et polémique, n’en sont pas moins pertinentes. On note en effet que le FN est passé de l’ombre à la lumière à la suite immédiate de l’arrivée au pouvoir de François MITTERRAND. De même l’AFD a multiplié ses scores électoraux par deux fois et demie à la suite du choix qu’a fait Angela MERKEL, d’ouvrir les frontières de l’Allemagne de façon inconditionnelle aux réfugiés syriens, musulmans pour la plupart d’entre eux.

Jusqu’en 2017, avec le mode de scrutin majoritaire à deux tours, il suffisait aux socialistes de poursuivre l’instrumentalisation de l’antiracisme et de l’antifascisme mis au point par François MITTERRAND en 1984, pour garder l’assurance de ne jamais rester trop longtemps éloignés du pouvoir. À l’exception de 1986, où grâce à la proportionnelle il réussit à avoir 35 élus, le FN ne réussit à avoir 2 députés qu’en 2012, et 8 députés en 2017. Le FN a changé de nom en 2018. Ce n’est pas ce seul changement qui a permis au FN devenu RN de franchir le plafond de verre, mais heureuse coïncidence, dès 2022 le RN réussit à faire élire 89 candidats. En 2024, le soir du premier tour, les sondages annonçaient un raz de marée de la droite de la droite. Pour certains instituts, le RN associé à l’UDR, pouvait même espérer obtenir la majorité à l’Assemblée nationale. Une fois encore le barrage républicain a réussi à réduire à 122 le groupe RN.

Les augmentations en 4 ans du score électoral du RN et de celui de l’AFD sont si fortes, qu’aucun observateur politique sérieux ne peut encore penser qu’il ne s’agit que d’une saute d’humeur des électeurs, passagère.

Dès le lendemain soir du premier tour des élections législatives, le 1er juillet 2024, le Sénat a mis en ligne sur son site les résultats du sondage qu’il avait commandé la veille, afin de cerner le profil des électeurs qui venaient de voter.

Le 9 juin, aux européennes, les partis du Nouveau Front Populaire ont recueilli 31,69 % des voix,

alors que le RN et Reconquête ont obtenu une somme de 36,84 % des voix, Ensemble 14,60 %, et LR 7,25 %

À Paris, Lyon et Marseille, les partis du NFP ont recueilli respectivement 43,29 %, 48,53 %, et 40,78 %

alors que le RN, l’UDR et Reconquête ont obtenu en tout moins de 25 %, moins de 20 %, et moins de 38 %

Depuis 1945, à chaque montée électorale de l’extrême droite en Allemagne, de nombreux observateurs alarment sur la re-nazification du pays, un dangereux retour aux années 30, et enfin une nouvelle arrivée des nazis au pouvoir par les urnes.

Nombre total de sièges 647 – majorité 324

Contrairement à ce qui est répétée en boucle sur la plupart des médias, Adolf HITLER n’est pas arrivé au pouvoir par les urnes. Son parti, le NSDAP, n’a jamais dépassé 43,9 % des voix, ni 44,5 % des sièges aux élections législatives [288/647]. Dans un contexte de crises parlementaires à répétition, et de paniques morales orchestrées par une presse aux ordres d’un magnat d’extrême droite, ce fut le résultat d’intrigues menées par des industriels et des banquiers. Tous entendaient casser l’élan électoral de la gauche, et abattre l’État social.

Si la progression du vote NSDAP et celle du vote AFD se ressemblent arithmétiquement, elles sont très différentes politiquement et socialement.

Début 1932, le parti NSDAP comptait déjà 1,5 million d’adhérents, dont 350 000 SA et SS. En 2025, l’AFD n’annonce toujours que 48 000 adhérents, deux fois moins que le RN en France, qui en revendique juste 100 000.

Les jeunes, engagés en 2026 dans les groupuscules « antifas », ne semblent pas connaître ces chiffres, qui relativisent considérablement le danger d’arrivée de néonazis au pouvoir. Ils semblent malheureusement aussi, ignorer le rôle de la crise économique de 1929 dans la montée du nazisme en Allemagne.

De toutes les conditions qui ont favorisé l’arrivée du nazisme ou du fascisme, la plupart ne sont réunies aujourd’hui ni en France ni en Allemagne.

La crise économique de 1929 n’est pas seule à l’origine du succès des nazis, mais en raison du désordre économique, social, et politique, qui régnait en Allemagne, juste 10 ans après l’humiliante signature du traité de Versailles, imposée à l’Allemagne par les alliés, elle a rendu le succès presque impossible à empêcher, alors qu’il était jusqu’alors des plus improbables.

En novembre 1931, espérant une guerre civile dont ils ne doutaient pas sortir vainqueurs, les dirigeants du Parti communiste d’Allemagne le KPD, ont publié dans le journal officiel du parti un texte « fascisant », de façon totalement irréfléchie, le SPD : « le fascisme de BRÜNING n’est pas meilleur que celui de HITLER… C’est contre la social-démocratie que nous menons le combat principal. »

Le crime qui a été commis le jeudi 12 février à Lyon par les antifas, montre malheureusement que leur première motivation n’est pas de s’opposer à la prise du pouvoir par l’extrême droite par tous les moyens, mais de chasser violemment de l’espace public et médiatique tous ceux qu’ils accusent d’être fachos. Lorsqu’ils crient ou écrivent sur les murs, « à mort les fachos », ils sont très sérieux.

Le profil type des antifas est désormais bien connu, notamment des services de police. Jeunes étudiants issus des milieux souvent les plus aisés, les antifas font avant tout de leur engagement militant une activité sportive, un sport de combat où tous les coups sont permis. Ils croient leur engagement politique révolutionnaire, alors qu’il est surtout irréfléchi.

Les militants qui ont respecté aveuglément les instructions des dirigeants du parti communiste d’Allemagne, pensaient certainement suivre le chemin le plus court pour porter leurs idées au pouvoir. Les membres des services action du KPD, ne doutaient pas de la nécessité qu’il y avait de faire appel à la violence pour combattre le nazisme, et renverser le système capitaliste, de conserve.

Les historiens communistes ne manquent jamais de rappeler que, sans les importants soutiens financiers, médiatiques, et diplomatiques, qu’il a reçus, Adolf HITLER n’aurait absolument pas pu devenir chancelier. Par contre ils ne cherchent absolument pas à comprendre pour quelles raisons les nazis ont bénéficié de tant d’appuis.

C’est pourtant assez facile à expliquer. Au moment où les communistes se battaient dans les rues et dans les urnes contre les nazis, ils luttaient aussi contre les intérêts du capital, et contre les croyances religieuses.

Ceux qui reprochent en 2026, aux patrons et aux autorités religieuses d’Allemagne, d’avoir favorisé l’arrivée du nazisme au pouvoir en 1933, oublient que les pires horreurs hitlériennes n’avaient pas encore été commises alors, tandis que celles des bolcheviques étaient déjà largement documentées. Les communistes qui accusent aujourd’hui le Vatican de n’avoir pas assez clairement dénoncé l’hitlérisme, reprochent en fait au Pape de n’avoir pas soutenu le camp de STALINE, le camp de celui qui voulait, rien moins que, fermer les églises et enfermer les popes, les prêtres et tous les religieux.

Actuellement, non seulement les gros industriels et les banquiers français ne font preuve d’aucune complaisance idéologique pour le RN, mais jusqu’à présent, ils font tout pour qu’il ne puisse pas trouver de financements pour faire ses campagnes électorales.

Ceci pourrait brusquement changer, si l’existence même des industries et des banques en venait à être trop gravement menacée, par la persistance et l’extension du chaos prérévolutionnaire ambiant actuel.

Comme la plupart des étudiants français, les jeunes militants antifas ont été si mal scolarisés qu’ils ne savent souvent pratiquement rien des conditions réelles dans lesquelles le fascisme et le nazisme sont arrivés au pouvoir. Ils ne mesurent ainsi absolument pas les conséquences de leurs agissements violents, qui risquent à terme de provoquer un brusque changement d’appréciation de la situation politique et économique dans les milieux d’affaires.

Si les jeunes militants antifas, qui font le coup de poing dans la rue, dans les facs, dans les lycées et dans les campagnes électorales, sont inconscients de ce sur quoi peut déboucher ce qu’ils font, les vieux dirigeants, qui les emploient pour faire ces basses œuvres à leur place, le savent, eux parfaitement, et le souhaitent ardemment.

Aujourd’hui il ne peut plus y avoir aucun doute, la violence qui a tué Quentin DERANQUE le 12 février à Lyon n’est pas accidentelle. Elle est permanente, voulue, soutenue par Jean-Luc MÉLENCHON et son clan pour conduire le pays au chaos.

Des propos apaisants, pensés, sincères, ou obligés ?  

La stratégie de la tension et de la terreur appliquée par LFI, n’est pas originale, c’est celle de MARX, ENGELS, LÉNINE, TROTSKY, et ROBESPIERRE, qui tous, ont longuement théorisé et légitimé la violence révolutionnaire au nom du principe « la fin justifie les moyens ».

Les dirigeants de LFI n’ont pas non plus un comportement original, comme tous ceux qui avant eux ont mené des révolutions, ils font passer leurs intérêts politiques immédiats avant la défense des intérêts économiques vitaux des classes populaires les plus démunies.

En conflictualisant à l’extrême la vie à la ville et à la campagne, les insoumis conduisent inéluctablement l’économie et la société françaises au désastre.

Les chroniqueurs politiques qui déclarent ne découvrir qu’aujourd’hui, la face sombre et cachée de Jean-Luc MÉLENCHON sont de bien piètres chroniqueurs. Ce sont sans doute les mêmes, que ceux qui sont restés pendant 40 ans incapables de comprendre les raisons objectives et subjectives pour lesquelles les électeurs se sont de plus en plus détournés des partis de gauche, qui avaient jusqu’alors leurs faveurs, parfois depuis des générations. Ils se montrent malheureusement aujourd’hui tout autant incapables de comprendre pourquoi les électeurs ruraux viennent de se mettre à leur tour à voter pour des candidats RN.

Cette incapacité à comprendre pourquoi les électeurs boudent désormais les partis les plus anciennement installés est tout à fait paradoxale.

En effet, le nombre d’étudiants français inscrits en licence de psychologie ne cesse d’augmenter, et reste de loin le plus élevé en valeur absolue et en valeur relative. L’analyse publiée par le réseau des psychologues de l’Union européenne en 2005, indiquait que la France comptait alors 24 % des étudiants, pour une population ne représentant que 13 % du nombre d’habitants des 31 pays étudiés. La France comptait alors 64 800 étudiants. Parcours Sup indique que le nombre de demande d’inscriptions en licence de psychologie qui était 140 441 en 2024, est encore monté à 153 853 en 2025.

L’incompréhension entre les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ne date pas de l’arrivée d’Emmanuel MACRON à la présidence. Les élites intellectuelles françaises ont malheureusement hérité d’une longue tradition de mépris de classe, qui les empêche depuis des siècles de bien mesurer les réalités les plus simples, par suffisance et par paresse de l’esprit. Le mépris de classe comme le racisme conduit à la haine, ce qui altère gravement le jugement et la capacité de réflexion de tous ceux qui en sont envahis.

Malgré tout ce qu’on sait désormais de VOLTAIRE, son mépris, sa haine, et son fanatisme, il reste un philosophe des plus encensés.  Quel dommage qu’il soit mort en 1778, avant la Révolution française, on ne saura jamais comment il l’aurait vécue. Quand on sait ce qu’il disait de ses paysans et de ses gens de maisons, on aimerait savoir comment il aurait accueilli le 26 août 1789 la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.

Article 1er : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Le principe du suffrage universel fut institué pour la première fois en France le 11 août 1792, supprimé sous le Directoire, avant 1799, pour n’être rétabli que lors de la Révolution de 1848.

On voit donc que le mépris et la méfiance envers les classes populaires, n’est pas nouveau.

Le 14 novembre 2025 le chanteur Alain SOUCHON a déclaré sur RTL, en toute immodestie : « Je ne crois pas que les Français soient assez cons pour élire quelqu’un du Front national ».

Pendant plus 40 ans le racisme et la xénophobie ont été considérés comme étant les deux principaux, voire les seuls ressorts, du vote FN-RN. Pour Alain SOUCHON, il faudrait aussi maintenant ajouter la bêtise.

Depuis 2005, les dirigeants européens, dépités par les mauvais résultats obtenus aux référendums, sont convaincus que les peuples sont si bornés, qu’ils ne comprennent même pas leurs intérêts.

Charles de MONTESQUIEU, en total désaccord avec VOLTAIRE, a écrit au XVIIIe siècle : « J’aime les paysans, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers ».

Aux XXIe siècle, les catégories socio-professionnelles supérieures, pour l’INSEE les CSP+, sont plus que jamais persuadées de détenir la vérité, convaincues que les CSP– n’ont rien à leur apprendre. Quel dommage qu’elles ne reconnaissent plus aucune sagesse au monde paysan et qu’elle le méprise tant, sauf quand elles ne peuvent absolument pas faire sans, comme durant la Seconde Guerre mondiale, ou durant la crise de la covid.

Les paysans sont aujourd’hui en France de moins en moins nombreux, malheureusement le mépris dont ils font l’objet, lui, ne diminue absolument pas. Non seulement ils ne sont pas reconnus pour le travail qu’ils font, pour le rôle économique et environnemental essentiel qu’ils jouent, mais tout est fait pour les pousser au désespoir, pour certains jusqu’au suicide.

Les faibles revenus des agriculteurs et le sentiment de dénigrement, sont les principales causes pour expliquer ce phénomène.

Les paysans ont été les tout derniers à voter pour le RN, mais ce fait n’a curieusement pas intéressé beaucoup les chroniqueurs politiques, comme si cette donnée ne méritait pas de retenir leur attention.

Pourtant, que ce soit les Français des plus vieilles souches, de la France profonde, qui aient le plus longtemps refusé leurs suffrages au FN et au RN, mérite qu’on se penche sérieusement sur le sujet.

Pendant plus de 40 ans, l’instrumentalisation et le dévoiement de l’antiracisme par François MITTERRAND, et de l’antifascisme par Lionel JOSPIN et Jacques CHIRAC, ont permis aux classes dirigeantes de gouverner la France en ne tenant aucun compte des doléances des classes populaires, et moins encore des aspirations des populations vivant en milieu rural.

Lionel JOSPIN, premier secrétaire du PS de 1995 à 1997, et Premier ministre de 1997 à 2002, a reconnu, en octobre 2007 sur France Culture, que la « menace fasciste » brandie au cours des années MITTERRAND n’était « que du théâtre ».

Cet aveu cynique ne fut une surprise, ni pour les anciens électeurs du FN, ni pour les nouveaux électeurs du RN, car ils savent, mieux que personne, que le motif de leur vote n’est pas une appétence mystérieuse et cachée pour les régimes fascistes.

Être accusés à tort de crimes qu’ils n’ont pas commis ne fut pas non plus pour eux une nouveauté, surtout pour ceux qui continuent à vivre au cœur de la campagne pour nourrir les gens des villes. Ceux qui ont été bien scolarisés ont aussi appris que dans l’histoire France, du moins depuis Jeanne d’ARC, il y a toujours eu beaucoup moins de traitres aux intérêts du pays parmi les Français des champs que parmi les Français de cour.

Sous la IIIe République, et plus encore après la Libération, l’histoire de la Révolution française a été enseignée aux petits Français de façon on ne peut plus partisane et simpliste. Il a fallu attendre les travaux de François FURET et surtout ceux de Reynald SECHER, publiés en 1986, pour que les crimes commis sous la Terreur soit enfin dénoncés comme crimes contre l’humanité, et que la justice et l’honneur soient rendus aux victimes, notamment à celles de la Vendée militaire, et à celles de toutes les petites Vendée, des monts du Lyonnais et du Forez, de Franche-Comté, du Pas-de-Calais, entre autres.

La loi des suspects votée le 17 septembre 1793, et la loi de Prairial du 10 juin 1794, furent enfin présentées dans toute leur horreur, comme d’ignobles lois d’exception, permettant d’envoyer à la guillotine tous ceux qui étaient accusés, de façon totalement arbitraire, d’être des ennemis du peuple.

La loi des suspects a été abolie dès octobre 1795, mais elle a continué a être appliquée dans le monde entier par tous les révolutionnaires, tant son usage est simple et efficace, car comme chacun sait : qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage.

Pendant la Terreur ce sont les paysans qui se sont les premiers soulevés, un peu partout en France, contre les mesures imposées par la Convention nationale. Pour les historiens républicains sous la IIIe République et les historiens communistes sous la IVe et la Ve Républiques, cela viendrait de l’influence néfaste des nobles et du clergé qui les auraient poussés à se révolter, comme s’ils étaient trop arriérés pour penser à le faire tout seuls.

Il est triste et cocasse que les enseignants marxistes, restés admirateurs de ROBESPIERRE, entre autres « bienfaiteurs de l’humanité », continuent de croire que pour n’avoir pas su reconnaître spontanément tous les « bienfaits de la Révolution française » il faut avoir été manipulé.

La révolution française, fut une révolution, politique, économique, sociale et culturelle, mais aussi une ultra violente révolution anthropologique, très mal ressentie, surtout à la campagne.

Le calendrier républicain, le calendrier révolutionnaire, entré en vigueur le 6 octobre 1793, et définitivement abandonné le 1er janvier 1806, fut certainement la plus grande folie contre-anthropologique commise pendant la Révolution française, par des mâles blancs très sûrs d’eux-mêmes et dominateurs.

Le calendrier républicain montre bien que la révolution a été faite par des idéologues vivant dans des salons feutrés, plus impatients de hâter la déchristianisation de la France, que soucieux d’améliorer les conditions de vie et de travail des paysans, des artisans, et des manufacturiers.

En effet, le changement de calendrier, la semaine de 10 jours, et la suppression des fêtes religieuses, a représenté pour tous les travailleurs une diminution considérable de leur nombre de jours de repos, supérieure à 40 %.

Depuis la Révolution française, ceux dont le temps de travail a le moins diminué, sont les paysans, ceux dont les congés longue durée n’ont jamais existé, sont les paysans.

Les paysans, qui ont fait la France, appartiennent depuis des siècles à la classe sociale oubliée. Alors qu’ils sont de moins en moins nombreux, leur survie intéresse moins que celle des loups. Leur travail vital pour le pays est souvent méprisé, quand il n’est pas saboté et saccagé par des rave parties sauvages.

Part des agriculteurs, 27 % en 1950, 7 % en 1982 et 1,5 % en 2019

Si les paysans sont les grands oubliés, c’est tout simplement parce qu’on ne les voit pas. En France, comme presque tout se passe à Paris, on pense qu’il n’y a rien autour. Et on finit par croire que les supermarchés, ça se remplit tout seul la nuit, sous l’effet du saint esprit.

Qu’ils votent à droite ou à gauche, les paysans sont des conservateurs nés, non pas parce qu’ils sont réactionnaires ou rétrogrades, mais parce que leur fierté et leur honneur est de se montrer dignes de ce que leur ont transmis leurs ancêtres, de conserver ce qu’ils ont reçu en héritage. Ils sont modérés, parce que la nature leur a appris à la respecter, et à surtout ne pas la brutaliser. Après un demi-siècle, les anciens qui sont toujours en vie peuvent témoigner à quelles catastrophes écologiques ont conduit les excès des remembrements.

La stabilité du corps électoral a longtemps été telle en France, qu’elle a permis de faire élire dans des circonscriptions des candidats parachutés parfaitement inconnus, sous réserve qu’ils se présentaient sous la bonne étiquette.

Pour que, les électeurs qui gardent les valeurs du monde rural dans lequel ils ont toujours vécu, modifient leur vote il faut qu’ils aient perdu l’estime qu’ils avaient pour ceux à qui ils faisaient traditionnellement confiance.

Ariège, le département qui avait le plus voté à gauche en 1974 et en 1995

Les archives des résultats électoraux de toutes les communes de France, de 2002 à 2024, sont en ligne. On peut donc étudier l’évolution du vote des électeurs avec beaucoup de précision.

L’étude de l’évolution des votes dans 4 départements très éloignés les uns des autres par leur histoire et leur géographie, suffit à noter, et souvent à comprendre, le sens politique et économique des changements constatés.

Aux élections présidentielles de 2002, l’Ariège était encore un des départements votant majoritairement pour des candidats de gauche dès le premier tour, à 52,77 %, soit 23 % de plus que la moyenne nationale, tandis que le FN obtenait 10 % de moins que la moyenne nationale.

On peut écrire encore, parce qu’au second tour des élections présidentielles de 1974, c’est en Ariège que François MITTERRAND avait obtenu son record national avec 63,65 % des suffrages exprimés, par rapport à 49,34 % en France, soit 29 % de plus que la moyenne nationale, et qu’en 1995 encore, Lionel JOSPIN y avait remporté, au second tour des présidentielles, 60 % des suffrages, contre une moyenne nationale de 47 %, soit 28 % de plus que la moyenne nationale. L’Ariège a donc été longtemps ce que les chroniqueurs politiques appellent un très solide bastion de gauche.

Aux élections présidentielles de 2022, l’Ariège était encore un département penchant à gauche, mais au premier tour le RN a obtenu 3 % de plus que la moyenne nationale.

Aux élections européennes de 2024, l’Ariège a encore voté plus à gauche que la moyenne nationale, plus 12 %, mais le département a aussi voté plus RN que la moyenne nationale, plus 3 %.

Aux élections législatives de juillet 2024, consécutives à la dissolution de l’Assemblée nationale, dans les deux circonscriptions, les deux candidats RN ont été battus, mais tout indique que cela sera probablement la dernière fois.

Lorsqu’on compare l’Ariège, bastion de gauche, à l’Aveyron, le Finistère et la Vendée, longtemps bastions de la droite et de la démocratie chrétienne, on constate que c’est dans le département de gauche que le RN a le plus progressé ses 20 dernières années.

La controverse autour d’un soutien de François MITTERRAND au Front national en 1984, permet, à ceux qui ont cautionné les manipulations antiracistes cyniques du président socialiste, de se dédouaner à bon compte de leurs responsabilités et de leur aveuglement.

Alors que dès 1984, n’importe quel observateur attentif pouvait vérifier, que nombre des nouveaux électeurs du FN, étaient d’anciens électeurs du PCF, la majorité des responsables des partis de gauche, les dirigeants du Parti communiste les tous premiers, continuent à vouloir nier les évidences.

Présidentielles : en 50 ans, diminution par 10 du vote PC et multiplication par plus de 30 du vote FN-RN

Installation en 50 ans du vote FN-RN aux élections européennes (EURO) et présidentielles (PR)

En 2022, au second tour des élections présidentielles Marine LE PEN a obtenu plus de 13 millions de voies  

En quarante ans, deux seuls nets reculs du vote FN, en 2007 (-6,5 %) et en 2009 (-3,5 %).

Aveuglés par la rage qu’ils ont d’avoir été abandonnés par leurs électeurs traditionnels, ils refusent toujours de comprendre que ce ne sont pas leurs électeurs qui les ont lâchement quittés, mais eux qui les ont poussés à le faire, à force de rester sourds à leurs demandes et de trahir leurs attentes.

Deux siècles après la Terreur, alors que toutes les horreurs commises sur ordre de la Convention sont aujourd’hui parfaitement documentées, les électeurs qui votent LFI en 2026 restent de fervents admirateurs de ROBESPIERRE, et excusent sans réserve ses crimes au nom de la raison d’État et de la défense de la République en danger de mort.

En janvier 2023, France Culture a mis en ligne une vidéo intitulée : « Génocide vendéen » : histoire d’un concept polémique. Ignorant délibérément toutes les dernières preuves écrites de la volonté génocidaire des dirigeants de la Convention, l’historien Jean-Clément MARTIN, persiste à affirmer qu’on ne peut pas qualifier les massacres de Vendée de génocide, parce que les bleus auraient reçu pour consigne de ne tuer parmi les Vendéens que les brigands. Le professeur MARTIN s’honorerait, à la fin de sa carrière très médiatisée par les républicains, à admettre que cela ne fut honteusement pas le cas, à moins d’imaginer que tous les nouveau-nés tués à la baïonnette, étaient des brigands prodigieusement précoces.

Après l’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023, les dirigeants de LFI ont été les premiers à accuser les Juifs du monde entier d’être complice d’un génocide commis à Gaza par Tsahal, l’armée israélienne.

Il est cocasse de voir les responsables de LFI capables d’instruire en quelques jours le procès en génocide des avions d’Israël, alors qu’après plus de deux siècles ils refusent toujours de condamner ceux qui ont tués des nourrissons, qui n’avaient commis pour crime que celui d’être née d’une mère et d’un père vendéens.

Pour expliquer les révoltes paysannes qui éclatèrent en 1793 dans diverses provinces de France, incapables de comprendre pourquoi la plupart des décrets qu’ils avaient pris pendant plus de 3 ans étaient si mal accueillis dans les campagnes, les élus qui étaient à la tête de la Convention ont accusé les nobles et les prêtres de les avoir fomentées, avec l’aide de puissances étrangères. Ils avaient un tel mépris pour le petit peuple des milieux ruraux qu’ils étaient incapables d’imaginer qu’il puisse avoir eu, seul, l’idée de se rebeller, sans y avoir été incité par des forces contre-révolutionnaires, par les ennemis du peuple.

En 2026, le mépris pour le peuple des dirigeants politiques installés n’a souvent rien à envier à celui des membres de la Convention. Pour expliquer la tardive révolte dans les urnes des électeurs des milieux ruraux, qui votent désormais de plus en plus RN, ils dénoncent les « idées nauséabondes » portées par les partis d’extrême droite depuis la création du FN en 1972.

Parmi les idées condamnées par la gauche et tous les bien-pensants depuis la création de SOS-racisme en 1984, la préférence nationale est celle qui les offusque le plus, alors que c’est précisément celle qui pousse en premier les électeurs à voter RN.

Moins de deux semaines après la dissolution surprise de l’Assemblée nationale, 8 jours avant le premier tour des élections législatives du 30 juin 2024, alors que tous les sondages annonçaient un probable raz de marée des votes RN, la publication dans Le Monde d’un article titré la préférence nationale prônée par le RN, une posture anticonstitutionnelle, venait rappeler aux électeurs combien il était immoral de voter pour des candidats présentés par le parti de Marine LE PEN.

Une fois de plus, le quotidien du soir « de référence » a prétendu écrire une vérité, alors qu’il l’a surtout banalement honteusement tronquée. Car, contrairement à ce que l’intitulé de l’article tend à affirmer, le principe de préférence nationale n’est pas anticonstitutionnel par nature, il a simplement été continûment rejeté par le Conseil constitutionnel tel qu’il est composé depuis 1981.

En 1932, un an avant que HITLER ne devienne Chancelier, quatre ans avant l’arrivée du Front populaire au pouvoir, à la demande de plus en plus pressante des syndicats, la Gauche française a vote des lois de préférence nationale, sans que cela soit condamné pour des raisons morales, ou considéré comme des mesures racistes et/ou xénophobe.

Avant la Seconde Guerre mondiale, aucun responsable politique, qu’il fut de droite ou de gauche, n’aurait eu l’idée, immédiatement jugée incongrue, voire saugrenue, de contester le fait que certains avantages puissent être réservés aux citoyens français, notamment à ceux auxquels la République avait offert le « privilège » d’aller au front.

Après la Seconde Guerre mondiale, jusqu’en 1981, bien qu’il soit resté internationaliste, non seulement le Parti communiste français ne remit jamais en question l’esprit des lois votées en 1932, mais le 24 décembre 1980, la municipalité PCF de Vitry-sur-Seine (94) n’hésita pas à faire détruire au bulldozer l’entrée d’un foyer de travailleurs immigrés, les maliens devenant trop nombreux selon les élus.

En 2026, mêmes les chroniqueurs politiques chevronnés semblent avoir totalement oublié, qu’avant d’arriver à piéger progressivement la droite à partir de 1984, en instrumentalisant cyniquement la morale en politique, François MITTERRAND avait réussi le même exploit avec la gauche communiste, en usant du même stratagème.

Aux élections présidentielles de 1981, le PCF a obtenu pour l’avant dernière fois un résultat à deux chiffres, plus de 15 %. Aux élections présidentielles de 1988 le PCF n’a obtenu pour la première fois qu’un résultat à un chiffre, moins de 7 %, soit une division par plus de deux de son électorat.

Participations en 1981 (1er tour 81 % – 2d 86 %) – en 1984 (57 %) – en 1988 (1er tour 81 % – 2d 84 %)

Les dirigeants du Parti communiste français ne veulent toujours pas admettre qu’ils sont les premiers et presque les seuls responsables de l’effondrement électoral de leur parti, qui est passé de 21,27 % des voix aux élections présidentielles de 1969, à 1,93 % aux élections de 2007, et 2,28 % en 2022. Tandis que le FN–RN est passé de 0,74 % des voix en 1974, à 23,15 %.

Le Parti communiste italien, premier parti communiste occidental et deuxième parti politique italien pendant des décennies, a décidé de se dissoudre le 3 février 1991 avant même la fin de l’URSS, le 25 décembre, alors qu’à cette date il comptait toujours 177 députés, 101 sénateurs, 22 députés européens, et qu’il revendiquait encore plus d’un million de militants. Après la chute du Mur de Berlin, dans le contexte politique italien, après le départ d’Enrico BERLINGUER, cette dissolution était devenue inéluctable.

Jusqu’à sa disparition, le PCI a réussi à contenir, en première ligne, les idées fascistes portées par le MSI, le Mouvement social italien, parti explicitement néo-fasciste, créé dès 1946,

Il est cocasse de noter que, jusqu’à sa disparition en 1995, le MSI n’a jamais dépassé 8,7 % des voix, et que ce record fut obtenu en 1972, l’année de la création du FN en France.

Comment le PCI a-t-il réussi à combattre efficacement pendant 50 ans le néofascisme essayant de renaître en Italie, dans le pays d’origine du fascisme, alors que la gauche en général, et le PCF en particulier, échouent à le faire depuis 40 ans en France, dans un pays où il n’a jamais réussi à s’installer ?

En 2026 à leur tour, les dirigeants du Parti socialiste français restent incapables de comprendre qu’ils sont les premiers responsables de l’effondrement électoral de leur parti, les ayant fait passer de 34,10 % au premier tour des élections présidentielles de 1988 à 1,75 % en 2022.

Le PS a perdu ses électeurs les plus fidèles pour les mêmes raisons que le PCF a perdu les siens. Cela ne s’est produit longtemps après pour le PS, que parce ces 2 partis ont eu historiquement, et ont en partie toujours, des électorats socialement et culturellement assez différents.

Jusqu’en 2002, les problèmes d’insécurité et d’immigration chaotique n’affectaient que les couches sociales les plus défavorisées, celles qui avaient voté de 1945 à 1981 massivement pour le PC. Non seulement les dirigeants socialistes se montrèrent incapables de comprendre leur souffrance, de comprendre le sens de leur désaffection pour le vote PC, mais ils commirent l’erreur fatale de leur prêter des mauvaises pensées, qu’ils n’avaient jamais eues.

Ceux qui ont créé en 1984 SOS-racisme, avec la complicité de François MITTERRAND, pensaient avoir trouvé un chemin de facilité imparable pour empêcher la droite la plus bête du monde, d’arriver ou revenir au pouvoir, en la divisant. Jusqu’en 2022, ils pouvaient avoir la faiblesse de croire que leur tour de passe passe perdurerait.

Mais à force d’accuser tous les électeurs du FN-RN de faire le lit du fascisme, voire d’être eux-mêmes fascistes, non seulement ils n’ont pas réussi à les faire changer de vote, mais ils ont fini par montrer à de plus en plus de Français, que ce procès incessant en fascisme, n’était qu’une manœuvre politicienne minable, grossièrement mensongère.

Les accusations collectives, comme les punitions collectives, sont injustes mais surtout contreproductives.

Comment se fait-il qu’en France, le pays qui forme le plus d’experts en psychologie dans le monde, les responsables politiques de la gauche et du centre, qui sont si fiers d’être en première ligne dans la lutte contre les « fachos », ne l’aient toujours pas tous compris ?

Inespéré miracle de lucidité, dans une interview accordée à Libération, le 12 juin 2024, trois jours après les élections européennes, la célèbre metteuse en scène, Ariane MNOUCHKINE, fut une des rares personnalités à rendre la gauche de la culture responsable de la progression continue du vote RN.

Dans l’article intitulé «À quel moment doit-on cesser de faire du théâtre sous un gouvernement RN ?» elle confesse avec humilité sa honte d’avoir été si longtemps méprisante pour les électeurs qui « votaient mal » :

Nous, gens de gauche, nous, gens de culture. On a lâché le peuple, on n’a pas voulu écouter les peurs, les angoisses. . QUAND LES GENS DISAIENT CE QU’ILS VOYAIENT, ON LEUR DISAIT QU’ILS SE TROMPAIENT, QU’ILS NE VOYAIENT PAS CE QU’ILS VOYAIENT. Ce n’était qu’un sentiment trompeur, leur disait-on. Puis, comme ils insistaient, on leur a dit qu’ils étaient des imbéciles, puis, comme ils insistaient de plus belle, on les a traités de salauds. On a insulté un gros tiers de la France par manque d’imagination.

L’imagination, c’est ce qui permet de se mettre à la place de l’Autre. Sans imagination, pas de compassion. Il n’y avait autrefois aucun professeur qui votait FN. Comment se fait-il qu’il y en ait aujourd’hui ? Comment se fait-il qu’il y en ait aujourd’hui ? Et tant d’autres fonctionnaires, si dévoués pourtant à la chose publique, qui votent RN, chaque fois davantage ? Aujourd’hui, je ne suis pas certaine qu’une prise de parole collective des artistes soit utile ou productive. Une partie de nos concitoyens en ont marre de nous : marre de notre impuissance, de nos peurs, de notre narcissisme, de notre sectarisme, de nos dénis.

Son interview clairvoyante aurait pu s’intituler : À quel moment va-t-on arrêter notre cirque antifasciste ?

En 2026, le cirque antifasciste continue malheureusement de plus belle, avec en plus la mort du jeune catholique Quentin DERANQUE, lynché le 12 février 2026 à Lyon, et nazifié après sa mort par toute la gauche inculte, Ségolène ROYAL en tête.

Toujours incapables de comprendre qu’après tant d’efforts de leur part, les votes pour Jean-Marie LE PEN, puis pour Marine LE PEN, n’aient pratiquement jamais cessé d’augmenter, les antifas professionnels à plein temps tiennent à dénoncer aujourd’hui la machine de guerre médiatique et culturelle de Vincent BOLLORÉ, comme principale responsable de la lepénisation des esprits, une haine raciste et xénophobe.

Quand elles viennent de responsables LFI qui n’arrivent plus à cacher leur antisémitisme sous leur antisionisme, ces déclarations apparaissent particulièrement cocasses.

Faire du vote FN-RN et faire de toute alliance avec le RN une honte, a permis à la gauche de faire barrage aux LE PEN, père et fille.

Mais comme pour tous les tours de magie, quand la ficelle devient trop grosse, ils ne fonctionnent plus.

La Haute Loire est-elle devenue une terre fasciste et xénophobe ?

Pendant l’Occupation, les habitants du Chambon-sur-Lignon et des villages avoisinants ont sauvés plus d’un millier de Juifs dont 30 % d’enfants. Un exemple unique à cette échelle, qui a valu à la commune et à sa région la remise d’un diplôme d’honneur par Yad Vashem en 1990.

Pour s’opposer aux mensonges et aux pensées les plus folles proférés par les révolutionnaires, il faut pouvoir faire preuve de beaucoup de clairvoyance, et aussi de beaucoup de courage physique et intellectuel, car depuis 1793, les Français savent que, tenir des propos contrerévolutionnaires, peut mener rapidement à la mort sociale, voire à la mort tout court.

La clairvoyance et le courage ne sont pas innés, ils se cultivent. On constate malheureusement qu’il y a en France de moins en moins de personnes cultivées, capables de résister à la paresse et à la facilité.

Depuis 1968, les chroniqueurs politiques et les journalistes, qui sont censés avertir leurs lecteurs, font de moins en moins d’efforts pour les éclairer sérieusement.

Avant d’arriver au pouvoir en mai 1981, la plupart des futurs ministres socialistes avaient tout bêtement oublié que, pour pouvoir partager les richesses, il fallait d’abord les produire, preuve en est l’existence d’un ministère du Temps libre, dans les trois gouvernements MAUROY I, II, III.

Le jeudi 15 septembre 2022 à l’Assemblée nationale, la députée Sandrine ROUSSEAU a fait sensation en faisant valoir un « droit à la paresse » contre le « parti du travail » supposé représenté par le communiste Fabien ROUSSEL. Les propos tenus dans l’hémicycle par Sandrine ROUSSEAU constituent certainement l’exemple le plus emblématique de l’inconscience caractérisée, qui affecte de plus en plus de responsables politiques en France.

Contrairement à ce que pensent les « experts » qui n’ont pas encore mesuré les conséquences que va avoir l’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans leur existence, non seulement l’IA ne va pas leur ouvrir plus grand un droit à la paresse, mais elle va les obliger à travailler plus que jamais leurs dossiers, s’ils ne veulent pas être rapidement complétement dépassés.

Les médecins dilettantes se croient capables de faire un diagnostic et prescrire un traitement adapté, sans avoir examiné avec soin leurs patients, et sans avoir pris le temps de discuter sérieusement avec eux, se fiant juste aux apparences, et au remède qui soigne tout.

Être un chroniqueur politique compétent et clairvoyant nécessite beaucoup de travail et de courage. Courage de dire ce que l’on voit ; et surtout toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.

Pour expliquer les spectaculaires progrès récents des votes RN, les partis de gauche, LFI en tête, incriminent la « fachosphère » médiatique crée par Vincent BOLLORÉ. Problème, Cnews n’est apparu dans le paysage médiatique français, qu’en 2017, la nouvelle formule d’Europe 1, qu’en 2021, et la nouvelle rédaction du JDD, qu’en 2023. À cette date le vote FN-RN était déjà installé depuis plus de 10 ans, dans toute la France, même et y compris dans la commune du  Chambon sur Lignon, dont les électeurs ne peuvent en aucun cas être accusés d’être soudain devenus fascistes et xénophobes en regardant trop Cnews.

Résultats des élections présidentielles et européennes de Le Chambon sur Lignon (Haute Loire),

entre 2002 et 2024. Pourcentages calculés à partir du nombre d’électeurs inscrits

Évolution des résultats des élections présidentielles en France, en Ardèche et  en Haute Loire,

entre 2002 et 2022. Pourcentages calculés à partir du nombre de suffrages exprimés

Dans le département de la Haute-Loire, on comptait en 1990 plus de 80 attributaires de la médaille de « Justes parmi les nations », décernée par l’État d’Israël, dont 40 dans la seule commune du Chambon-sur-Lignon, 6 à Fay-sur-Lignon, 7 à Mazet-Saint-Voy, et 6 à Tence. On note ainsi que les trois quarts des médailles ont été accordées dans un cercle d’un rayon d’environ 10 kilomètres. On voit dans la liste des Justes de la Haute-Loire, que les habitants de ce village de moins de 3 000 habitants, et des villages voisins les plus proches, ont eu un comportement on ne peut plus exemplaire, face à la barbarie nazie.

Au Chambon-sur-Lignon on compte un nombre record de médaillés par habitant, 100 fois plus que dans toute la France. Ceci explique sans aucun doute pourquoi le village a toujours voté beaucoup moins pour Jean-Marie LE PEN que la moyenne nationale et départementale, et continue à voter moins aujourd’hui pour Marine LE PEN.

Si les habitants du Chambon-sur-Lignon votent très différemment des autres habitants du département, ce n’est pas parce qu’ils ne partagent pas du tout leurs opinions politiques, mais parce qu’ils veulent être les derniers à l’avoir fait, par respect pour leurs ancêtres qui ont fait si bien connaitre le nom de leur village.

En comparant les résultats du Chambon-sur-Lignon avec ceux des communes alentour les plus proches, on note qu’à Mazet-Saint-Voy, à 5,7 kilomètres, les électeurs votent comme au Chambon-sur-Lignon, mais qu’à Fay-sur-Lignon, 14,7 kilomètres, et à Tence, à. 9 Kilomètres, ils votent exactement comme la moyenne du département.

Dans liste des 55 Justes de l’Ardèche le village de Saint-Sauveur-de-Montagut est celui qui compte plus de médaillés, 9 pour 1 000 habitants. En 2022 ils ont voté, eux aussi, comme la moyenne du département.

Il faut souligner que les habitants du Chambon-sur-Lignon n’ont pu effectuer leur exploit humanitaire qu’avec la bienveillance, voire la complicité active de tous les habitants des villages voisins. Il est en effet impossible que les centaines de juifs réfugiés avec des enfants aient pu passer totalement inaperçus.

Accuser les Français d’être des racistes ataviques est donc une infamie.

Les nombreux chroniqueurs politiques qui ont laissé depuis 1984 se répandre l’idée, que le ressort central du vote FN-RN était le racisme, la xénophobie et l’appétence cachée du peuple français pour le fascisme, portent une très lourde responsabilité dans la dégradation actuelle continue et accélérée de la situation économique, sociale, et culturelle de la France.

Les socialistes qui ont instrumentalisé l’antiracisme et l’antifascisme depuis 40 ans, ne savent plus comment arrêter la machine infernale qu’ils ont mise en route, effrayés à l’idée de devoir rendre des comptes à tous ceux qu’ils ont si longtemps abusés. Le jeu stupide auquel ils espéraient toujours gagner, les a conduits là où ils sont électoralement aujourd’hui, et malheureusement a conduit la société française là où elle est.

C’est à dire une société en tension, divisée, désarmée, devenue incapable de faire face au défi du temps.

L’antiracisme et l’antifascisme activé par Jean-Luc MÉLENCHON a tourné au grand guignol et au drame.

Grand guignol de LFI qui a inventé l’antiracisme, racisé, et antisémite. Drame à Lyon où est apparue une nouvelle engeance, un catholique pratiquant national-socialiste.

La campagne antiraciste, lancée par la presse de gauche non communiste contre les communistes, après l’affaire du bulldozer de Vitry-sur-Seine en 1980, et le procès en racisme instruit insidieusement par les socialistes contre le PCF et ses électeurs, ont beaucoup plus affecté le PCF que ce que ses dirigeants eurent la légèreté de le croire longtemps.

Le 9 janvier 1981, alors que l’affaire de Vitry faisait encore scandale, lors d’un meeting organisé avant les élections présidentielles, Georges MARCHAIS, connaissant bien les attentes de son électorat traditionnel, se déclara explicitement favorable à la préférence nationale, et ajouta « il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ».

Le 26 avril 1981, le candidat du PCF, Georges MARCHAIS, a obtenu 4 450 000 voix, soit 15,35 % des suffrages exprimés.

Le 26 avril 1988, le candidat du PCF, André LAJOINIE, n’a obtenu que 2 056 000 voix, soit 6,76 %, tandis que le candidat du FN, Jean-Marie LE PEN, obtenait 4 376 000 voix, soit 14,39 %, soit deux fois plus qu’aux élections européennes de 1984.

En 1988, la moitié des électeurs qui avaient voté pour Georges MARCHAIS en 1981 avait compris, en voyant pendant 4 ans les communistes cautionner les leçons de morale de SOS-racisme, que désormais le candidat du PCF ne pouvait plus être leur premier choix.

Lorsque les communistes ont enfin pris pleinement conscience du piège que les socialistes leur avaient tendu, il était déjà trop tard pour essayer de revenir en arrière.

Les ouvriers français n’ont jamais été xénophobes, sous réserve que les étrangers ne veuillent pas leur enseigner et leur imposer la façon dont ils doivent vivre en France, et surtout sous réserve que ceux qui sont à la tête du pays ne leur répètent pas de façon perfide et provocante que les immigrés sont ici chez eux.

Lorsque les communistes l’ont oublié les électeurs le leur ont immédiatement rappelé dans les urnes.

PCF max 28,26 % en 1946 – 2,29 % en 2022 – PCI législatives 18,90 % en 1946 et max 34,40 % en 1976

1965 – 1981 : MITTERRAND saura dire merci aux anciens de l’OAS

« On croyait tout savoir des mystères de François MITTERRAND : Vichy et la Francisque, les relations troubles avec l’extrême droite, sa double vie intime et les « affaires » de ses deux septennats (1981–1995). Mais il restait le domaine colonial et l’Afrique. François MITTERRAND, sa vie durant, n’a eu de cesse de réécrire son histoire, imposant le mythe du « grand décolonisateur » à ses hagiographes. Trente ans après son départ de l’Élysée, le temps est venu qu’un ouvrage se penche sur la part la plus opaque du plus énigmatique des présidents de la République…

Le rêve du « dernier empereur » a été durant toute sa carrière politique de conserver à la France un domaine colonial ou une zone d’influence ultramarine, sources de puissance et de grandeur à ses yeux… La victoire socialiste de 1981 n’a rien changé à cette vision du monde. Dès Vichy, il travaille pour les services de propagande de la Légion et avant-guerre il soutient MUSSOLINI dans sa conquête de l’Éthiopie.

Pendant la guerre d’Algérie, il est ministre de l’Intérieur puis de la Justice (quarante-cinq condamnés à mort algériens seront guillotinés alors qu’il est en fonctions). Pendant sa traversée du désert, il effacera toutes les traces de son passé impérial jusqu’à sa victoire de 1981 avec le soutien des associations de rapatriés. À la veille de son élection, il s’engage à faire voter une loi d’amnistie pour les putschistes de l’Algérie française. »

François MITTERRAND le dernier empereur, de la colonisation à la Françafrique. Éditions Philippe REY, 2025.

En 1962, l’historien Pierre VIDAL-NAQUET a cité dans un article du journal Vérité Liberté, des documents établissant que Jean-Marie LE PEN avait, en février et mars 1957, pratiqué la torture durant la guerre d’Algérie. Cette information n’a pas reçu un grand écho en 1962, car à l’époque où elle fut révélée, les Français n’aspiraient qu’à tourner au plus vite la page de la décolonisation et de ses horreurs.

En 1984, la plupart des Français avaient oublié qu’aux dates où Jean-Marie LE PEN est accusé d’avoir pratiqué la torture en Algérie, il obéissait aux ordres d’un gouvernement (1er février 1956 – 21 mai 1957) qui avait alors pour Premier ministre, Guy MOLLET (SFIO), pour ministre d’État chargé de la justice, François MITTERRAND (UDSR), et pour ministre de la Défense nationale, Maurice BOURGÈS-MAUNOURY (RAD). Tous ces ministres étaient parfaitement informés que pour gagner la Bataille d’Alger, l’armée, à laquelle ils avaient donné toute latitude pour gagner rapidement la guerre contre le terrorisme, avait dû avoir recours à des mesures extrêmes, constituant pour certaines des crimes contre l’humanité.

Jacques PÂRIS de BOLLARDIÈRE fut le seul officier supérieur, alors en fonction, à avoir dénoncé à ses chefs, puis publiquement, « certains procédés » pratiqués par une partie de l’armée française dans la recherche du renseignement lors de la guerre d’Algérie. Cela lui valut une sanction de soixante jours d’arrêt de forteresse, le 15 avril 1957, donc, alors que Guy MOLLET et François MITTERRAND exerçaient les plus hautes responsabilités de l’État.

Pour la guerre d’Algérie, comme pour la Seconde Guerre mondiale, la gauche tient à rappeler les nombreux méfaits documentés commis par la droite et l’extrême droite, une méthode qui a surtout pour but de minimiser dans les livres d’histoire l’ampleur de ses propres crimes. La gauche ne peut malheureusement se croire moralement exemplaire, que lorsqu’elle a totalement perdu la mémoire.

La semaine du 30 juin au 7 juillet 2024, gardera un goût amer pour une large majorité des Français qui ont fait l’effort d’aller voter. Il aura en effet suffi de moins de quinze jours pour que les électeurs puissent prendre conscience, qu’une fois de plus, on les avait dupés avec « un antifascisme de tout confort et de tout repos » tel que décrit et dénoncé dès 1976 par Paolo PASOLINI.

Alors qu’à quatre reprises, en 1944, 1958, 1961 et 1968, Charles de GAULLE a réussi à éviter aux Français les affres d’une guerre civile, alors qu’il n’est resté au pouvoir qu’après que les électeurs lui eurent donné leur accord, et qu’il l’a immédiatement quitté dès que cela n’était plus le cas, François MITTERRAND, l’ancien admirateur de MUSSOLINI et de PÉTAIN, sans vergogne, a osé accuser le général président d’être l’homme du Coup d’État permanent, de rouvrir la voie au fascisme.

Le 11 janvier 2025 sur France Inter, François HOLLANDE a déclaré : « Ceux qui s’apprêtent à voter Jordan BARDELLA méconnaissent l’histoire du Front national ». Sous-entendu, s’ils savaient d’où vient le RN, issu du FN, ils ne lui apporteraient jamais leur voix pour des raisons morales.

Pour accepter les leçons de morale de l’ancien premier secrétaire du parti socialiste de 1998 à 2008, qui a dû solder au plus vite l’affaire urba, il faut totalement méconnaître l’histoire de la SFIO, du PS, et celle de l’UDSR, tant on y découvre encore aujourd’hui de cadavres dans les placards.

Nous avons vu que Lionel JOSPIN, premier secrétaire du PS de 1995 à 1997, et Premier ministre de 1997 à 2002, avait reconnu, que la « menace fasciste » brandie au cours des années MITTERRAND n’était « que du théâtre ».

Depuis 1965, François MITTERRAND et tous ses successeurs n’ont pu résister à la tentation et au confort qu’offre l’instrumentalisation de l’antifascisme sans risque et sans peine.

Le grand maître en instrumentalisation de l’antifascisme restera certainement son inventeur : Joseph STALINE. Les historiens mesurent seulement aujourd’hui tout ce que l’antifascisme stalinien extensif et indifférencié a eu de criminel, et surtout de contreproductif, notamment pendant la guerre d’Espagne. À la tête de LFI, Jean-Luc MÉLENCHON, n’est qu’un pâle imitateur, mais comme son inspirateur, il aboutira inéluctablement au même désastre moral et politique.

Le 3 décembre 1982, le président « antifasciste » François MITTERRAND, a tenu ses engagements vis à vis des anciens chefs militaires de l’OAS, qui ont fait voter pour lui depuis 1965. La loi d’amnistie des généraux putschistes promulguée ce jour-là, prévoyait la réintégration dans le cadre de réserve de Raoul SALAN, et d’Edmond JOUHAUD, au grand dam de tous les électeurs de gauche, qui n’avaient pas encore compris qu’en France alors, l’antifascisme était passé de la tragédie à la comédie.

Ainsi, aux élections présidentielles de 1965 et à celles de 1981, le candidat de l’union de la gauche, François MITTERRAND, a bénéficié, sans contestation possible, du vote massif des électeurs qui avaient soutenu le putsch d’Alger en 1961.

Au second tour, François MITTERRAND a ainsi recueilli 45 % des voies et Charles de GAULLE 55 %

En 1984, après le vote de la loi d’amnistie de 1982, avec à l’Assemblée nationale une majorité présidentielle représentant 67 % de la Chambre, il était alors impossible à François MITTERRAND d’agiter une hypothétique menace fasciste crédible. Par contre en raison des tensions raciales que commençaient à créer les tensions sociales et culturelles, liées à sa politique économique et migratoire, après la marche des Beurs de 1983, tout était réuni pour pouvoir dénoncer en France un racisme systémique dont les Français deviendraient brusquement coupables sans le savoir.

Restait à faire accroire que les Français étaient dangereusement xénophobes, au point de devenir racistes. Fallait-il encore trouver un moyen de mesurer ce mal qui était censé s’instiller dans l’esprit des Français.

Les ouvriers, premiers partis du « parti des ouvriers »

Alors que le parti fondé par Jean-Marie LE PEN en 1972 végétait et était jusqu’alors confiné à des scores marginaux, il allait connaître en 1983 ses premiers succès, localement dans la ville de Dreux, puis nationalement en 1984 lors des élections européennes de juin, où il allait atteindre 10,95 % des voix.

En rapprochant les résultats des élections européennes de 1979, avant l’arrivée au pouvoir des socialistes, et les résultats des élections de 1984, après trois ans de gouvernement de l’union de la gauche, on pouvait noter une évidence, qui n’a pas pu échapper à François MITTERRAND, les grands perdants étaient les communistes, seuls à perdre près de la moitié de leurs voix, et cette perte se faisait très vraisemblablement au bénéfice d’un nouvel arrivé dans le paysage politique français, le FN de Jean-Marie LE PEN.

Gauche : 23,53 % + 20,52 % = 44,05 % – Droite : 16,3 % + 27,61 % = 43,92 %

Gauche : 20,75 % + 11,20 % = 31,95 % – Droite  = 43,02 % – FN = 10,95 %

Aux élections présidentielles de 1974, candidat unique de l’extrême-droite, Jean-Marie LE PEN, n’avait obtenu que 0,75 % des suffrages exprimés, trois fois moins que la candidate de l’extrême-gauche, Arlette LAGUILLER, qui avait atteint 2,33 %.

Aux élections européennes de 1979, le candidat unique de l’extrême-droite, Jean-Louis TIXIER-VIGNANCOUR, n’avait obtenu que 1,31 % des suffrages exprimés, beaucoup moins que la candidate unique de l’extrême-gauche, Arlette LAGUILLER, qui avait atteint 3,08 %.

On sait aujourd’hui qu’avant même le tournant de la rigueur pris par le gouvernement socialiste en mars 1983, une importante partie de l’électorat populaire, qui avait porté la gauche au pouvoir, se sentait abandonnée et trahie. Les électeurs qui votaient traditionnellement pour le parti communiste furent les premiers à le faire savoir dans les urnes.

En mars 2018, la fondation Jean JAURÉS a mis en ligne sur son site un long article de Jérôme FOURQUET, expliquant pourquoi, 1983 fut l’année charnière pour le Front national, comment le FN est passé brusquement de 0,75 % à 10,95 %.

Jérôme FOURQUET, montre archives des instituts de sondage à l’appui, qu’elles furent les motivations principales de vote des électeurs du Front national et de l’ensemble des votants lors des élections européennes de 1984.

En 2026, le sénateur communiste Ian BROSSAT, continue pourtant à refuser d’admettre les faits désormais parfaitement documentés : depuis 1984, l’immense majorité des électeurs qui ont cessé de voter communiste, ont reporté leurs votes sur le FN, puis le RN, ou se sont abstenus.

Ian BROSSAT a adhéré au Parti communiste français en 1997, à l’âge de 17 ans. Il a milité pour ce parti durant ses études et, à l’âge de 22 ans, a été élu à la direction de la fédération de Paris du PCF en 2002.

Élu Conseiller de Paris depuis 2008, adjoint à la mairie de Paris de 2014 à 2023, il a été élu sénateur de Paris en 2023.

À Paris il y a 12 sénateurs élus à la proportionnelle. Pour qu’une liste du parti communiste ait un élu, il faudrait donc qu’elle recueille au moins 8,33 % des suffrages.

De 1981 à 2022, au niveau national, le score du parti communiste aux élections présidentielles, est passé de 15,35 % à 2,28 % des voix, soit 6,7 fois moins.

De 1981 à 2022, à Paris, le score du parti communiste aux élections présidentielles, est passé de 9,20 % à 1,64 % des voix, soit 5,6 fois moins.

En 2019, Ian BROSSAT était en tête de la liste de 74 noms présentée aux élections européennes par le PCF. Cette liste n’a recueilli que 2,49 % des suffrages. À la proportionnelle intégrale il aurait été élu, puisque sa liste avait recueilli plus de 1,35 %. Malheureusement pour lui, seules les listes ayant recueilli plus de 5 % peuvent avoir des élus.

Aux élections sénatoriales de 2023, troisième sur la liste présentée par la mairie de Paris il était sûr d’être élu. Avec 54% des votes, la liste sur laquelle il figurait, Rassemblement de la gauche et des écologistes, a obtenu 8 des 12 sièges attribués à Paris, soit 66 %.

Au présidentielles de 2022, Jean-Luc MÉLENCHON (LFI) avait obtenu 30,08 %, Yannick JADOT (EELV) 7,81 %, Anne HIDALGO (PS) 2,17 %, et Fabien ROUSSEL (PC) 1,64 %

Aux sénatoriales à Paris, LFI n’a eu aucun élu, EELV en a eu 3, le PS 3, et le PC 1, Ian BROSSAT.

Anne HIDALGO, maire de Paris, et Ian BROSSAT, adjoint au maire, puis sénateur de Paris, ont réussi à faire de belles et confortables carrières politiques personnelles. Par contre, pour les partis dont ils ont porté l’étiquette, cela fut calamiteux pour le PS, et pas convaincant pour le PC.

Non seulement ils n’ont rien apporté au parti auxquels ils doivent tout, mais ils ont servi de repoussoir pour les électeurs des milieux les plus populaires, qui ont été rapidement convaincus, en les entendant, qu’ils les connaissaient si mal et les méprisaient tant.

Quand Anne HIDALGO a adhéré au PS en 1994, et plus encore quand Ian BROSSAT a adhéré au PC en 1997, il n’y avait pratiquement plus, dans ces organisations politiques, aucun responsable connaissant le monde ouvrier, et encore moins de responsables qui en soient issus.

Alors que depuis 1984, il était devenu évident pour tous les observateurs sérieux, que la désaffection des travailleurs manuels pour la gauche était liée aux problèmes créés par les désordres migratoires et l’insécurité, les responsables des partis de gauche, non seulement n’ont pas daigné recevoir et étudier le bien-fondé des doléances de ceux qui se plaignaient, mais ils ont cru devoir continuer à dénoncer, sans réserve, l’égoïsme et le caractère raciste de leurs récriminations, qualifiées avec dédain de populistes.

Les motivations de vote des électeurs du FN et de l’ensemble des votants lors des élections de 1984

Lorsque Georges MARCHAIS, qui avait été l’un des secrétaires généraux du parti communiste les plus talentueux et les plus performants électoralement, est mort le 16 novembre 1997, l’année même où Ian BROSSAT y fit son entrée, les ouvriers [étaient] partis du « parti des ouvriers ».

Alors que le PC avait toujours mis en avant, et placés aux postes des plus hautes responsabilités des militants d’origine ouvrière, après l’arrivée au pouvoir de François MITTERRAND en 1981, à la direction du parti communiste comme à celle du parti socialiste, les anciens militants issus des classes populaires furent rapidement, poussés dehors, remplacés par des nouveaux venus, plus préoccupés par leur réussite personnelle, que par l’amélioration des conditions de vie des catégories sociales les plus défavorisées.

Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, par exemple, les mineurs retraités ont ainsi pu raconter avec amertume leur progressive mise à l’écart des postes-clés du PCF, notamment dans les sections et les conseils municipaux, au profit de « nouveaux militants » non ouvriers, c’est-à-dire, pour la plupart, salariés du secteur culturel, enseignants et fonctionnaires territoriaux, tous encore largement protégés alors, qui par la préférence culturelle, qui par la préférence nationale, ou territoriale

En 1997, la lutte contre une supposée menace fasciste fantasmée, contre le racisme, et contre l’antisémitisme, semblait devenue une des principales, voire pour certains une des seules, préoccupations des responsables et des militants des partis politiques de gauche.

Comment les dirigeants communistes ont-ils pu vouloir continuer à s’associer au mode de chasse aux sorcières lancée par les socialistes en 1984, alors qu’il était devenu de plus en plus clair depuis 13 ans, que la première victime de l’instrumentalisation de l’antiracisme inventé par SOS racisme, n’avait pas été le FN, mais le PCF » ?

Comment après les discours prononcés par Georges MARCHAIS le 20 février 1981 à Montigny-les-Cormeilles, et le 17 avril à la Courneuve, le PCF a-t-il pu laisser au FN, le monopole de la dénonciation des problèmes liés à l’immigration chaotique et incontrôlée, et cautionner depuis octobre 1984 le discours iréniste de SOS racisme ?

Évolution des intentions de vote en faveur du FN lors des européennes de juin 1984

Début mai 1984, un mois avant les élections européennes, dans un article publié dans Le Monde, l’hypothèse d’une rupture PC–PS avait était considérée, pour la première fois, comme possible, voire probable.

Après trois ans de participation aux gouvernements MAUROY II (23 juin 1981 au 22 mars 1983) et MAUROY III (22 mars 1983 au 17 juillet 1984), les dirigeants communistes finirent enfin par admettre que le bilan de leur participation aux gouvernements d’union de la gauche, avait été une grave erreur, une décision globalement négative, d’un point de vue électoral immédiat, et d’un point de vue programmatique pour les années à venir.

En rompant avec le discours du PS avant février 1984, en reprenant en compte les aspirations de son électorat traditionnel concernant l’immigration, il est probable que le PC aurait pu empêcher le FN de faire la percée électorale spectaculaire qu’il a faite, en juin 1984.

En ne rompant avec le PS qu’en juillet 1984, et en laissant SOS racisme prodiguer ses leçons de morale sans retenue, et sans limite, à partir d’octobre 1984, le PC a signé son arrêt de mort politique à terme.

En cinq ans, de 1979 à 1984 le parti communiste a perdu exactement la moitié de son électorat.

En cinquante-trois ans, de 1969 à 2022 le parti communiste a perdu les neuf dixièmes de son électorat.

De nombreux chroniqueurs politiques continuent à vouloir relier le très important recul électoral actuel du parti communiste français, à la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, et à la fin de l’Union soviétique, en décembre 1991. Cette explication simpliste et mensongère est contredite, on ne peut plus nettement, par les informations réunies ci-dessus.

On note en effet, qu’aux élections présidentielles de 1988, un an avant la chute du Mur de Berlin, mais après plus trois ans de participation aux divers gouvernements socialistes, le PCF a perdu plus de la moitié de ses électeurs de 1981, exactement 56 %. Tandis qu’en 1995, six ans après la chute du Mur, il a réussi à regagner un tiers d’électeurs, 27,8 %.

On note surtout qu’aux élections présidentielles de 2002, après cinq ans de participation au gouvernement de Lionel JOSPIN, du 2 juin 1997 au 6 mai 2002, le PCF a perdu une nouvelle fois plus de la moitié de ses électeurs, exactement 61 %, tandis que le FN de Jean-Marie LE PEN faisait sa première grande percée, avec près de 17 % des voix.

Malheureusement, non seulement la performance électorale du candidat FN ne fut pas analysée pour ce qu’elle était, le cri de douleur d’un petit peuple qui ne veut pas disparaître, qui ne veut pas être remplacé, mais plus grave que tout, fut l’occasion d’un contre-sens historique des dirigeants politiques de gauche installés, qui totalement inconscients, firent des premières victimes de la mondialisation, les premiers coupables de la montée de l’extrême-droite en France.

Avec ses origines et avec la longue formation politique qu’il avait reçue du temps de Maurice THOREZ, le secrétaire général du PCF, Georges MARCHAIS connaissait parfaitement les raisons pour lesquelles, dans les quartiers les plus défavorisés, les électeurs, traditionnellement électeurs communistes, commençaient à se reconnaitre de moins en moins dans les positions défendues par le parti communiste français, par trop calquées sur celles du PS.

Pourquoi n’a-t-il pas cherché à reprendre, avant sa mort en 1997, la rhétorique qu’il avait utilisée en 1981, alors qu’il était devenu évident, dès 1984, qu’elle était celle que de nombreux travailleurs électeurs du PCF attendaient de « leur parti » ?

Après seulement trois ans de mitterrandisme, revenir à cette rhétorique était devenue impensable, non pas pour les électeurs du PC, mais pour la majorité de ses dirigeants, qui avaient pris leurs distances avec le monde ouvrier, jugé trop franchouillard.

À la suite de mai 1968, la « populophobie » et l’anticommuniste de gauche n’ont fait que croître de conserve. Alors que le parti communiste français avait donné à des centaines de milliers d’étrangers le désir de devenir communistes et français, après 1981, être fier d’être Français patriote et de gauche est apparu aux yeux des intellectuels qui se pensaient progressistes comme une incongruité.

En acceptant entre juin 1981 et juillet 1984, de participer aux gouvernements MAUROY II et MAUROY III, les dirigeants communistes ont commis l’erreur stratégique dont le PCF ne s’est jamais remis.

Élections législatives de 1981 – 491 députés – total gauche 333 et total droite 158

Comment en juin 1981 les dirigeants communistes avaient-ils pu croire, qu’avec 4 postes ministériels sur 44, et avec un groupe communiste à l’Assemblée, réduit à 44 députés, ils pourraient peser sur les décisions du gouvernement et infléchir le sens des lois, alors que, fort de ses 285 députés dont 266 étaient des membres encartés du PS, le groupe socialiste pouvait toutes les faire voter seul, la majorité absolue étant de 246 ?

Les anciens ministres reconnaissent tous que c’est dur d’abandonner les voitures avec chauffeur et gyrophare. Rien d’étonnant donc à ce que, chez les communistes aussi, l’attrait du pouvoir ait été plus fort que tout.

Par contre, ce qui est sidérant, c’est que des dirigeants communistes, qui se targuaient d’être marxistes, n’aient pas compris qu’en ne défendant pas les intérêts de classe et en négligeant le besoin de sécurité culturelle de leurs électeurs ils ne pouvaient que les perdre.

Le dimanche 21 juin 1981 au soir, les électeurs communistes et la grande majorité des députés socialistes élus, n’appartenaient déjà plus au même monde.

Les électeurs communistes, désenchantés et dépités les premiers.

Jusqu’à la mort de STALINE en 1953, et très longtemps après sa mort, des millions de communistes dans le monde sont restés persuadés que le « petit père des peuples » n’avait qu’un souci, faire le bonheur de ses multiples « enfants ».

Les nouveaux députés socialistes élus en 1981, n’ont, malheureusement pour eux, pas pu bénéficier d’un si long aveuglement. Deux ans après leur élection, une grande partie des électeurs qui les avaient envoyés au Palais Bourbon, croyant naïvement que leur arrivée à l’assemblée nationale marquerait pour eux une nette amélioration de leurs conditions de vie, avaient compris que ces nouveaux parlementaires, comme tous les parvenus, pensaient surtout et d’abord à eux.

En lisant le livre, Des notables léonards dans la Révolution, publié en 2024, on comprend pourquoi tant de paysans parmi les plus modestes se sont rebellés, partout en France, dès qu’ils ont mesuré que cette révolution, qui n’avait pas été faite sans eux n’était plus faite pour eux. Dans tous les changements de régime, dans toutes les révolutions, les premiers servis, sont ceux qui sont les mieux dotés et les mieux placés pour profiter des nouvelles données économiques, politiques et culturelles.

Jusqu’en 1983 le vote FN n’existait pas. Bien que Jean-Marie LE PEN ait été un excellent orateur, la force de son verbe ne peut pas expliquer à elle seule la sortie de son parti de la confidentialité. Pour quelles raisons objectives le FN a-t-il soudain recueilli tant de voix ?

Le dispositif de regroupement familial, permettant aux étrangers résidant régulièrement en France de faire venir leur conjoint et leurs enfants, a été instauré en 1976. Dès 1980, cette mesure a provoqué des tensions interethniques dans les quartiers dans lesquels les immigrants étaient devenus très nombreux, contraints et forcés de se loger comme ils pouvaient, faute de logements adaptés prévus pour leur accueil.

Depuis le 24 décembre 1980, la gauche intellectuelle anticommuniste a réussi à confisquer et instrumentaliser les débats sur l’immigration. Prétendant avoir de plus hautes valeurs morales que la droite, depuis bientôt 50 ans, elle prétend imposer ses mœurs « progressistes », imposer ses idées « modernes » et « humanistes », à tous les habitants du pays, quel que soient les moyens financiers, intellectuels, et culturels qu’ils aient pour y adhérer.

Tous ceux qui n’ont pas les moyens pécuniaires et/ou culturels, tous ceux qui ne souscrivent pas à la façon de voir le monde de la gauche intellectuelle, sont soumis à ses sarcasmes, puis, s’ils s’obstinent à refuser de se plier à sa « doxa », mis au ban de la société, taxés d’être réactionnaires, xénophobes, voire carrément racistes.

Depuis plus de quatre décennies, alors que la plupart de ses membres ont été aux abonnés absents pendant la Résistance, tel le plus célèbre d’entre eux, Jean-Paul SARTRE, la gauche intellectuelle française prétend pouvoir donner des leçons de courage moral et de probité à la terre entière, en commençant par les petits Français, qui ont commis le crime d’être nés en France, d’ascendants français.

Le domaine de prédilection de la gauche intellectuelle, vise le devoir qu’auraient les Français d’accueillir sans réserve les immigrés qui foulent le sol national.

Michel ROCARD, a eu beau faire observer en novembre 1989 que : « la France ne [pouvait] pas accueillir toute la misère du monde », la gauche intellectuelle n’a jamais voulu revenir à la raison des faits et des chiffres, et a condamné la déclaration, du seul premier ministre socialiste à avoir jamais su compter, en oubliant soigneusement la deuxième partie de sa citation : « …toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part »

Dans le rapport que l’Institut Thomas More a publié en juin 2026, intitulé : 1975-2025 · Les cinquante décisions qui ont coulé la France, les politiques migratoires des gouvernement de droite et de gauche qui se sont succédé au pouvoir depuis 50 ans sont très sévèrement jugées.

Non seulement les socialistes, arrivés au pouvoir, ont pris de très mauvaises mesures en matière migratoire, mais malheureusement, ils les ont prises aux pires moments. En effet après la deuxième crise pétrolière, en 1979, l’économie française est entrée dans une période des plus difficiles de la Ve République : baisse du PIB,  hausse de l’inflation, hausse du chômage, baisse du taux de change du franc, et forte augmentation du déficit de la balance commerciale du pays.

De 1972 à 1980, le PIB a augmenté de 245 %, soit multiplié par 3 fois et demi 

Chiffres du planificateur a-contresens provenant des données de la Banque mondiale.

De 1980 à 1984, le PIB a diminué de 24 %,

De 1963 à 1973, l’inflation est restée inférieure à 10 %

De 1973 à 1992, l’inflation a été 6 fois supérieure à 10 %, près d’une année sur trois

La principale phase de hausse du chômage a eu lieu entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980. Le nombre de chômeurs passe alors de 700 000 à 2,3 millions, le taux de chômage est multiplié par trois de 3 à 9 %. Après les chocs pétroliers de 1973 et 1979, après la fin du rattrapage économique vis-à-vis des États-Unis (fin de la période des Trente Glorieuses), le chômage est resté à un niveau élevé jusqu’au milieu des années 2010 — autour de 10 %.

De 1975 à 1985, le taux de chômage a été multiplié par trois

De 1980 à 1985, le franc français est passé de 0,25 à 0,09 par rapport au dollar américain

Entre 1960 et 2024, deux records de déficit de la balance commerciale de la France, 1982 et 2022 

Le déficit de la balance commerciale de la France s’est établi à 99,6 milliards d’euros en 2023, en forte baisse par rapport au record de 162,7 milliards d’euros enregistré en 2022, année post covid. Le précédent record avait été enregistré en 1982, un an après l’arrivée des socialistes au pouvoir. La politique de demande qu’ils avaient voulu mettre en place fut si inconséquente, que l’industrie manufacturière française fut immédiatement incapable de répondre à la demande des consommateurs, d’où le déficit commercial record de 1982.

Pour lutter contre les importations de magnétoscopes, devenues massives, en 1983, le gouvernement de Laurent FABIUS prit une mesure douanière loufoque, exiger que leur dédouanement soit effectué à Poitiers, au centre de la France, et plus aux frontières, une mesure désespérée vite abandonnée.

L’arrivée en force au pouvoir des socialistes, a donc marqué pour de nombreux électeurs traditionnels du PC, le début d’une des périodes les plus sombres et des plus difficiles de leur existence, économiquement, socialement, et culturellement.

Les premières victimes de la crise économique dans laquelle la France était entrée en 1975, furent les catégories sociales inférieures, votant depuis la Libération très massivement pour le PC. Rien d’étonnant donc que les communistes aient été les premiers et les plus touchés par la désaffection des électeurs déçus, qui votaient de génération en génération pour les candidats de gauche.

Ni les socialistes, ni encore moins les communistes, qui n’avaient pas exercé le pouvoir depuis très longtemps, ne pouvaient être tenus responsables de l’origine de la crise que traversait le pays, par contre ils pouvaient être accusés de n’avoir pas su prendre les mesures les mieux adaptées à la situation.

En août 1981, le gouvernement MAUROY avait lancé une régularisation exceptionnelle des travailleurs étrangers « sans-papiers ». Cette mesure historique, prise deux mois seulement après l’élection de François MITTERRAND, comme si elle était une priorité, avait été accompagnée, prudence ou cynisme, de l’annonce d’un renforcement de la lutte contre le travail clandestin à l’avenir.

Bien que le gouvernement français ait bien précisé, que ces régularisations reposaient sur des critères stricts, comme une présence ancienne sur le territoire et la possession d’un emploi, cette décision fut très diversement appréciée.

Bien sûr, l’information, diffusée au cœur des vacances d’été, ne fit pas la première page des journaux et ne suscita pas beaucoup de commentaires, notamment de la part de tous ceux qui ne se sentaient nullement touchés personnellement par cette mesure, par contre, pour les habitants des quartiers où la loi autorisant le regroupement familial avait déjà profondément modifié la composition de la population, cette annonce fut très mal vécue.

En mars 1978, lorsque Jean-Marie LE PEN et les candidats du FN aux élections législatives lancèrent leur slogan, appelé à une longue et grande célébrité : « un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés de trop ! La France et les Français d’abord ! », ils ne doutaient que leur formule rencontrerait un grand succès, tant il était alors déjà devenu évident que, parmi les chômeurs, beaucoup étaient immigrés, premières victimes de la crise du travail apparue en 1975, soit un an avant la loi instaurant les règles permettant le regroupement familial.

Contrairement à ce que les dirigeants du FN espéraient, leur message accusant les immigrés d’être les principaux responsables de la montée du chômage en France n’eut aucun écho.

Lors du premier tour des élections qui eut lieu le 12 mars, les 200 candidats présentés par le FN ne recueillirent en tout et pour tout que 82 743 voix, soit 0,29 % de tous les suffrages exprimés. En supposant que le Front national ait pu présenter un candidat dans les 491 circonscriptions, et que les scores aient été en moyenne les mêmes que dans les 200 circonspections, il n’aurait recueilli alors que 200 000 voix, soit 0,71 %.

Comment expliquer qu’en 1978, le principal argument de campagne du FN ait si mal marché, et que seulement 6 ans après, en 1984, le même slogan lui attira plus de 2 000 000 de voix ?

Bien que les socialistes et les communistes n’aient pas voulu l’admettre à l’époque, et que Ian BROSSAT continue toujours de refuser de reconnaître ce qui est devenu on ne peut plus clair et simple, le FN a récupéré quasiment intégralement les 2 millions de voix d’électeurs qui ont abandonné le PC entre 1979 et 1984.

PCF : en 1978, 20,71 %, en 1979, 20,52 %, en 1981, 15,35 %, et en 1984, 10,21 % des voix.

PS+ : en 1978, 25,06 %, en 1979, 23,52 %, en 1981, 25,85 %, et en 1984, 20,75 % des voix.

FN  : en 1978,   0,29 %,                                                                , et en 1984, 10,95 % des voix.

Dès le 18 juin 1984, en regardant attentivement les résultats des élections européennes qui avaient eu lieu la veille, tous les observateurs politiques sérieux pouvaient comprendre que la soudaine percée spectaculaire du vote Front national, venait d’un très important déplacement inédit de l’électorat traditionnel du Parti communiste, vers le parti de Jean-Marie LE PEN.

En pleine inconscience des conséquences de ce bouleversement politique, les chroniqueurs de la gauche non communiste ne se sont pas montrés trop inquiets de ce désamour soudain pour le PC, le parti des travailleurs. Certains, qui avaient depuis trois ans mis leur plume au service du pouvoir socialiste, se sont même réjouit des résultats. Certes pour eux, la chute du PC était aussi une chute de la gauche, mais pour la première fois depuis la Libération, le PS prenait enfin nettement l’ascendant sur le PC.

Les courtisans ne manquèrent pas de féliciter François MITTERRAND pour avoir finalement gagné le pari qu’il avait fait en 1972, en signant le programme commun de la gauche avec les communistes, au grand dam de tous ceux qui craignaient, en France et en Europe, la participation de ministres communistes au gouvernement.

Jusqu’à sa mort en 1975 Guy MOLLET en a rêvé, en 1986 François MITTERRAND l’a fait.

De la SFIO de Guy MOLLET, au PS de François MITTERRAND

Contrairement à celle de François MITTERRAND qui fut souvent très trouble et tortueuse, la vie politique de Guy MOLLET fut, on ne peut plus simple et on ne peut plus linéaire. Il adhéra en effet à la SFIO en 1923 alors qu’il venait d’avoir 18 ans, ou qu’il allait juste les avoir, et il en resta membre jusqu’à la disparition de « son cher parti » en juillet 1969, jusqu’à ce que la SFIO fusionne avec l’Union des clubs pour le renouveau de la gauche pour créer le Parti socialiste, lors du congrès d’Issy-les-Moulineaux.

Depuis la scission en 1920 de la Section Française de l’International Ouvrière, SFIO , les socialistes qui ont voulu garder la vieille maison et les communistes qui ont créé un nouveau parti, la Section Française de l’International Communiste  SFIC, se sont continuellement confronté dans les urnes, et parfois affronté sur leur lieu de travail, voire dans le la rue.

La CGT (syndicat) créée en 1895 et la SFIO (parti politique) créée en 1905, ont été les deux grands piliers du mouvement ouvrier français de la fin du XIXe siècle, jusqu’au milieu du XXe siècle, agissant souvent en tandem malgré leur séparation formelle.

Ceci explique pourquoi, présentant pour la première fois des candidats aux élections législatives, la SFIO réussit à faire élire 78 députés sur 592 dès 1906, puis en 1910, 100 sur 590, et en 1914 103 sur 602. À la veille de la Première Guerre mondiale, Jean JAURÈS avait donc réussi à faire du parti qu’il avait créé avec Jules GUESDE, un grand parti.

En 1923, avec les résultats décevants de 1919, et suite à la scission de 1920, l’avenir de la SFIO semblait de plus en plus incertain. Après le succès des bolchéviques en Russie, l’adhésion de Guy MOLLET à la SFIO plutôt qu’à la SFCI n’était donc pas un choix fait par ambition, et encore moins par pur arrivisme.

Le 31 décembre 1920, le lendemain du Congrès de Tours, les partisans de la motion présentée par le camp de Léon BLUM avait tout pour être dépités. Leur motion n’avait en effet recueilli que 1 022 voix contre 3 208 voix à la motion de ceux qui souhaitaient adhérer sans réserve à l’Internationale communiste, crée par LÉNINE le 2 mars 2019, huit mois avant les élections législatives de novembre 1919, qui seront très décevantes. 

Élections décevantes, mais surtout très injustes. Car la SFIO, qui avait réuni en valeur relative plus d’électeurs qu’en 1914, une augmentation de 4 % des suffrages exprimés, avait vu son nombre d’élus diminuer de 103 à 68, soit son plus faible score depuis sa création. Tandis que le parti de Georges CLEMENCEAU, qui avait réuni en valeur relative moins d’électeurs qu’en 1914, une diminution de 6 %, avait vu son nombre d’élus ne diminuer que de 101 à 93. À la proportionnelle la SFIO aurait eu 128 élus (soit 60 de plus) et le parti de CLÉMENCEAU seulement 67 élus (soit 26 de moins).

En 1914, à la proportionnelle, la SFIO aurait eu 101 élus, au lieu de 103, et le parti de CLEMENCEAU 100 élus, au lieu de 101. À l’évidence, la SFIO a payé très cher les grèves de juin 1919, qui ont paralysé une partie du pays, quelques mois seulement avant les élections.

Si la gauche bolchévique, la gauche révolutionnaire, a tenu à créer un nouveau parti, la SFIC, après le congrès de Tours, alors qu’elle était ultra majoritaire, et pouvait donc prendre simplement la direction de la SFIO, c’est parce que les léninistes, avant même l’apparition du trotskisme, ne craignaient rien tant que le fractionnisme.

Fort du soutien de Moscou, et fort du résultat des votes des motions à Tours, les majoritaires ont préféré créer un nouveau parti monolithique, que de prendre la direction d’un parti divisé idéologiquement.

C’est cette décision qui permit à la SFIO de survivre, alors qu’en 1923 tout semblait la condamner à une proche disparition.

En 1924, un an seulement après son adhésion, Guy MOLLET eut la satisfaction de voir qu’il avait fait le bon choix, et comprit que la rivalité avec les communistes était vouée à durer, à se durcir, et à s’amplifier.

Le PCF a dû attendre 1945 pour arriver à devancer la SFIO en sièges et en voix.

Le PCF n’a atteint son meilleur score en voix (28,26 %) et en sièges (182) qu’en novembre 1946.

En 1978, pour la première fois depuis 1936, en voix, les socialistes (25 %) devant les communistes (21 %).

Jusqu’en 2012, lors des scrutins majoritaires à 2 tours, malgré des scores de plus en plus importants au premier tour, le FN est resté incapable de faire élire plus d’un candidat, même lorsqu’ils étaient plus de 200 à se présenter. Ceci en raison de l’extraordinaire efficacité du barrage républicain.

Ni la SFIO, ni la SFCI, ni le PCF, n’ont été confrontés à des barrages aussi étanches. Mais tous ont subit des manœuvres électorales permettant de les pénaliser. La SFIO a ainsi été souvent sous-représentée à l’Assemblée nationale jusqu’en 1932. Le PCF, lui, fut souvent grossièrement sous-représenté après la Libération.  Comme on peut vérifier ci-dessous, en 1958, le plan et le front anticommuniste mis au point par Guy MOLLET, en 1956, remplit parfaitement son objectif : minorer au maximum le score des communistes. En 1962, en raison de l’apparition de nombreux votes antigaullistes, le PC fut beaucoup moins défavorisé.

En 1958, pour le même nombre de voix : 1 communiste élu, 6 socialistes, et 15 radicaux

En 1962, pour le même nombre de voix : 1 communiste élu, 2 socialistes, et 3 radicaux

« Les communistes ne sont pas à gauche… Ils sont à l’Est ». Que cette phrase, que l’on prête à Guy MOLLET, ait été prononcée par lui ou pas, elle reflète parfaitement la principale raison de son opposition résolue et continue au Parti communiste français. En 1936, Guy MOLLET était membre de la SFIO depuis 13 ans. Il avait eu le temps de vérifier jusqu’où la direction de la SFCI communiste était prête à obéir servilement aux consignes données par le Komintern depuis Moscou. Il avait vécu le sectarisme des dirigeants communistes jusqu’en 1932 et leur conversion subite au principe de Front populaire, survenue soudainement en juin 1934, deux ans avant les élections législatives d’avril-mai 1936..

Comme tous les dirigeants de gauche avant lui, Guy MOLLET savait que la SFIO ne pouvait espérer accéder au pouvoir qu’au cœur d’une coalition politique. Mais il savait aussi que pour appliquer son programme, et rien que son programme, la SFIO ne pouvait participer à un gouvernement d’union de la gauche qu’en position de force, par rapport aux radicaux, et plus encore par rapport aux communistes.

Car depuis 1920, pour ceux qui voulaient rester fidèles à la SFIO, les choses étaient parfaitement claires, la dictature du prolétariat de LÉNINE et de STALINE ne pouvait pas être confondue avec la dictature du prolétariat de Léon BLUM.

Principal opposant à l’adhésion de la SFIO à la Troisième internationale, l’Internationale communiste, Léon BLUM fut le premier anticommuniste à comprendre que le régime soviétique était passé, dès sa naissance, de la dictature du prolétariat à la dictature pure et simple. Mais, bien qu’il ait refusé toute sa vie d’obéir aveuglément aux injonctions du Komintern, il n’hésita jamais à œuvrer avec les communistes, à chaque fois qu’il en allait de l’avenir et/ou du redressement du pays.

En 1934, face à la montée du fascisme en Europe et en France, alors que les communistes l’avaient traité de social-traitre pendant 14 ans, il se montra, sans réserve, favorable à l’accord électoral proposé par le parti communiste. Ce qui assura au Front populaire la victoire.

En mai 1936, les communistes français furent les grands bénéficiaires des accords de désistement, signés avec les socialistes et les radicaux socialistes, mais, malgré leurs progrès qui furent très spectaculaires, il n’y avait alors absolument aucun risque qu’ils puissent faire à Paris, ce que leurs grands frères russes avaient réussi à faire à Saint Pétersbourg en octobre 1917.

Résultat détaillé des élections législatives de 1932 et 1936

(d’après les chiffres de G. LACHAPELLE)

Durant près d’un siècle, les socialistes qui avaient quitté la SFIO, pour devenir communistes, n’ont pu passer que très peu d’alliances électorales avec les socialistes restés socialistes, et pu passer encore moins d’accords en vue de gouverner à leur côté.

Depuis leur séparation, les socialistes et les communistes n’ont cessé de se tenir mutuellement responsables de leurs divisions et de leurs différends.

En 2026, les socialistes instruits pourraient se défendre aisément de ce grief, tant ils ont d’arguments à faire valoir pour expliquer pourquoi leurs accords avec les communistes sont restés si rares et si difficiles.

Malheureusement, depuis la Libération, les communistes ont réussi à réécrire l’histoire du mouvement ouvrier à leur avantage, et surtout réussi à faire oublier les pages les plus sombres de leur vie politique.

Malheureusement aussi, les dirigeants qui ont pris la direction du PS au congrès d’Épinay en 1971, non seulement n’ont pas défendu les anciens dirigeants de la SFIO, mais ils les ont accablés de reproches, comme s’ils étaient les principaux coupables de la désunion de la gauche.

Depuis que les communistes lui avaient permis de mettre le général de GAULLE en ballotage aux élections présidentielles de 1965, oubliant qu’au référendum d’octobre 1962 il avait fait campagne pour le NON, François MITTERRAND ne pensait plus qu’à se faire élire président de la République au suffrage universel, prêt à tout pour y arriver.

Les chroniqueurs politiques, aussi antigaullistes que paresseux, saluèrent l’« exploit » de François MITTERRAND. Quel exploit ?

Aux élections législatives de novembre 1962  ; le PCF, la SFIO et le PRV, radicaux de gauche, avaient recueilli au premier tour 7 650 137 voix (41,72 % des suffrages exprimés). En 1965, candidat UNIQUE de la gauche, François MITTERRAND ne recueillit au premier tour que 7 694 003 voix (31,72 % des suffrages exprimés). Au deuxième tour il recueillit naturellement le même nombre de voix venant de la gauche, auxquelles se sont ajouté toutes les voix d’extrême-droite et toutes celles des centristes atlantistes, antigaullistes inconditionnels, soit en tout : 10 619 735 (44,80 %).

Ce résultat inattendu fit soudainement de François MITTERRAND un « champion ». Tous ceux qui rêvaient de renvoyer le général à Colombey les deux-Églises jubilaient, alors qu’il n’y avait vraiment pas de quoi triompher, puisque la gauche unie aux élections de 1965, avait fait très exactement 10 % de moins que la gauche, divisée en trois aux élections de 1962.

Trente ans après sa mort, de nombreux journalistes persistent à vouloir présenter François MITTERRAND comme un grand stratège, un génie politique, alors que plus le temps passe, plus il apparait clair qu’il ne fut souvent qu’un banal politicien opportuniste particulièrement chanceux.

La plus grande chance qu’il ait eu est que, le général de GAULLE ait refusé d’utiliser contre lui la photo qui le montre en train de recevoir la francisque des mains du maréchal PÉTAIN. Toute la classe politique ne connaissait pas l’existence de la photo qui en apporte la preuve, mais tous les politiques d’extrême-droite savaient avant 1965, qu’il avait reçu cette distinction devenue encombrante pour lui. François MITTERRAND a bénéficié toute sa vie de la complicité de tous les antigaullistes viscéraux. Il n’a pas fait fleurir longtemps la tombe du maréchal à l’île d’Yeu par hasard.

Alors que Charles de GAULLE n’hésita jamais à remonter les courants contraires, quand il en allait de l’intérêt de la France, les choix de François MITTERRAND furent surtout ceux des vents portants du moment.

Il a bénéficié du silence de tous ceux qui connaissaient bien son passé, de la mémoire courte des journalistes, mais il a surtout bénéficié d’heureux concours de circonstances exceptionnelles, et d’appuis inédits et constants, en France, mais aussi venant des États-Unis.

Dans le livre qu’il a publié en 1997, intitulé Le dernier MITTERRAND, l’auteur, Georges-Marc BENAMOU, affirme que le président lui aurait confié avant sa mort : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »

Venant d’un des responsables politiques français les mieux et les plus longuement informés de janvier 1942 à mai 1995, ces accusations tardives auraient dû provoquer de fortes réactions, et susciter de nombreux commentaires, visant à les cautionner ou à les dénoncer.

Mais en 1997, lorsque les propos totalement inattendus de François MITTERRAND ont été rapportés, la plupart des Français n’étaient plus, ou pas encore, en mesure d’apprécier personnellement le sens qu’il fallait leur donner, et les chroniqueurs politiques de gauche, comme les chroniqueurs de droite, censés éclairer leurs concitoyens, ne souhaitaient surtout pas alors ouvrir un long débat qui ne pouvait qu’accroître leur discrédit dans l’opinion publique. En effet, comment les « spécialistes » avaient-ils pu ne rien révéler s’ils savaient ? Comment pouvaient-ils ne rien savoir s’ils étaient vraiment « experts » ?

Pourquoi le président français, qui avait commémoré le quarantième anniversaire du débarquement allié en Normandie en juin 1984, au côté de Donald REAGAN, et le cinquantième anniversaire en juin 1994, au côté de Bill CLINTON, a-t-il voulu accuser explicitement les États-Unis de mener une « guerre permanente » contre la France, la veille de sa mort ? Mystère !

Mystère d’autant plus grand que contrairement à Charles de GAULLE avant lui, et Jacques CHIRAC après lui, François MITTERRAND n’a jamais été victime de la moindre campagne orchestrée contre lui par les Américains, mais bien au contraire bénéficia de beaucoup de bienveillance de leur part à son égard, trop heureux de pouvoir compter en France sur un opposant au général de GAULLE, aussi obstiné, sur un responsable servant si bien leurs intérêts, consciemment, ou malheureusement, plus vraisemblablement inconsciemment.

Lors des élections présidentielles de 1965, une chance inouïe a souri à François MITTERRAND, lui permettant, contre toute attente, de mettre le général de GAULLE en ballotage.

Cet exploit électoral, qui fut l’une de ses plus belles pages de gloire, et le score important qu’il obtint au second tour, lui valurent en deux semaines la place inespérée de chef de file de toute l’opposition de gauche au général de GAULLE.

François MITTERRAND : en décembre 1965, le premier pas vers l’Élysée

Avant 1965, François MITTERRAND n’était pour les électeurs français qu’un banal politicien antigaulliste ambitieux parmi les autres, sans grand avenir. Après décembre 1965, il a su habilement capitaliser sur les louanges que les journalistes ne cessaient de lui tresser abondamment, et il sut surtout faire passer sous silence toutes les bonnes fortunes sans lesquelles il n’aurait jamais pu être, ni candidat, ni qualifié pour le deuxième tour.

Le 31 décembre 1994, lors de ses derniers vœux présidentiels, François MITTERRAND déclara : « Je crois aux forces de l’esprit, … ». Il aurait pu ajouter, je crois à la providence.

En effet, le nombre d’heureux hasards qui se sont enchaînés dans sa vie est tel, qu’il ne pouvait pas ne pas y croire.

Avant même qu’il entre en politique, la chance lui a souri une première fois. Chance d’avoir réussi sa troisième tentative d’évasion d’un camp disciplinaire situé, heureusement pour lui, en Moselle.

Après trois tentatives, les prisonniers récidivistes étaient très souvent envoyés dans des camps de représailles ou des camps de concentration, situé à l’Est de l’Allemagne, voire en Pologne.

Si François MITTERRAND était resté prisonnier jusqu’en 1945, sa carrière politique aurait fini avant même d’avoir jamais commencé.

Pouvoir se présenter comme candidat unique de la gauche en 1965, fut pour lui le plus grand de tous les heureux hasards de toute sa carrière politique.

S’il fut candidat unique, c’est parce qu’il fut alors le seul à pouvoir, et à oser se présenter, sans aucune honte, à une élection dont il avait dénoncé farouchement le principe.

Tous ceux qui tiennent à admirer son « génie politique » se gardent bien de le rappeler.

En offrant à François MITTERRAND en 1965, la chance de pouvoir défier seul le général de GAULLE, les responsables du parti communiste n’imaginaient certainement pas qu’ils étaient en train de faire la courte échelle à celui qui allait causer leur perte en moins de 20 ans.

Est-ce que Maurice THOREZ, secrétaire général du Parti communiste français de juillet 1930 à mai 1964, aurait commis cette erreur fatale s’il n’était pas mort en juillet 1964 ? Est-ce qu’il n’aurait pas eu le souhait de défier lui-même le chef de la France libre, en s’engageant à offrir à tous les partis qui soutiendraient sa candidature, l’assurance de désistements généreux lors des prochaines élections législatives, sénatoriales, et autres ?

Aux élections législatives qui ont eu lieu après la Libération, le PC a toujours largement devancé la SFIO. Aux élections de 1962, au premier tour, l’écart n’avait jamais été aussi grand : plus de 1,7 million en voix, soit près de 9,5 % des suffrages exprimés.

En 1965, ni le PC ni la SFIO n’avaient envie de défier seul un candidat dont l’élection au premier tour ne faisait de doute pour personne. En pleine Guerre froide, il était impossible pour la SFIO de faire voter pour un candidat communiste à des élections présidentielles. Et, trois ans seulement après la fin de la guerre d’Algérie, il était hors de question pour les communistes de faire voter pour Guy MOLLET, le secrétaire général de la SFIO.

Gaston MONNERVILLE, président du Sénat depuis décembre 1958, membre éminent du parti radical, avait qualifié de « forfaiture » le projet de référendum de 1962 visant à élire le président de la République au suffrage universel direct.

Bien que son nom ait été un temps évoqué par la SFIO et ses alliés, il pouvait difficilement cautionner l’élection présidentielle en étant lui-même candidat. Aujourd’hui, en découvrant sa photo, les jeunes ne manqueraient pas d’imaginer que la vraie raison fut la couleur de sa peau. À cette époque en France, l’antiracisme n’avait pas encore été instrumentalisé. C’est pourquoi, s’il avait été candidat il n’aurait nullement été lourdement pénalisé du fait d’être noir, contrairement à ce qu’affirme sa fiche wikipédia.

Comment peut-on accréditer une telle contrevérité concernant un Guyanais élu président du conseil général du Lot de 1951 à 1970 et sénateur de ce département de 1959 à 1974 ?

Député de 1946 à décembre 1958, François MITTERRAND dû attendre décembre 1962, pour revenir à l’Assemblée nationale, où il siégera jusqu’en mai 1981. Conseiller général de la Nièvre de 1949 à 1981, président du département de 1964 à 1981, il n’eut aucun mal à s’y faire élire sénateur dès avril 1959. Bien qu’il ait quitté le sénat dès décembre 1962, il y conserva de nombreux amis jusqu’à ce qu’il devienne président de la République.

En octobre 1962, à la suite du renouvellement triennal, le groupe gaulliste officiel au Sénat ne comptait que 32 sénateurs, soit moins de 12 % des sénateurs, alors qu’aux élections législatives du même mois, les gaullistes recueilleront près de 39 % des suffrages exprimés, et les communistes près de 22 %.

En octobre 1965, deux mois avant la première élection présidentielle au suffrage universel, le Sénat ne comptait toujours que 30 sénateurs gaullistes, et les communistes toujours que 14 sénateurs, soit 5 % environ.

Alors que de 1958 à 1962, l’électorat populaire rural a voté massivement pour les gaullistes, et l’électorat ouvrier, lui, a voté massivement pour les communistes, de 1955 à 1971, le nombre d’élus gaullistes et communistes est resté très faible au Sénat.

Entre 1955 et 1971, le sénat était un  repaire d’antigaullistes et d’anticommunistes primaires.

Au référendum constitutionnel du 28 septembre 1958, en métropole, avec un taux de participation de 80,63 %, le OUI avait recueilli 79,26 % des suffrages.

Aux élections législatives de novembre 1958, avec un taux de participation supérieur à 76 % aux deux tours, la coalition gaulliste menée par Michel DEBRÉ, avait recueilli 50,08 % des voix, et obtenu 69,60 % des sièges, soit 402 députés sur 579, parmi lesquels on ne comptait que 189 députés gaullistes, élus sous l’étiquette UNR.

Après le 8 avril 1962, avec les résultats au référendum sur les accords d’Évian, participation 71 % avec près de 91 % de OUI, aucun chroniqueur politique ne pouvait prétendre que le général de GAULLE exerçait le pouvoir depuis 4 ans sans le soutien du peuple.

Les responsables politiques de la IVe République, qui s’étaient montrés incapables de mettre fin à la Guerre d’Algérie, eurent malheureusement, cette grande prétention, avant même que l’exode des pieds-noirs, qui se déroula dramatiquement d’avril à juillet 1962, ne soit complétement terminé.

Les caciques de la IVe Républiques, comme ceux de la IIIe République, comme ceux de la Convention avant eux, se sont toujours méfiés du suffrage universel direct, le suffrage qui avait permis à Louis Napoléon BONAPARTE de finir par se faire élire directement par le peuple.

En 1962, François MITTERRAND n’avait pas encore écrit Le Coup d’État permanent, qui ne sera publié qu’en 1964, mais comme de plus en plus de sénateurs et de députés, il proférait déjà, contre le général de GAULLE, toutes les accusations que l’on retrouvera deux ans après dans son livre.

Paradoxalement, certaines de ces accusations étaient fondées avant octobre 1962, mais ne le seront plus en 1964.

Le 20 septembre 1962, lorsque le général de GAULLE annonça sa volonté d’inscrire l’élection du président au suffrage universel dans la Constitution, il n’y avait, ni au Sénat, ni à l’Assemblée nationale, suffisamment de partisans de cette proposition pour la faire voter par le parlement réuni à Versailles.

Dès le 4 octobre, à l’instigation de Paul REYNAUD, l’homme qui transmit, à l’insu de son plein gré, le pouvoir à Philippe PÉTAIN, les députés s’empressèrent de voter une motion de censure contre le gouvernement de Georges POMPIDOU, premier ministre depuis le 14 avril.

Le 8 octobre le président de la République prononça la dissolution de la Chambre.

Le référendum constitutionnel eut lieu le 28 octobre 1962, et les élections législatives de 1962, un an avant la date prévue du fait de la dissolution, eurent lieu les 18 et 25 novembre.

La comparaison des façons dont ont voté les Français, à trois semaines d’intervalle, au référendum et aux législatives, met en évidence que l’électorat populaire n’a suivi ni les consignes des antigaullistes de gauche ni celles des antigaullistes de droite. En effet, si tel avait été le cas, comme indiqué dans la simulation ci-dessous, avec le même taux de partition, et les mêmes pourcentages qu’aux législatives, les résultats du référendum auraient été presque exactement inversés, donnant près de 64 % au NON.

Au référendum constitutionnel de 1962, le peuple et les dirigeants politiques ont fait sécession

En métropole, aux élections législatives de 1946, les premières de la IVe République, le PCF a obtenu le score le plus élevé de toute son histoire, 28,26 % des suffrages exprimés, 5 430 593 voix, et, grâce au scrutin proportionnel à un tour, a pu faire élire 182 candidats.

À cause des règles d’apparentement, à cause du nouveau mode de scrutin proportionnel mis en place par la SFIO, aux élections législatives de 1951, avec 4 910 547  voix, 25,89 % des suffrages exprimés, le PCF n’a pu faire élire que 103 députés.

Avec le même mode de scrutin, aux élections législatives de 1956, avec 5 454 589 voix, 25,59 % des suffrages exprimés, le PCF a eu 150 élus, preuve que, 5 ans après la mort de STALINE, le PCF avait réussi à faire largement oublier son passé stalinien.

Malheureusement pour le PCF, les élections législatives des 23 et 30 novembre 1958, ont vu le retour du scrutin uninominal majoritaire à deux tours — qui était en vigueur sous la troisième République — pour la France métropolitaine.

Bien que les communistes aient été accusés explicitement de faire le jeu du FLN, les candidats du PCF ont obtenu 3 882 204 voix, soit 18,90 % des suffrages exprimés au premier tour, et 3 741 784 voix, soit 20,70 % des suffrages exprimés au second tour. Avec des pourcentages très importants, les communistes n’ont fait élire que 10 députés, le plus mauvais résultat de toute l’histoire du PCF.

Tandis que les candidats de la coalition gaulliste réunissaient 8 814 885 voix, soit 43,10 % des suffrages exprimés au premier tour, et 9 019 135 voix, soit 50,08 % des suffrages exprimés au second tour. Le premier ministre Michel DEBRÉ réussit à faire élire 402 députés, la majorité absolue à l’Assemblée nationale étant alors de 289.

Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours a été instauré en France sous sa forme moderne pour la Ve République, par une ordonnance du 13 octobre 1958, sous l’impulsion du général de GAULLE et de son gouvernement, afin d’assurer la stabilité politique.

Dés la première fois où il a été appliqué, ce mode de scrutin a rempli parfaitement le rôle pour lequel il avait été utilisé. Il a malheureusement un énorme inconvénient, celui de sous représenter les électeurs d’un parti, quand celui-ci est totalement ostracisé par tous les autres partis. En 1958, bien que le PCF ait recueilli 140 mille voix de plus entre les deux tours, c’est lui qui a été le plus pénalisé par le nouveau mode de scrutin.

En 1986, au scrutin proportionnel intégral, le Front national a fait élire 35 candidats, bien qu’il n’ait recueilli que 9,65 % des suffrages exprimés. Au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, en 1988, avec le même pourcentage, 9,66 %, il n’a eu qu’un seul député. En 1993, avec 12,48 % des voix, zéro député. En 1997, avec 14,94 % des voix, un seul député.

En 2012, avec 13,60 % des voix, Marine LE PEN a réussi à faire élire 2 députés, premier effet de la dédiabolisation du FN, hérité de son père Jean-Marie. En 2017, avec 13,20 % des voix seulement, Marine LE PEN a réussi à faire élire 8 députés. En 2022, avec 18,68 % des voix au premier tour, et 17,30 % au deuxième tour, le RN a fait élire 89 députés. Enfin, en 2024, avec 33,43 % des voix au premier tour, et 37,17 % au deuxième tour, le RN n’a pu accueillir dans son groupe à l’Assemblée national que 143 députés, à cause du front républicain.

Depuis 1958, l’électorat populaire de gauche, qui votait traditionnellement pour le PCF, a été longuement sous-représenté au parlement français, il en est de même pour l’électorat populaire de droite qui vote de plus en plus pour le RN, depuis 2018, depuis qu’il existe.

En 1958, un élu communiste devait obtenir près de 18 fois plus de voix qu’un élu de la coalition gaulliste

L’étude des résultats des votes de 1958, et de ceux de 1962, référendums constitutionnels suivis immédiatement d’élections législatives, ont montré, de façon on ne peut plus nette, que lorsque les dirigeants politiques méconnaissent trop les attentes profondes des électeurs qui votent traditionnellement pour eux, ils perdent leur confiance, puis rapidement leurs voix.

Lors du référendum constitutionnel de septembre 1958, aucun des responsables politiques de la IVe République, qu’il ait inviter à voter OUI ou NON, n’imaginait que le NON recueillerait un nombre et un pourcentage aussi faible de voix, moins de 20 %.

Si tous les électeurs, qui ont voté pour le PCF aux législatives, avaient suivi les consignes du PCF au référendum, le NON aurait recueilli, grâce aux seuls votes communistes, plus de 25 % des voix.

Le PCF, dont tous les dirigeants avaient appelé à voter NON, n’a pas été suivi en masse par ses anciens électeurs, en septembre. En revanche il a retrouvé dès novembre 80 % d’entre eux.

Guy MOLLET, Secrétaire général de la SFIO depuis 1946, et Gaston MONNERVILLE, président du Conseil de la République depuis 1947, ont appelé à voter OUI. Cette sage décision a permis, au premier de rester maire d’Arras et député du Pas-de-Calais, de 1945 jusqu’au jour de sa mort le 3 octobre 1975, et au second de devenir président du Sénat, et de le rester de décembre 1958 à octobre 1968.

Ceux qui n’ont pas eu cette sagesse ont dû attendre des années pour revenir à l’Assemblée nationale. 4 ans pour François MITTERRAND et 9 ans pour Pierre MENDÈS FRANCE.

Tous ceux qui avaient appelé à voter NON au référendum constitutionnel de 1958, avaient prétendu que c’était pour s’opposer à l’instauration d’un pouvoir personnel, et à l’affaiblissement de la démocratie parlementaire. Alors qu’il est évident aujourd’hui, que c’est le principe même du référendum, le suffrage universel direct, auquel ils voulaient avant tout s’opposer.

Parmi les radicaux, ceux qui avaient hérité des façons de penser de la IIIe République, rêvaient ouvertement de revenir au temps où le suffrage universel n’avait d’universel que le nom, au temps où les femmes et les militaires étaient exclus du droit de vote, au temps où les ecclésiastiques ont failli aussi l’être.

En 1958 et en 1962, pour expliquer leurs défaites électorales aux deux référendums, nombre de vieux radicaux socialistes n’hésitaient pas à les imputer, sans honte, au vote des femmes, restées sous la coupe des curés.

Rappelons que, contrairement à ce qu’on laisse complaisamment accroire aujourd’hui dans les médias de service public, ce ne furent pas les députés de la droite « conservatrice » qui se sont opposés au vote des femmes jusqu’en 1945, mais ce sont les sénateurs de gauche. En effet, la Chambre bleue horizon avait accordé le droit de vote aux femmes, dès 1919.

Rappelons aussi à l’occasion que, l’expansion coloniale française au XIXe siècle ne fut pas décrétée par des élus conservateurs réactionnaires, mais qu’elle a été décidée et théorisée par des députés républicains anticléricaux, à l’instigation de Jules FERRY, qui fut le grand héraut de cette sinistre et folle aventure : discours de Jules FERRY du 28 juillet 1885 devant la Chambre des députés.

Les mots du discours de Jules FERRY sont effrayants, « …les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures… », mais pire, le ton du discours est glaçant.

Si tous les Français avaient été consultés par référendum, 20 ans avant la loi de 1905, le NON l’aurait largement emporté. Car l’électorat populaire rural, aurait très certainement compris alors, pourquoi il ne fallait pas soutenir cette initiative présomptueuse et totalement inconséquente, un projet colonial qui ne pouvait finir qu’en catastrophe, comme l’Histoire l’a malheureusement montré.

En 2027, les dirigeants de l’Union européenne, comme les radicaux socialistes de la IIIe République, ne redoutent rien tant que les référendums, qui donnent la parole au peuple. Le peuple dont ils prétendent que lorsqu’il est consulté directement, il dit très souvent, trop souvent, NON, sans raison.

Méprisant les doléances des classes populaires, avant même de les avoir étudiées, les dirigeants européens prétendent aujourd’hui que, si les électeurs issus des classes populaires votent de plus en plus mal, c’est parce qu’ils sont passés sous influence et/ou sous ingérence étrangère.

Cette accusation est particulièrement cocasse, quand elle vient de la partie de la classe politique, dont la servilité à l’égard des États-Unis est explicite et manifeste depuis plus de 80 ans.

Depuis près de dix ans, dans de nombreux entretiens, et dans le livre qu’il a publié en 2017 et réédité en 2022, intitulé L’Ami américain, Washington contre de Gaulle, 1940-1969, puis L’Ami américain, le journaliste et historien Éric BRANCA, révèle que les Américains ont toujours pu compter en France sur de nombreux complices, voire carrément sur des serviteurs zélés des intérêts premiers des États-Unis, en commençant par Jean MONNET.

En 1965, Jean LECANUET n’était pas un « agent » des Américains, mais en étant candidat contre de GAULLE il l’est devenu de fait. Sans cette candidature, atlantiste et antigaulliste, soutenue sans honte par Paul REYNAUD, bien accueillie à l’ambassade des États-Unis à Paris, le général aurait été élu dès le premier tour.

Au second tour, non seulement LECANUET n’a pas appelé à voter contre le candidat soutenu par le parti communiste, mais il a appelé à voter contre l’ancien chef de la France libre. En pleine Guerre froide cette prise de position ne pouvait pas avoir été prise sans l’aval des Américains. Ceci prouve que les États-Unis préféraient alors l’élection de François MITTERRAND à celle de Charles de GAULLE, devenu à leurs yeux un allié insupportable, par trop indépendant et incontrôlable.

Le 19 mai 1974, moins de 2 mois après la mort de Georges POMPIDOU, le soir même de l’élection de Valéry GISCARD d’ESTAING, les Français ont appris qu’avec ce nouveau président la politique gaulliste de la France était bel et bien terminée. Afin que les Américains apprennent au plus vite cette bonne nouvelle, le nouveau président a tenu à la leur transmettre en anglais.

Arrivé au pouvoir, grâce à la droite atlantiste, farouchement antigaulliste, le « plus américain des présidents français », a tout fait pour faire revenir au plus vite la France dans le giron américain. Il fut à l’origine de la French-American Foundation et du sommet du G7 (le groupe des sept), car il pensait que la France n’avait d’avenir que dans une alliance militaire, économique et culturelle avec les États-Unis.

Depuis l’ouverture des studios de cinéma à Hollywood, depuis plus d’un siècle, les Américains sont passés maîtres dans la manipulation mentale des imaginaires des peuples.

Il faut saluer leur savoir-faire. Alors que l’on sait parfaitement aujourd’hui que, le président Franklin ROOSVELT avait prévu et organisé la mise sous tutelle, politique et monétaire, de la France dès le débarquement, le film Le Jour le plus long, sorti en 1962, a réussi à convaincre les jeunes Français que, les Américains n’avaient débarqué en Normandie, aux côtés des Anglais et des Canadiens, que pour leur rendre leur liberté.

L’étude des résultats des votes de 1958, et de ceux de 1962, référendums constitutionnels suivis immédiatement d’élections législatives, ont montré, de façon on ne peut plus nette, que lorsque les dirigeants politiques méconnaissent trop les attentes profondes des électeurs qui votent traditionnellement pour eux, ils perdent leur confiance, puis rapidement leurs voix.

Lors du référendum constitutionnel de septembre 1958, aucun des responsables politiques de la IVe République, qu’il ait inviter à voter OUI ou NON, n’imaginait que le NON recueillerait un nombre et un pourcentage aussi faible de voix, moins de 20 %.

Si tous les électeurs, qui ont voté pour le PCF aux législatives, avaient suivi les consignes du PCF au référendum, le NON aurait recueilli, grâce aux seuls votes communistes, plus de 25 % des voix.

Le PCF, dont tous les dirigeants avaient appelé à voter NON, n’a pas été suivi en masse par ses anciens électeurs, en septembre. En revanche il a retrouvé dès novembre 80 % d’entre eux.

Guy MOLLET, Secrétaire général de la SFIO depuis 1946, et Gaston MONNERVILLE, président du Conseil de la République depuis 1947, ont appelé à voter OUI. Cette sage décision a permis, au premier de rester maire d’Arras et député du Pas-de-Calais, de 1945 jusqu’au jour de sa mort le 3 octobre 1975, et au second de devenir président du Sénat, et de le rester de décembre 1958 à octobre 1968.

Ceux qui n’ont pas eu cette sagesse ont dû attendre des années pour revenir à l’Assemblée nationale. 4 ans pour François MITTERRAND et 9 ans pour Pierre MENDÈS FRANCE.

Tous ceux qui avaient appelé à voter NON au référendum constitutionnel de 1958, avaient prétendu que c’était pour s’opposer à l’instauration d’un pouvoir personnel, et à l’affaiblissement de la démocratie parlementaire. Alors qu’il est évident aujourd’hui, que c’est le principe même du référendum, le suffrage universel direct, auquel ils voulaient avant tout s’opposer.

Parmi les radicaux, ceux qui avaient hérité des façons de penser de la IIIe République, rêvaient ouvertement de revenir au temps où le suffrage universel n’avait d’universel que le nom, au temps où les femmes et les militaires étaient exclus du droit de vote, au temps où les ecclésiastiques ont failli aussi l’être.

En 1958 et en 1962, pour expliquer leurs défaites électorales aux deux référendums, nombre de vieux radicaux socialistes n’hésitaient pas à les imputer, sans honte, au vote des femmes, restées sous la coupe des curés.

Rappelons que, contrairement à ce qu’on laisse complaisamment accroire aujourd’hui dans les médias de service public, ce ne furent pas les députés de la droite « conservatrice » qui se sont opposés au vote des femmes jusqu’en 1945, mais ce sont les sénateurs de gauche. En effet, la Chambre bleue horizon avait accordé le droit de vote aux femmes, dès 1919.

Rappelons aussi à l’occasion que, l’expansion coloniale française au XIXe siècle ne fut pas décrétée par des élus conservateurs réactionnaires, mais qu’elle a été décidée et théorisée par des députés républicains anticléricaux, à l’instigation de Jules FERRY, qui fut le grand héraut de cette sinistre et folle aventure : discours de Jules FERRY du 28 juillet 1885 devant la Chambre des députés.

Les mots du discours de Jules FERRY sont effrayants, « …les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures… », mais pire, le ton du discours est glaçant.

Si tous les Français avaient été consultés par référendum, 20 ans avant la loi de 1905, le NON l’aurait largement emporté. Car l’électorat populaire rural, aurait très certainement compris alors, pourquoi il ne fallait pas soutenir cette initiative présomptueuse et totalement inconséquente, un projet colonial qui ne pouvait finir qu’en catastrophe, comme l’Histoire l’a malheureusement montré.

En 2027, les dirigeants de l’Union européenne, comme les radicaux socialistes de la IIIe République, ne redoutent rien tant que les référendums, qui donnent la parole au peuple. Le peuple dont ils prétendent que lorsqu’il est consulté directement, il dit très souvent, trop souvent, NON, sans raison.

Méprisant les doléances des classes populaires, avant même de les avoir étudiées, les dirigeants européens prétendent aujourd’hui que, si les électeurs issus des classes populaires votent de plus en plus mal, c’est parce qu’ils sont passés sous influence et/ou sous ingérence étrangère.

Cette accusation est particulièrement cocasse, quand elle vient de la partie de la classe politique, dont la servilité à l’égard des États-Unis est explicite et manifeste depuis plus de 80 ans.

Depuis près de dix ans, dans de nombreux entretiens, et dans le livre qu’il a publié en 2017 et réédité en 2022, intitulé L’Ami américain, Washington contre de Gaulle, 1940-1969, puis L’Ami américain, le journaliste et historien Éric BRANCA, révèle que les Américains ont toujours pu compter en France sur de nombreux complices, voire carrément sur des serviteurs zélés des intérêts premiers des États-Unis, en commençant par Jean MONNET.

En 1965, Jean LECANUET n’était pas un « agent » des Américains, mais en étant candidat contre de GAULLE il l’est devenu de fait. Sans cette candidature, atlantiste et antigaulliste, soutenue sans honte par Paul REYNAUD, bien accueillie à l’ambassade des États-Unis à Paris, le général aurait été élu dès le premier tour.

Au second tour, non seulement LECANUET n’a pas appelé à voter contre le candidat soutenu par le parti communiste, mais il a appelé à voter contre l’ancien chef de la France libre. En pleine Guerre froide cette prise de position ne pouvait pas avoir été prise sans l’aval des Américains. Ceci prouve que les États-Unis préféraient alors l’élection de François MITTERRAND à celle de Charles de GAULLE, devenu à leurs yeux un allié insupportable, par trop indépendant et incontrôlable.

Le 19 mai 1974, moins de 2 mois après la mort de Georges POMPIDOU, le soir même de l’élection de Valéry GISCARD d’ESTAING, les Français ont appris qu’avec ce nouveau président la politique gaulliste de la France était bel et bien terminée. Afin que les Américains apprennent au plus vite cette bonne nouvelle, le nouveau président a tenu à la leur transmettre en anglais.

Arrivé au pouvoir, grâce à la droite atlantiste, farouchement antigaulliste, le « plus américain des présidents français », a tout fait pour faire revenir au plus vite la France dans le giron américain. Il fut à l’origine de la French-American Foundation et du sommet du G7 (le groupe des sept), car il pensait que la France n’avait d’avenir que dans une alliance militaire, économique et culturelle avec les États-Unis.

Depuis l’ouverture des studios de cinéma à Hollywood, depuis plus d’un siècle, les Américains sont passés maîtres dans la manipulation mentale des imaginaires des peuples.

Il faut saluer leur savoir-faire. Alors que l’on sait parfaitement aujourd’hui que, le président Franklin ROOSVELT avait prévu et organisé la mise sous tutelle, politique et monétaire, de la France dès le débarquement, le film Le Jour le plus long, sorti en 1962, a réussi à convaincre les jeunes Français que, les Américains n’avaient débarqué en Normandie, aux côtés des Anglais et des Canadiens, que pour leur rendre leur liberté.

Le Jour le plus long est sorti en France le 10 octobre 1962, 2 semaines avant le référendum, et 6 semaines avant le premier tour des élections législatives. Notons que ce n’était qu’une coïncidence, car les réalisateurs ne pouvaient pas savoir que les Français seraient appelés à voter à ces dates, quand ils ont commencé à tourner le film, dix mois avant. Mais cette coïncidence fit le grand bonheur des antigaullistes de droite et de gauche, car le rôle de de GAULLE et celui de la résistance française étaient on ne peut plus réduits dans le scénario.

L’énorme succès du film donna l’occasion inespérée, à tous ceux qui s’étaient affichés pétainistes jusqu’en juin 1944, de relativiser leur lâcheté, de justifier leur attentisme sous l’occupation, de les libérer de toute culpabilité d’avoir été antigaulliste, et pour beaucoup de l’être restés.

Ainsi, dès octobre 1962, les antigaullistes, jusque-là essentiellement de gauche, communistes, socialistes et radicaux socialistes, ont vu arriver le renfort des antigaullistes, de droite et d’extrême-droite, qui depuis la Libération, par prudence, s’étaient montrés des plus discrets.

Aux élections présidentielles de 1965, François MITTERRAND fut le grand bénéficiaire de l’apparition de ce nouvel antigaullisme.

Avoir réussi à convaincre 45 % des Français qu’il serait un meilleur président que le général de GAULLE, fut sa première page de gloire, qu’il sut habilement faire valoir. Il se garda bien évidemment de reconnaître qu’il avait fallu qu’ils se mettent à deux, les antigaullistes de gauche et les antigaullistes de droite, pour arriver à le mettre en ballotage.

En mai 1968, il put croire quelques jours que l’heure du départ du Général avait enfin sonné, mais il dut encore patienter. François MITTERRAND n’eut pas longtemps à attendre, car avec l’aide des antigaullistes atlantistes, de plus en plus nombreux, le rêve qu’il avait de chasser le général du pouvoir depuis plus de dix ans, put enfin être exaucé le soir du 27 avril 1969.

À part le chef de la France libre, on peine à trouver dans l’histoire de France un homme politique qui ait été plus trahi par les siens, plus diffamé par ses adversaires, qui ait été victime de plus d’ingratitude, de la part d’hommes qui lui devaient tant.

Avec pour seule boussole l’intérêt national, contrairement à la plupart des hommes politiques, qui n’ont jamais eu pour ambition que leur propre ambition, Charles de GAULLE n’a jamais perdu de temps ni d’énergie à régler ses comptes avec les médiocres, les lâches, et les traitres, qu’il a retrouvé à Paris en août 1944

Il savait que la tâche était si immense, qu’il n’aurait jamais pu en venir à bout. Il a juste laissé rapidement fusiller les plus salauds des salauds, conscient que sans cette œuvre de salubrité publique, il aurait été totalement impossible de retrouver le minimum de cohésion nationale, indispensable à la reconstruction du pays en ruine.

Nombreux furent ceux auquel il ne fit aucun reproche. Ces derniers, non seulement n’ont jamais salué sa bonté d’âme, mais ils lui ont voué une haine farouche, furieux d’avoir été humiliés, deux fois. La première fois en commençant à résister avant eux, sans eux. La deuxième fois en les méprisant, de toute sa hauteur, sans un mot sur leur attentisme.

De GISCARD d’ESTAING à MITTERRAND, de MITTERRAND à LE PEN

Après 1968, pour la demi-douzaine de responsables politiques de la majorité présidentielle qui avaient déjà secrètement muri l’ambition de prendre la suite du général de GAULLE, il est vite apparu urgent de trouver avant sa mort, la meilleure façon de pouvoir capter son héritage, avant les autres.

Malheureusement pour les Français, en se déchirant, avant la disparition du Général, les candidats à sa succession ont commencé à dilapider son héritage, avant même d’être en mesure de le recevoir.

Alors que le général de GAULLE avait opposé à deux reprises son veto à l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne (CEE), le 14 janvier 1963 et le 27 novembre 1967, dès 1972, par référendum, le président Georges POMPIDOU demanda aux Français leur assentiment pour ouvrir toutes grandes les portes de la CEE aux Anglais, avec les conséquences désastreuses que l’on peut mesurer 54 ans après.

Georges POMPIDOU fut ainsi le premier à abandonner l’esprit de la pensée politique du général de GAULLE, esprit clairement résumé dans la déclaration qu’il fit deux jours avant le référendum constitutionnel de 1958 : déclaration du 26 septembre 1958.

« …Le référendum de dimanche sera un acte du peuple, c’est-à-dire simple et portant loin. Sans doute est-ce sur la constitution que le pays va sans doute se prononcer, mais tout le monde sent que le vote ne signifiera pas seulement la probation formelle d’un texte. Il s’agit du destin de la France. Du fait que notre pays aura marqué sa volonté d’échapper à la confusion où se débattait le régime des partis, un autre esprit pourra s’il le veut animer la politique et d’autres pouvoirs verront le jour, AYANT LA CAPACITÉ D’AGIR. C’est donc une république nouvelle qui va être instituée pour conduire la France à la rénovation dont elle a maintenant les moyens… »

Après la mort du général de GAULLE, les conditions de vie économique des Français les plus modestes ne se sont pas brusquement dégradées, ni après la mort du président POMPIDOU, mais la façon dont les dirigeants au pouvoir se sont adressés à eux, a énormément changé, a considérablement perdu en empathie.

« Le général de GAULLE est mort. La France est veuve. » En entendant Georges POMPIDOU annoncer ainsi la mort du premier président de la Ve République, le 10 novembre 1970, la France des élites antigaullistes fut une veuve joyeuse, par contre la France populaire des petits et des sans grades fut une veuve éplorée, consciente qu’elle avait perdu un « mari attentif aimant unique ».

La veille de Noël 1974, les Français ont pu voir, à l’heure des informations télévisées, leur nouveau président, Valéry GISCARD d’ESTAING, partageant son petit déjeuner à 6 heures 30 du matin, avec quatre éboueurs, un chauffeur français, deux Maliens et un Sénégalais, que des gardes républicains avaient arrêtés dans une rue proche de l’Élysée, pour les « inviter » au palais.

Les journalistes de la presse de gauche n’ont pas manqué de condamner ce coup de communication démagogique, qu’ils trouvèrent unanimement raté. Il était effectivement raté, mais pas pour les raisons avancées dans leurs articles.

Cette opération médiatique, était certes maladroite, indigne, et humiliante, pour les éboueurs africains, mais elle fut surtout d’une grande stupidité politique. Avec les belles images de ce petit déjeuner, VGE voulait montrer qu’il avait beaucoup de cœur, qu’il était attentif aux autres. Alors que les nombreux Français qui n’avaient pas les moyens de fêter Noël, ont compris eux, que le message de leur président n’était qu’un message politicien, cynique et méprisant, adressé à ses électeurs « charitables » bourgeois.

En 1974, sous l’effet du premier choc pétrolier, le chômage a commencé à croître en France brutalement, marquant la fin des Trente Glorieuses et l’entrée dans une crise économique inédite.

Le budget de l’année 1974 est, à ce jour, le dernier budget de la France à avoir été exécuté en excédent (et donc sans déficit public global pour l’État).

Le 27 mai 1974, en entrant dans son bureau à Matignon, le nouveau Premier ministre, Jacques CHIRAC, n’eut aucune mauvaise surprise à déplorer, car ses deux prédécesseurs, Jacques CHABAN-DELMALS, Premier ministre de 1969 à 1972, et Pierre MESSMER, de 1972 à 1974, avaient parfaitement réussi à tenir la maison, malgré les dissensions de plus en plus graves qui divisaient la majorité présidentielle, et ils avaient su prendre pour l’avenir de la France, à très long terme, les bonnes décisions, notamment en matière nucléaire.

Ils furent malheureusement les deux derniers Premiers ministres, à faire passer l’avenir de leur pays avant leur avenir personnel. Ils n’avaient pas été faits tous les deux Compagnons de la Libération par le général de GAULLE sans mérite.

Après la mort de Georges POMPIDOU, tous ses successeurs, jusqu’en 2017, se sont fait élire en trahissant tout ou partie de leurs « amis » et de leurs « alliés » politiques naturels, en trahissant donc tout ou partie de leurs électeurs traditionnels, et malheureusement en trahissant les intérêts de la nation, avec pour premières victimes les classes populaires.

GISCARD a été élu grâce à CHIRAC qui a trahi CHABAN. En 1981, MITTERRAND a été élu grâce à CHIRAC qui a trahi GISCARD. En 2012, en trahissant SARKOZY, le centriste BAYROU, a fait élire HOLLANDE, et a fait ainsi pour longtemps le jeu de la famille LE PEN.

Rappelons en effet que Nicolas SARKOZY fut le seul candidat aux élections présidentielles qui ait réussi à faire reculer temporairement le vote FN durant son quinquennat : aux élections présidentielles : 2002 [16,9 %], 2007 [10,04 %], 2012 [17,9 %] et aux élections européennes : 2004 [9,8 %], 2009 [6,3 %], 2014 [24,9 %].

Le référendum de mai 2005, marque la dernière fois où tous les électeurs français ont été consultés, invités à répondre OUI à la question : « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe ? »

L’annonce de la tenue du référendum sur la Constitution européenne a été faite par le président de la République Jacques CHIRAC le 14 juillet 2004, lors de sa traditionnelle allocution télévisée de la fête nationale.

La date précise du jour du vote, le 29 mai 2005, n’a été annoncée que le 4 mars 2005, une fois encore par le président, mais depuis le mois d’octobre 2004, tous les instituts de sondages savaient que le vote devait avoir lieu avant les vacances d’été.

Fin novembre 2004, les sondages donnaient le OUI gagnant, certains prévoyaient jusqu’à 65 % d’approbation.

Le 28 février 2005, le parlement réuni en congrès à Versailles avait voté la modification du titre XV de la Constitution, indispensable pour pouvoir organiser le référendum.

Résultat : votants : 892, suffrages exprimés : 796, majorité requise (3/5) : 478, Pour : 730, Contre : 66.

En quittant Versailles, pour les journalistes accrédités, qui étaient presque unanimement favorables à la Constitution européenne, le vote du référendum semblait être devenu une simple formalité.

Début mars les sondages prévoyaient encore jusqu’à 60 % d’approbation, voire plus.

Ces prévisions semblaient tout à fait vraisemblables, au regard des résultats du premier tour des élections présidentielles de 2002, et au regard des prises de position des responsables des principaux partis politiques

Les instituts de sondages utilisent les résultats des élections passées pour imaginer les résultats des élections à venir.

Avant mai 2005, ils n’ont pas manqué de faire une simulation de vote à partir des résultats du premier tour des élections présidentielles de 2002. Pour les partisans du OUI, la simulation était rassurante. Si les électeurs votaient au référendum en suivant les consignes des partis pour lesquels ils avaient voté trois ans avant, le OUI devait l’emporter  au niveau national avec plus de 15 millions de voix, près de 54 %, comme le montre le tableau ci-dessous.

En France, après les résultats des élections de 2002, le OUI aurait dû recueillir plus de 15 millions des voix

Le Parti socialiste avait organisé le 1er décembre 2004 un référendum interne sur la Constitution Européenne. Les militants avaient voté massivement lors de cette consultation (plus de 83 % de participation) et le OUI était sorti largement vainqueur (plus de 59 % des voix).

Selon les sondages (notamment IPSOS), 56 % des sympathisants et électeurs du Parti socialiste ont voté NON.

Ce chiffre explique pourquoi le NON l’a finalement largement emporté avec 54,67 % des voix, alors que, jusqu’au début du mois de mars, tous les sondages sur le référendum, prévoyaient une écrasante victoire du OUI, allant de 56 % à 60 %.

Ce sont en effet les électeurs socialistes qui n’ont pas suivi les consignes de vote de la direction du PS qui, à eux seuls, ont assuré la victoire du NON.

Lionel JOSPIN, en toute petite forme électorale en 2002, avait tout de même recueilli 4,6 millions de voix, contre 7 millions en 1995. En 2005, après le traumatisme provoqué par la qualification de LE PEN pour le deuxième tour des présidentielles, si les consignes de votes de la direction du PS avaient été suivies, il aurait donc dû retrouver, a minima, « ses » 4,6 millions de voix de 2002. Selon les sondages, il n’en aurait retrouvé que 44 %, soit 2 millions de OUI, et donc 2,6 millions de NON.

Les partisans du OUI pouvaient espérer recueillir 15,4 millions de voix, ils n’en ont recueilli que 12,8, soit 2,6 millions de moins que ce qu’ils pouvaient espérer. IPSOS n’avait donc pas besoin de faire un sondage pour savoir que 56 % des sympathisants et électeurs du Parti socialiste avaient voté NON.

Dans l’Aude, suivant les résultats des élections de 2002, le OUI aurait dû recueillir plus de 80 000 voix

Le département de l’Aude a été considéré comme un bastion historique du socialisme en France pendant plus d’un siècle, en raison d’une combinaison unique de facteurs économiques, sociaux et culturels ancrés dans le Midi rouge.

L’Aude a longtemps été surnommé le « département le plus socialiste de France ». Il a été une terre historique du socialisme, où le PS a régné sans partage pendant des décennies sur la quasi-totalité des mairies, des circonscriptions et du Conseil départemental.

Ce système a fonctionné comme un vote identitaire et culturel. Cependant, la crise profonde de la viticulture, les mutations démographiques (arrivée de nouvelles populations) et le sentiment d’abandon des zones rurales, ont profondément affaibli ce bastion depuis 2005, au profit notamment du Rassemblement National.

Lors du référendum de mai 2005, bien que les trois députés du département de l’Aude aient officiellement appelé à voter OUI, conformément à la consigne nationale de leur parti, 62 % les électeurs traditionnels du PS ont voté NON. Ceci explique comment l’Aude est devenu un des six départements qui ont le plus voté NON : Pas-de-Calais : 69,50 %, Somme : 66,80 %, Aisne : 66,75 %, Nord : 65,5 %, Ardennes : 64,8 %, Aude : 64,2 %.

En 2005, le président Nicolas SARKOZY, comme la quasi totalité des dirigeants de son parti, l’UMP, avait fait intensivement campagne pour le OUI. Les électeurs proches de l’UMP avaient ainsi suivi ses consignes à 80 %, au moins. Tandis que les électeurs se déclarant proches du Front national avaient voté, eux, massivement NON, à hauteur de 93 % (selon les enquêtes de sortie des urnes d’IPSOS).

Le soir même du scrutin, François HOLLANDE, alors premier secrétaire du PS, a reconnu la nette victoire du NON, et demandé au président Jacques CHIRAC, et à son gouvernement, de tirer d’urgence les conséquences politiques de cet échec sur le plan national, comme s’ils étaient les seuls responsables de ce désastre électoral.

Face à cette situation, les dirigeants des deux grands partis qui gouvernaient la France depuis près de 50 ans, non seulement n’ont pas du tout cherché à comprendre pourquoi cette Constitution avait été rejetée massivement par les classes populaires, mais ont cherché à accréditer l’idée que, si le peuple avait voté NON, c’était parce qu’il était incapable de comprendre le fond de la question qui lui avait été posée.

En 2005, pour les dirigeants de l’UMP et ceux du PS, il fut vite hors de question de respecter définitivement le vote des Français. Tout devait être mis en œuvre rapidement pour arriver à le contourner.

En 2007, Nicolas SARKOZY réussit à se faire élire président de la République avec 2 millions de voix de plus que sa concurrente, Ségolène ROYAL. Il doit cette large victoire au fait d’avoir abordé sans tabou des thèmes traditionnellement portés par l’extrême droite, comme le contrôle de l’immigration et le maintien de l’ordre.

Au moins un million d’électeurs, qui avaient voté pour Jean-Marie LE PEN en 2002, votèrent pour lui, croyant avoir enfin trouvé un homme de droite capable de les comprendre. En moins de six mois ces électeurs se rendirent compte qu’ils avaient été dupés, et que finalement rien ne pourrait jamais changer pour eux, ni avec le PS ni avec l’UMP.

En voyant François HOLLANDE et Nicolas SARKOZY œuvrer de concert pour faire ratifier le Traité de Lisbonne par le Parlement français, les électeurs qui avaient voté NON au référendum de 2005 ont crié à la forfaiture, ont crié halte là.

Ils n’ont malheureusement pas été entendus. Le Parlement français, réuni en Congrès à Versailles, a adopté la révision constitutionnelle nécessaire à la ratification du traité de Lisbonne le 4 février 2008. Le projet de loi de révision de la Constitution a été approuvé par 560 voix pour, 181 contre et 152 abstentions. C’est-à-dire adopté par près de 63 % des présents à Versailles, et par près de 76 % des votants.

Ce jour-là, les 15 449 508 électeurs qui avaient voté NON en mai 2005, se sont sentis insultés et méprisés. Ils ont surtout compris que les gaullistes à la tête de l’État, n’avaient plus de gaulliste que le nom.

Qui plus est, sous la présidence de Nicolas SARKOZY, la France a officiellement rejoint le commandement militaire intégré de l’OTAN en 2009, 43 ans après le retrait décidé par le général de GAULLE, et pris la tête de l’intervention militaire de 2011 en Libye, initiée par les pays européens de l’OTAN, à la grande satisfaction des États-Unis.

Contrairement à ce que les chroniqueurs politiques complaisants avaient répété en boucle pendant 5 ans, les électeurs qui avaient voté NON en 2005 ne l’avaient pas fait sans motifs. En 2012, quand Nicolas SARKOZY s’est représenté, les raisons et les problèmes qui les avaient conduits à voter contre le projet de Constitution européenne n’avaient fait que croître.

Gaulliste en parole, mais atlantiste et mondialiste en action, le président sortant avait profondément déçu les électeurs qui avaient abandonné le vote LE PEN pour voter pour lui. En 2012, non seulement il perdit aux deux tours le million d’électeurs qu’il avait réussi à convaincre en 2007, mais, de colère, une grande partie des électeurs FN votèrent au second tour pour François HOLLANDE, alors que Marine LE PEN n’avait donné aucune consigne de vote à ses 6 421 426 électeurs.

Alors que le général de GAULLE avait exalté toute sa vie la souveraineté nationale, politique, militaire, industrielle et agricole, après 1974, tous les présidents de la République ont mené des politiques qui ont fait perdre à la France progressivement sa souveraineté dans presque tous les domaines.

Ces politiques se sont faites au plus grand bonheur de ceux qui vivaient de l’économie financière, mais au plus grand malheur de tous ceux qui vivaient de l’économie manufacturière.

Sans surprise, les électeurs qui furent les premières victimes de la mondialisation, des délocalisations intra et extra européennes, furent les premiers à refuser leurs suffrages à ceux qui étaient à la tête du pays depuis des décennies.

C’est ainsi qu’en 1992, l’adoption du Traité de Maastricht n’a été voté par référendum que d’extrême justesse. Le OUI n’a recueilli que 13 162 992 voix, tandis que le NON recueillait 12 623 582 voix.

Un sondage IFOP publié en septembre 2012, indiquait que, s’ils avaient dû revoter, les Français auraient refusé l’adoption du Traité de Maastricht à 64 %.

Vingt ans après le référendum de 1992, et 7 ans après celui de 2005, la situation économique, sociale et culturelle des classes populaires s’était énormément dégradée, d’où le rejet de plus en plus affirmé de la mondialisation débridée, et de l’élargissement de l’Union européenne sans bornes.

Au milieu des années 1990, l’essayiste et économiste Alain MINC accusa les électeurs qui avaient voté NON au référendum de 1992, d’être sortis du « cercle de la raison ».

L’expression fut immédiatement reprise et popularisée par tous les chroniqueurs mondialistes et européïstes français, elle eut un grand succès, car elle permettait, à tous ceux qui méprisent en France les classes populaires, de mettre en doute sournoisement leur intelligence, sans prendre le risque de se voir reprocher de manquer de compassion pour les pauvres, à leurs yeux simples d’esprit par essence, par nature.

Parmi les électeurs qui ont voté NON en 2005, parmi ceux qui étaient sortis du cercle de la raison, les chroniqueurs ont tenu à bien distinguer, ceux qui étaient sortis côté cour, du côté de la droite de la scène politique, de ceux qui étaient sortis côté jardin, du côté de la gauche.

Les électeurs de gauche étaient certes déraisonnables aussi aux yeux des politologues, mais ils étaient excusables, car, s’ils avaient mal voté, c’étaient pour des raisons nobles, faites de générosité, de justice sociale, de vivre ensemble, tandis que pour les électeurs de droite, le plus souvent, des « salauds d’pauvres », qui refusent de partager leur misère avec les immigrés, c’était pour raisons « rances et nauséabondes », faites de racisme et de xénophobie.

Durant plusieurs mois avant le référendum de 2005, Alain DUHAMEL, le chroniqueur politique de cour, le plus connu et le plus longuement installé de France, n’avait pas manqué de reprendre largement à son compte les propos méprisants, suffisants, et inconséquents d’Alain MINC, avec les résultats que l’on sait désormais.

Quand aujourd’hui, plus de 20 ans après, on compare les arguments des deux Alain, et leurs pronostics iréniques, en faveur du vote OUI, à ceux que les partisans du vote NON leur opposaient, on a la tristesse de constater combien ils étaient fragiles, voire fallacieux, car la mise en œuvre de LEUR politique, prétendûment la seule raisonnable, a conduit la France dans une impasse économique et politique.

À l’exception des plus lucides, notamment Philippe SÉGUIN, Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, et Arnaud MONTEBOURG, les responsables politiques français, dans leur grande majorité, furent incapables de comprendre les conséquences inéluctables que la construction européenne, telle qu’elle avançait, ne manquerait pas d’avoir pour les catégories sociales les plus défavorisées.

Alain DUHAMEL habite à Paris près du Luxembourg, ce qui ne le prédispose pas a être à l’écoute des plus démunis. Mais il possède aussi un pied-à-terre dans le Gard, à Monoblet, une toute petite commune, située à moins d’une heure d’Alès, dont il ne peut pas ignorer l’importance dans l’histoire du mouvement ouvrier.

Quel dommage qu’il n’ait pas pris la peine d’aller demander, à ses proches voisins, anciens mineurs retraités des Cévennes, pourquoi ils n’ont plus voté autant communiste après 1984.

Le bassin minier d’Alès et des Cévennes a été un des plus puissants bastions du PCF en France, de 1945 à 1981.

En 1981, lors du second tour de l’élection présidentielle, c’est dans la commune de Molières-sur-Cèze, une petite ville minière qui comptait alors encore 2 000 habitants, que FRANÇOIS MITTERRAND a réalisé son score record en pourcentage dans le Gard, et probablement en France, avec un résultat historique de 87,55 % des suffrages exprimés.

Dans la ville minière de la Grand-Combe, qui comptait en 1981 plus de 8 400 habitants, Georges MARCHAIS a recueilli plus de 40 % des voix au premier tour, et François MITTERRAND plus de 75 % au second.

L’étude de l’évolution du vote des électeurs de 1981 à 2022, dans cette commune, bien que la population ait diminué de plus de 40 %, apporte donc des informations particulièrement précieuses et instructives.

Les archives permettent en effet, de noter quand, et d’essayer de comprendre pourquoi, des bastions communistes ont commencé à devenir brusquement des foyers de vote FN, puis RN.

L’exploitation industrielle du charbon dans le bassin minier d’Alès (bassin houiller des Cévennes) n’a définitivement pris fin qu’en 1985 avec la fermeture des dernières houillères et du dernier puits majeur à La Grand-Combe. Mais l’activité économique et la population de la ville avaient commencé à diminuer dès 1960.

Le sommet de la production du bassin minier a été atteint en 1958

À la Grand-Combe, depuis 1945, un seul maire, ni communiste ni socialiste, entre 1989 et 1999.

Le vote NON à la Grand-Combe, supérieur à la moyenne nationale et à la moyenne départementale

Une année charnière,1984. La vérité est dure, mais c’est la vérité.

Après 1984, personne à gauche pour entendre les classes populaires

Créé en 1972, par des soldats vaincus, des soldats perdus, dix ans après la fin de la guerre d’Algérie, le FN a présenté des candidats aux élections législatives dans une centaine de circonscriptions dès 1973. Ceux-ci n’ont recueilli ensemble que 106 527 voix, soit environ 1,32 % en moyenne dans les circonscriptions où le parti était présent.

Aux élections présidentielles de 1974, Jean-Marie LE PEN n’a recueilli que 190 921 voix dans la France entière, soit 0,75 % des suffrages exprimés.

Dix ans après, aux élections européennes de 1984, la liste FN a recueilli 2 210 334 voix, soit autant que la liste PCF, qui elle n’a recueilli que 2 261 712 voix, alors qu’au premier tour des élections présidentielles de 1981, trois ans avant, Georges MARCHAIS avait obtenu 4 456 922 voix, soit exactement 2 fois plus qu’en 1984.

Depuis plus de 40 ans, les chroniqueurs et les dirigeants politiques de gauche font tout pour tenter de faire oublier que, la stupéfiante progression des votes FN survenue aux élections européennes de 1984, 5 ans avant la chute du Mur de Berlin, a correspondu exactement à la brusque diminution du vote PCF.

Face à cette coïncidence troublante, les communistes et les socialistes ont tenu à faire front commun, en déclarant qu’il était impossible d’affirmer que les 2 millions de voix en plus pour le FN en 1984, correspondent aux 2 millions de voix en moins pour le PCF. Ils voulaient croire que les nouveaux électeurs du FN venaient de la droite, dite républicaine, et que les électeurs qui avaient cessé de voter communiste, soit avaient voté socialiste, soit s’étaient abstenus.

Il leur était en effet difficile, voire impossible, d’admettre que les nouveaux électeurs du FN, qu’ils accusaient d’être devenus fascistes, venaient directement du PCF, du parti pour lequel ils votaient fidèlement depuis la Libération.

Les dirigeants à Paris pouvaient faire semblant de ne pas voir la réalité, mais les dirigeants du Gard, eux, ne pouvaient pas refuser de voir ce qui leur crevait les yeux, en découvrant les résultats électoraux des petites communes.

Bien que, de 1947 à 1989, la Grand-Combe n’ait eu que des maires socialistes, en 1981, c’est dans cette ville minière de plus de 8 000 habitants, que Georges MARCHAIS a obtenu l’un de ses meilleurs résultats dans le Gard, 40 % des voix, un département qui n’avait voté en moyenne pour le candidat du PCF qu’à 25 %.

De 1995 à 2023, la commune a été dirigée sans interruption par un maire communiste, Patrick MALAVIELLE. La mairie reste encore dirigée aujourd’hui par des maires PCF.

Aux élections européennes de 2024, la liste de Fabien ROUSSEL, PCF, a obtenu 29,17 % des voix, la liste de Jordan BARDELLA, RN, 22,16 %, la liste de Raphaël GLUKSMANN, PS, 18,74 %, et la liste LFI 15,31 %.

Dans le département du Gard, la liste de Fabien ROUSSEL, PCF, n’a obtenu que 3,27 % des voix, la liste de Jordan BARDELLA, RN, 40,42 %, la liste de Raphaël GLUKSMANN, PS, 12,20 %, et la liste LFI  9,16 %.

La Grand-Combe est donc toujours en 2026 un bastion de gauche et un des derniers grands bastions communistes, dans le Gard et en France.

Depuis 80 ans, les électeurs de la Grand-Combe sont nombreux à avoir voté, et à continuer à voter communiste, mais depuis 40 ans ils sont aussi très nombreux à voter RN. Et quand ils mêlent leurs voix, cela représente jusqu’à 75 % des voix, comme en 2005 lors du référendum pour la constitution européenne. Rappelons que François MITTERRAND avait obtenu ce même résultat, 75 %, en 1981.

Les résultats électoraux de la Grand-Combe, de 1981 à 2024, montrent que dans cette commune qui fut et reste un des principaux bastions communistes en France, la porosité directe ou le transfert massif de voix entre le Parti communiste français et le Front national (devenu Rassemblement national) ne relèvent pas du mythe politique, mais sont une réalité.

Les analyses sociologiques et électorales (notamment les travaux de la fondation Jean-JAURÉS et de chercheurs comme Julian MISCHI) tendent à la minimiser. Dans les Cévennes, il est difficile de la nier totalement.

Il est très dur d’admettre pour les idéologues que des antifascistes, des antiracistes, vraiment convaincus, puissent mêler leurs voix à celles des électeurs du FN, puis à celles du RN. La vérité est dure, mais c’est la vérité.

Lors des élections présidentielles de 2022, aux Antilles et à la Réunion, le « racisme systémique » du RN, dénoncé en métropole par LFI, n’a pas du tout effrayé les descendants d’esclaves. La preuve se trouve ci-dessous.

Plus des trois quarts des électeurs de Jean-Luc MÉLENCHON ont forcément voté RN au second tour.

À la Grand-Combe, comme aux Antilles et à la Réunion, l’augmentation du nombre de voix pour Marine LE PEN au second tour des élections présidentielles ne peut s’expliquer que par un transfert de voix PCF et LFI du premier tour.

En 2017, on note que parmi les 37 % électeurs qui avaient voté pour Jean-Luc MÉLENCHON au premier tour, près de 40 % d’entre eux ont voté RN au second.

En 2022, on note que parmi les 50 % d’électeurs qui avaient voté Jean-Luc MÉLENCHON et Fabien ROUSSEL au premier tour, près de 30 % d’entre eux ont voté RN au second.

Il est malheureusement impossible de savoir précisément, comment les électeurs communistes et les électeurs insoumis se sont comportés. On peut cependant relever qu’en 2022, lorsque le PCF a présenté un candidat, le vote RN a chuté de 36 %, et que le transfert des votes vers le RN a diminué d’un quart. Le maire communiste de la ville n’est certainement pas étranger à ces deux diminutions.

À Molières-sur-Cèze, la maire, Laurence BOUIS, n’est pas communiste, depuis sa première élection en 2020 elle s’affiche comme divers-gauche. Le vote d’aujourd’hui, des habitants de cette petite ville qui avait voté à plus de 87 % pour François MITTERRAND en 1981 apporte de précieuses informations.

Les résultats de la Grand-Combe laissait un doute sur l’origine des voix supplémentaires recueillies par Marine LE PEN au second tour des élections présidentielles.

Par contre à Molières-sur-Cèze il est clair qu’en 2017 et 2022, la candidate du RN a récupéré une très grande partie des voix d’électeurs qui avaient voté à gauche au premier tour, plus de 80 %, notamment les voix de ceux qui avaient voté pour Jean-Luc MÉLENCHON au premier tour.

En 2022, plus de 80 % des électeurs qui ont voté à gauche au premier tour, ont voté RN au second tour.

Lors des élections européennes du 9 juin 2024, le Rassemblement national est arrivé en tête dans 32 613 des 35 015 communes françaises, soit 93,2% d’entre elles. Il a obtenu au niveau national 31,73 % des voix, soit près de trois fois le pourcentage qu’il avait obtenu en 1984.

Le Front national a fait une entrée fracassante dans le paysage politique français en 1984. Présentant pour la première fois une liste aux élections européennes, il réussit à obtenir au niveau national près de 11 % des voix, à peine moins que le PCF.

Il n’a obtenu moins de 5 % des voix que dans trois départements métropolitains, le Cantal, la Corrèze et la Creuse. En Languedoc-Roussillon, à l’exception de la Lozère, il a obtenu des résultats nettement supérieurs à la moyenne nationale. Dans l’Hérault et dans les Pyrénées orientales il a dépassé 15 %. Dans le département où le PCF a obtenu son meilleur résultat de la région en 1981, dans le Gard, il dépasse largement la moyenne nationale, 12,72 %. L’Aude, la Nièvre et le Gard furent les deux départements les plus à gauche en France en 1981, il est donc instructif de voir comment le vote FN-RN a évolué en 40 ans dans ces 6 départements.

Les six départements sont classés selon le total des voix PCF + PSF en avril 1981.

En 1981, Georges MARCHAIS et François MITTERRAND avaient recueilli dans l’Aude 54,81 % des voix au premier tour, le meilleur résultat pour la gauche, devant la Nièvre, 54,40 %, la Haute-Vienne, 52,20 %, et la Seine Saint Denis, 51,80 %.

Aux élections européennes de 1984 dans la Haute-Vienne, le FN avait obtenu 5,13 %, le PS 24,98 %, le PCF 21,27 %, et dans la Seine Saint Denis, le FN avait obtenu 15,98 %, le PS 18,03 %, et le PCF 21,84 %.

Aux élections européennes de 2024 dans la Haute-Vienne, le RN a obtenu 31,60 %, LFI 8,17 %, le PS 17,11 %, le PCF 4,19 %, et dans la Seine Saint Denis, le RN a obtenu 16,89 %, LFI 31,73 %, le PS 12,77 %, le PCF 2,82 %, seul département, historiquement de gauche, où LFI a obtenu plus de suffrages que le RN.

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Les 2 fossoyeurs : François MITTERRAND a enterré le PC, Jean-Luc MÉLENCHON enterre le PS

Comme François BAYROU l’a rappelé en février 2002, « si on pense tous la même chose c’est qu’on ne pense plus rien ». D’où l’importance des débats et de la disputatio.
[Le 20 février 2026, 18 H00, P. C., Notre-Dame de la Rouvière] : Quelle belle histoire !