N° 579 : Le RN annoncé aux portes du pouvoir. Comment en est-on arrivé là ?

Les augmentations en 4 ans du score électoral du RN et de celui de l’AFD sont si fortes, qu’aucun observateur politique sérieux ne peut encore penser qu’il ne s’agit que d’une saute d’humeur des électeurs, passagère.

 

Temps de lecture : 80 minutes environ
En Allemagne comme en France, les dirigeants en place prétendent absolument tout faire pour empêcher le « retour » au pouvoir de l’extrême droite. Depuis plus de 40 ans les Français votent « de plus en plus mal ». Lepénisation des esprits ? En Allemagne depuis 12 ans les électeurs se sont mis à leur tour à imiter les Français.

On note, que c’est à la suite des multiples agressions sexuelles qui se sont produites à Cologne lors du nouvel an 2016, et après le début de la guerre en Ukraine, que les votes pour l’AFD ont deux fois de suite doublé lors des élections fédérales : 4,7 %, en 2013, 12,6 % en 2017, 10,4 % en 2021, et 20,8 % en 2025.

Le FN, créé en 1972, n’est-il passé de 0,17 % en 1981 à 9,65% en 1986, que grâce à François MITTERRAND ?

L’AFD, créé en 2013, est-il passé de 4,7 % en 2013 à 12,6% en 2017, à cause des choix d’Angela MERKEL ?

Ces deux questions, bien que posées de façon provocatrice et polémique, n’en sont pas moins pertinentes. On note en effet que le FN est passé de l’ombre à la lumière à la suite immédiate de l’arrivée au pouvoir de François MITTERRAND. De même l’AFD a multiplié ses scores électoraux par deux fois et demie à la suite du choix qu’a fait Angela MERKEL, d’ouvrir les frontières de l’Allemagne de façon inconditionnelle aux réfugiés syriens, musulmans pour la plupart d’entre eux.

Jusqu’en 2017, avec le mode de scrutin majoritaire à deux tours, il suffisait aux socialistes de poursuivre l’instrumentalisation de l’antiracisme et de l’antifascisme mis au point par François MITTERRAND en 1984, pour garder l’assurance de ne jamais rester trop longtemps éloignés du pouvoir. À l’exception de 1986, où grâce à la proportionnelle il réussit à avoir 35 élus, le FN ne réussit à avoir 2 députés qu’en 2012, et 8 députés en 2017. Le FN a changé de nom en 2018. Ce n’est pas ce seul changement qui a permis au FN devenu RN de franchir le plafond de verre, mais heureuse coïncidence, dès 2022 le RN réussit à faire élire 89 candidats. En 2024, le soir du premier tour, les sondages annonçaient un raz de marée de la droite de la droite. Pour certains instituts, le RN associé à l’UDR, pouvait même espérer obtenir la majorité à l’Assemblée nationale. Une fois encore le barrage républicain a réussi à réduire à 122 le groupe RN.

Les augmentations en 4 ans du score électoral du RN et de celui de l’AFD sont si fortes, qu’aucun observateur politique sérieux ne peut encore penser qu’il ne s’agit que d’une saute d’humeur des électeurs, passagère.

Dès le lendemain soir du premier tour des élections législatives, le 1er juillet 2024, le Sénat a mis en ligne sur son site les résultats du sondage qu’il avait commandé la veille, afin de cerner le profil des électeurs qui venaient de voter.

Le 9 juin, aux européennes, les partis du Nouveau Front Populaire ont recueilli 31,69 % des voix,

alors que le RN et Reconquête ont obtenu une somme de 36,84 % des voix, Ensemble 14,60 %, et LR 7,25 %

À Paris, Lyon et Marseille, les partis du NFP ont recueilli respectivement 43,29 %, 48,53 %, et 40,78 %

alors que le RN, l’UDR et Reconquête ont obtenu en tout moins de 25 %, moins de 20 %, et moins de 38 %

Depuis 1945, à chaque montée électorale de l’extrême droite en Allemagne, de nombreux observateurs alarment sur la re-nazification du pays, un dangereux retour aux années 30, et enfin une nouvelle arrivée des nazis au pouvoir par les urnes.

Nombre total de sièges 647 – majorité 324

Contrairement à ce qui est répétée en boucle sur la plupart des médias, Adolf HITLER n’est pas arrivé au pouvoir par les urnes. Son parti, le NSDAP, n’a jamais dépassé 43,9 % des voix, ni 44,5 % des sièges aux élections législatives [288/647]. Dans un contexte de crises parlementaires à répétition, et de paniques morales orchestrées par une presse aux ordres d’un magnat d’extrême droite, ce fut le résultat d’intrigues menées par des industriels et des banquiers. Tous entendaient casser l’élan électoral de la gauche, et abattre l’État social.

Si la progression du vote NSDAP et celle du vote AFD se ressemblent arithmétiquement, elles sont très différentes politiquement et socialement.

Début 1932, le parti NSDAP comptait déjà 1,5 million d’adhérents, dont 350 000 SA et SS. En 2025, l’AFD n’annonce toujours que 48 000 adhérents, deux fois moins que le RN en France, qui en revendique juste 100 000.

Les jeunes, engagés en 2026 dans les groupuscules « antifas », ne semblent pas connaître ces chiffres, qui relativisent considérablement le danger d’arrivée de néonazis au pouvoir. Ils semblent malheureusement aussi, ignorer le rôle de la crise économique de 1929 dans la montée du nazisme en Allemagne.

De toutes les conditions qui ont favorisé l’arrivée du nazisme ou du fascisme, la plupart ne sont réunies aujourd’hui ni en France ni en Allemagne.

La crise économique de 1929 n’est pas seule à l’origine du succès des nazis, mais en raison du désordre économique, social, et politique, qui régnait en Allemagne, juste 10 ans après l’humiliante signature du traité de Versailles, imposée à l’Allemagne par les alliés, elle a rendu le succès presque impossible à empêcher, alors qu’il était jusqu’alors des plus improbables.

En novembre 1931, espérant une guerre civile dont ils ne doutaient pas sortir vainqueurs, les dirigeants du Parti communiste d’Allemagne le KPD, ont publié dans le journal officiel du parti un texte « fascisant », de façon totalement irréfléchie, le SPD : « le fascisme de BRÜNING n’est pas meilleur que celui de HITLER… C’est contre la social-démocratie que nous menons le combat principal. »

Le crime qui a été commis le jeudi 12 février à Lyon par les antifas, montre malheureusement que leur première motivation n’est pas de s’opposer à la prise du pouvoir par l’extrême droite par tous les moyens, mais de chasser violemment de l’espace public et médiatique tous ceux qu’ils accusent d’être fachos. Lorsqu’ils crient ou écrivent sur les murs, « à mort les fachos », ils sont très sérieux.

Le profil type des antifas est désormais bien connu, notamment des services de police. Jeunes étudiants issus des milieux souvent les plus aisés, les antifas font avant tout de leur engagement militant une activité sportive, un sport de combat où tous les coups sont permis. Ils croient leur engagement politique révolutionnaire, alors qu’il est surtout irréfléchi.

Les militants qui ont respecté aveuglément les instructions des dirigeants du parti communiste d’Allemagne, pensaient certainement suivre le chemin le plus court pour porter leurs idées au pouvoir. Les membres des services action du KPD, ne doutaient pas de la nécessité qu’il y avait de faire appel à la violence pour combattre le nazisme, et renverser le système capitaliste, de conserve.

Les historiens communistes ne manquent jamais de rappeler que, sans les importants soutiens financiers, médiatiques, et diplomatiques, qu’il a reçus, Adolf HITLER n’aurait absolument pas pu devenir chancelier. Par contre ils ne cherchent absolument pas à comprendre pour quelles raisons les nazis ont bénéficié de tant d’appuis.

C’est pourtant assez facile à expliquer. Au moment où les communistes se battaient dans les rues et dans les urnes contre les nazis, ils luttaient aussi contre les intérêts du capital, et contre les croyances religieuses.

Ceux qui reprochent en 2026, aux patrons et aux autorités religieuses d’Allemagne, d’avoir favorisé l’arrivée du nazisme au pouvoir en 1933, oublient que les pires horreurs hitlériennes n’avaient pas encore été commises alors, tandis que celles des bolcheviques étaient déjà largement documentées. Les communistes qui accusent aujourd’hui le Vatican de n’avoir pas assez clairement dénoncé l’hitlérisme, reprochent en fait au Pape de n’avoir pas soutenu le camp de STALINE, le camp de celui qui voulait, rien moins que, fermer les églises et enfermer les popes, les prêtres et tous les religieux.

Actuellement, non seulement les gros industriels et les banquiers français ne font preuve d’aucune complaisance idéologique pour le RN, mais jusqu’à présent, ils font tout pour qu’il ne puisse pas trouver de financements pour faire ses campagnes électorales.

Ceci pourrait brusquement changer, si l’existence même des industries et des banques en venait à être trop gravement menacée, par la persistance et l’extension du chaos prérévolutionnaire ambiant actuel.

Comme la plupart des étudiants français, les jeunes militants antifas ont été si mal scolarisés qu’ils ne savent souvent pratiquement rien des conditions réelles dans lesquelles le fascisme et le nazisme sont arrivés au pouvoir. Ils ne mesurent ainsi absolument pas les conséquences de leurs agissements violents, qui risquent à terme de provoquer un brusque changement d’appréciation de la situation politique et économique dans les milieux d’affaires.

Si les jeunes militants antifas, qui font le coup de poing dans la rue, dans les facs, dans les lycées et dans les campagnes électorales, sont inconscients de ce sur quoi peut déboucher ce qu’ils font, les vieux dirigeants, qui les emploient pour faire ces basses œuvres à leur place, le savent, eux parfaitement, et le souhaitent ardemment.

Aujourd’hui il ne peut plus y avoir aucun doute, la violence qui a tué Quentin DERANQUE le 12 février à Lyon n’est pas accidentelle. Elle est permanente, voulue, soutenue par Jean-Luc MÉLENCHON et son clan pour conduire le pays au chaos.

Des propos apaisants, pensés, sincères, ou obligés ?  

La stratégie de la tension et de la terreur appliquée par LFI, n’est pas originale, c’est celle de MARX, ENGELS, LÉNINE, TROTSKY, et ROBESPIERRE, qui tous, ont longuement théorisé et légitimé la violence révolutionnaire au nom du principe « la fin justifie les moyens ».

Les dirigeants de LFI n’ont pas non plus un comportement original, comme tous ceux qui avant eux ont mené des révolutions, ils font passer leurs intérêts politiques immédiats avant la défense des intérêts économiques vitaux des classes populaires les plus démunies.

En conflictualisant à l’extrême la vie à la ville et à la campagne, les insoumis conduisent inéluctablement l’économie et la société françaises au désastre.

Les chroniqueurs politiques qui déclarent ne découvrir qu’aujourd’hui, la face sombre et cachée de Jean-Luc MÉLENCHON sont de bien piètres chroniqueurs. Ce sont sans doute les mêmes, que ceux qui sont restés pendant 40 ans incapables de comprendre les raisons objectives et subjectives pour lesquelles les électeurs se sont de plus en plus détournés des partis de gauche, qui avaient jusqu’alors leurs faveurs, parfois depuis des générations. Ils se montrent malheureusement aujourd’hui tout autant incapables de comprendre pourquoi les électeurs ruraux viennent de se mettre à leur tour à voter pour des candidats RN.

Cette incapacité à comprendre pourquoi les électeurs boudent désormais les partis les plus anciennement installés est tout à fait paradoxale.

En effet, le nombre d’étudiants français inscrits en licence de psychologie ne cesse d’augmenter, et reste de loin le plus élevé en valeur absolue et en valeur relative. L’analyse publiée par le réseau des psychologues de l’Union européenne en 2005, indiquait que la France comptait alors 24 % des étudiants, pour une population ne représentant que 13 % du nombre d’habitants des 31 pays étudiés. La France comptait alors 64 800 étudiants. Parcours Sup indique que le nombre de demande d’inscriptions en licence de psychologie qui était 140 441 en 2024, est encore monté à 153 853 en 2025.

L’incompréhension entre les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ne date pas de l’arrivée d’Emmanuel MACRON à la présidence. Les élites intellectuelles françaises ont malheureusement hérité d’une longue tradition de mépris de classe, qui les empêche depuis des siècles de bien mesurer les réalités les plus simples, par suffisance et par paresse de l’esprit. Le mépris de classe comme le racisme conduit à la haine, ce qui altère gravement le jugement et la capacité de réflexion de tous ceux qui en sont envahis.

Malgré tout ce qu’on sait désormais de VOLTAIRE, son mépris, sa haine, et son fanatisme, il reste un philosophe des plus encensés.  Quel dommage qu’il soit mort en 1778, avant la Révolution française, on ne saura jamais comment il l’aurait vécue. Quand on sait ce qu’il disait de ses paysans et de ses gens de maisons, on aimerait savoir comment il aurait accueilli le 26 août 1789 la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.

Article 1er : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Le principe du suffrage universel fut institué pour la première fois en France le 11 août 1792, supprimé sous le Directoire, avant 1799, pour n’être rétabli que lors de la Révolution de 1848.

On voit donc que le mépris et la méfiance envers les classes populaires, n’est pas nouveau.

Le 14 novembre 2025 le chanteur Alain SOUCHON a déclaré sur RTL, en toute immodestie : « Je ne crois pas que les Français soient assez cons pour élire quelqu’un du Front national ».

Pendant plus 40 ans le racisme et la xénophobie ont été considérés comme étant les deux principaux, voire les seuls ressorts, du vote FN-RN. Pour Alain SOUCHON, il faudrait aussi maintenant ajouter la bêtise.

Depuis 2005, les dirigeants européens, dépités par les mauvais résultats obtenus aux référendums, sont convaincus que les peuples sont si bornés, qu’ils ne comprennent même pas leurs intérêts.

Charles de MONTESQUIEU, en total désaccord avec VOLTAIRE, a écrit au XVIIIe siècle : « J’aime les paysansils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers ».

Aux XXIe siècle, les catégories socio-professionnelles supérieures, pour l’INSEE les CSP+, sont plus que jamais persuadées de détenir la vérité, convaincues que les CSP– n’ont rien à leur apprendre. Quel dommage qu’elles ne reconnaissent plus aucune sagesse au monde paysan et qu’elle le méprise tant, sauf quand elles ne peuvent absolument pas faire sans, comme durant la Seconde Guerre mondiale, ou durant la crise de la covid.

Les paysans sont aujourd’hui en France de moins en moins nombreux, malheureusement le mépris dont ils font l’objet, lui, ne diminue absolument pas. Non seulement ils ne sont pas reconnus pour le travail qu’ils font, pour le rôle économique et environnemental essentiel qu’ils jouent, mais tout est fait pour les pousser au désespoir, pour certains jusqu’au suicide.

Les faibles revenus des agriculteurs et le sentiment de dénigrement, sont les principales causes pour expliquer ce phénomène.

Les paysans ont été les tout derniers à voter pour le RN, mais ce fait n’a curieusement pas intéressé beaucoup les chroniqueurs politiques, comme si cette donnée ne méritait pas de retenir leur attention.

Pourtant, que ce soit les Français des plus vieilles souches, de la France profonde, qui aient le plus longtemps refusé leurs suffrages au FN et au RN, mérite qu’on se penche sérieusement sur le sujet.

Pendant plus de 40 ans, l’instrumentalisation et le dévoiement de l’antiracisme par François MITTERRAND, et de l’antifascisme par Lionel JOSPIN et Jacques CHIRAC, ont permis aux classes dirigeantes de gouverner la France en ne tenant aucun compte des doléances des classes populaires, et moins encore des aspirations des populations vivant en milieu rural.

Lionel JOSPIN, premier secrétaire du PS de 1995 à 1997, et Premier ministre de 1997 à 2002, a reconnu, en octobre 2007 sur France Culture, que la « menace fasciste » brandie au cours des années MITTERRAND n’était « que du théâtre ».

Cet aveu cynique ne fut une surprise, ni pour les anciens électeurs du FN, ni pour les nouveaux électeurs du RN, car ils savent, mieux que personne, que le motif de leur vote n’est pas une appétence mystérieuse et cachée pour les régimes fascistes.

Être accusés à tort de crimes qu’ils n’ont pas commis ne fut pas non plus pour eux une nouveauté, surtout pour ceux qui continuent à vivre au cœur de la campagne pour nourrir les gens des villes. Ceux qui ont été bien scolarisés ont aussi appris que dans l’histoire France, du moins depuis Jeanne d’ARC, il y a toujours eu beaucoup moins de traitres aux intérêts du pays parmi les Français des champs que parmi les Français de cour.

Sous la IIIe République, et plus encore après la Libération, l’histoire de la Révolution française a été enseignée aux petits Français de façon on ne peut plus partisane et simpliste. Il a fallu attendre les travaux de François FURET et surtout ceux de Reynald SECHER, publiés en 1986, pour que les crimes commis sous la Terreur soit enfin dénoncés comme crimes contre l’humanité, et que la justice et l’honneur soient rendus aux victimes, notamment à celles de la Vendée militaire, et à celles de toutes les petites Vendée, des monts du Lyonnais et du Forez, de Franche-Comté, du Pas-de-Calais, entre autres.

La loi des suspects votée le 17 septembre 1793, et la loi de Prairial du 10 juin 1794, furent enfin présentées dans toute leur horreur, comme d’ignobles lois d’exception, permettant d’envoyer à la guillotine tous ceux qui étaient accusés, de façon totalement arbitraire, d’être des ennemis du peuple.

La loi des suspects a été abolie dès octobre 1795, mais elle a continué a être appliquée dans le monde entier par tous les révolutionnaires, tant son usage est simple et efficace, car comme chacun sait : qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage.

Pendant la Terreur ce sont les paysans qui se sont les premiers soulevés, un peu partout en France, contre les mesures imposées par la Convention nationale. Pour les historiens républicains sous la IIIe République et les historiens communistes sous la IVe et la Ve Républiques, cela viendrait de l’influence néfaste des nobles et du clergé qui les auraient poussés à se révolter, comme s’ils étaient trop arriérés pour penser à le faire tout seuls.

Il est triste et cocasse que les enseignants marxistes, restés admirateurs de ROBESPIERRE, entre autres « bienfaiteurs de l’humanité », continuent de croire que pour n’avoir pas su reconnaître spontanément tous les « bienfaits de la Révolution française » il faut avoir été manipulé.

La révolution française, fut une révolution, politique, économique, sociale et culturelle, mais aussi une ultra violente révolution anthropologique, très mal ressentie, surtout à la campagne.

Le calendrier républicain, le calendrier révolutionnaire, entré en vigueur le 6 octobre 1793, et définitivement abandonné le 1er janvier 1806, fut certainement la plus grande folie contre-anthropologique commise pendant la Révolution française, par des mâles blancs très sûrs d’eux-mêmes et dominateurs.

Le calendrier républicain montre bien que la révolution a été faite par des idéologues vivant dans des salons feutrés, plus impatients de hâter la déchristianisation de la France, que soucieux d’améliorer les conditions de vie et de travail des paysans, des artisans, et des manufacturiers.

En effet, le changement de calendrier, la semaine de 10 jours, et la suppression des fêtes religieuses, a représenté pour tous les travailleurs une diminution considérable de leur nombre de jours de repos, supérieure à 40 %.

Depuis la Révolution française, ceux dont le temps de travail a le moins diminué, sont les paysans, ceux dont les congés longue durée n’ont jamais existé, sont les paysans.

Les paysans, qui ont fait la France, appartiennent depuis des siècles à la classe sociale oubliée. Alors qu’ils sont de moins en moins nombreux, leur survie intéresse moins que celle des loups. Leur travail vital pour le pays est souvent méprisé, quand il n’est pas saboté et saccagé par des rave parties sauvages.

Part des agriculteurs, 27 % en 1950, 7 % en 1982 et 1,5 % en 2019

Si les paysans sont les grands oubliés, c’est tout simplement parce qu’on ne les voit pas. En France, comme presque tout se passe à Paris, on pense qu’il n’y a rien autour. Et on finit par croire que les supermarchés, ça se remplit tout seul la nuit, sous l’effet du saint esprit.

Qu’ils votent à droite ou à gauche, les paysans sont des conservateurs nés, non pas parce qu’ils sont réactionnaires ou rétrogrades, mais parce que leur fierté et leur honneur est de se montrer dignes de ce que leur ont transmis leurs ancêtres, de conserver ce qu’ils ont reçu en héritage. Ils sont modérés, parce que la nature leur a appris à la respecter, et à surtout ne pas la brutaliser. Après un demi-siècle, les anciens qui sont toujours en vie peuvent témoigner à quelles catastrophes écologiques ont conduit les excès des remembrements.

La stabilité du corps électoral a longtemps été telle en France, qu’elle a permis de faire élire dans des circonscriptions des candidats parachutés parfaitement inconnus, sous réserve qu’ils se présentaient sous la bonne étiquette.

Pour que, les électeurs qui gardent les valeurs du monde rural dans lequel ils ont toujours vécu, modifient leur vote il faut qu’ils aient perdu l’estime qu’ils avaient pour ceux à qui ils faisaient traditionnellement confiance.

Ariège, le département qui avait le plus voté à gauche en 1974 et en 1995

Les archives des résultats électoraux de toutes les communes de France, de 2002 à 2024, sont en ligne. On peut donc étudier l’évolution du vote des électeurs avec beaucoup de précision.

L’étude de l’évolution des votes dans 4 départements très éloignés les uns des autres par leur histoire et leur géographie, suffit à noter, et souvent à comprendre, le sens politique et économique des changements constatés.

Aux élections présidentielles de 2002, l’Ariège était encore un des départements votant majoritairement pour des candidats de gauche dès le premier tour, à 52,77 %, soit 23 % de plus que la moyenne nationale, tandis que le FN obtenait 10 % de moins que la moyenne nationale.

On peut écrire encore, parce qu’au second tour des élections présidentielles de 1974, c’est en Ariège que François MITTERRAND avait obtenu son record national avec 63,65 % des suffrages exprimés, par rapport à 49,34 % en France, soit 29 % de plus que la moyenne nationale, et qu’en 1995 encore, Lionel JOSPIN y avait remporté, au second tour des présidentielles, 60 % des suffrages, contre une moyenne nationale de 47 %, soit 28 % de plus que la moyenne nationale. L’Ariège a donc été longtemps ce que les chroniqueurs politiques appellent un très solide bastion de gauche.

Aux élections présidentielles de 2022, l’Ariège était encore un département penchant à gauche, mais au premier tour le RN a obtenu 3 % de plus que la moyenne nationale.

Aux élections européennes de 2024, l’Ariège a encore voté plus à gauche que la moyenne nationale, plus 12 %, mais le département a aussi voté plus RN que la moyenne nationale, plus 3 %.

Aux élections législatives de juillet 2024, consécutives à la dissolution de l’Assemblée nationale, dans les deux circonscriptions, les deux candidats RN ont été battus, mais tout indique que cela sera probablement la dernière fois.

Lorsqu’on compare l’Ariège, bastion de gauche, à l’Aveyron, le Finistère et la Vendée, longtemps bastions de la droite et de la démocratie chrétienne, on constate que c’est dans le département de gauche que le RN a le plus progressé ses 20 dernières années.

La controverse autour d’un soutien de François MITTERRAND au Front national en 1984, permet, à ceux qui ont cautionné les manipulations antiracistes cyniques du président socialiste, de se dédouaner à bon compte de leurs responsabilités et de leur aveuglement.

Alors que dès 1984, n’importe quel observateur attentif pouvait vérifier, que nombre des nouveaux électeurs du FN, étaient d’anciens électeurs du PCF, la majorité des responsables des partis de gauche, les dirigeants du Parti communiste les tous premiers, continuent à vouloir nier les évidences.

Présidentielles : en 50 ans, diminution par 10 du vote PC et multiplication par plus de 30 du vote FN-RN

Installation en 50 ans du vote FN-RN aux élections européennes (EURO) et présidentielles (PR)

En 2022, au second tour des élections présidentielles Marine LE PEN a obtenu plus de 13 millions de voies  

En quarante ans, deux seuls nets reculs du vote FN, en 2007 (-6,5 %) et en 2009 (-3,5 %).

Aveuglés par la rage qu’ils ont d’avoir été abandonnés par leurs électeurs traditionnels, ils refusent toujours de comprendre que ce ne sont pas leurs électeurs qui les ont lâchement quittés, mais eux qui les ont poussés à le faire, à force de rester sourds à leurs demandes et de trahir leurs attentes.

Deux siècles après la Terreur, alors que toutes les horreurs commises sur ordre de la Convention sont aujourd’hui parfaitement documentées, les électeurs qui votent LFI en 2026 restent de fervents admirateurs de ROBESPIERRE, et excusent sans réserve ses crimes au nom de la raison d’État et de la défense de la République en danger de mort.

En janvier 2023, France Culture a mis en ligne une vidéo intitulée : « Génocide vendéen » : histoire d’un concept polémique. Ignorant délibérément toutes les dernières preuves écrites de la volonté génocidaire des dirigeants de la Convention, l’historien Jean-Clément MARTIN, persiste à affirmer qu’on ne peut pas qualifier les massacres de Vendée de génocide, parce que les bleus auraient reçu pour consigne de ne tuer parmi les Vendéens que les brigands. Le professeur MARTIN s’honorerait, à la fin de sa carrière très médiatisée par les républicains, à admettre que cela ne fut honteusement pas le cas, à moins d’imaginer que tous les nouveau-nés tués à la baïonnette, étaient des brigands prodigieusement précoces.

Après l’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023, les dirigeants de LFI ont été les premiers à accuser les Juifs du monde entier d’être complice d’un génocide commis à Gaza par Tsahal, l’armée israélienne.

Il est cocasse de voir les responsables de LFI capables d’instruire en quelques jours le procès en génocide des avions d’Israël, alors qu’après plus de deux siècles ils refusent toujours de condamner ceux qui ont tués des nourrissons, qui n’avaient commis pour crime que celui d’être née d’une mère et d’un père vendéens.

Pour expliquer les révoltes paysannes qui éclatèrent en 1793 dans diverses provinces de France, incapables de comprendre pourquoi la plupart des décrets qu’ils avaient pris pendant plus de 3 ans étaient si mal accueillis dans les campagnes, les élus qui étaient à la tête de la Convention ont accusé les nobles et les prêtres de les avoir fomentées, avec l’aide de puissances étrangères. Ils avaient un tel mépris pour le petit peuple des milieux ruraux qu’ils étaient incapables d’imaginer qu’il puisse avoir eu, seul, l’idée de se rebeller, sans y avoir été incité par des forces contre-révolutionnaires, par les ennemis du peuple.

En 2026, le mépris pour le peuple des dirigeants politiques installés n’a souvent rien à envier à celui des membres de la Convention. Pour expliquer la tardive révolte dans les urnes des électeurs des milieux ruraux, qui votent désormais de plus en plus RN, ils dénoncent les « idées nauséabondes » portées par les partis d’extrême droite depuis la création du FN en 1972.

Parmi les idées condamnées par la gauche et tous les bien-pensants depuis la création de SOS-racisme en 1984, la préférence nationale est celle qui les offusque le plus, alors que c’est précisément celle qui pousse en premier les électeurs à voter RN.

Moins de deux semaines après la dissolution surprise de l’Assemblée nationale, 8 jours avant le premier tour des élections législatives du 30 juin 2024, alors que tous les sondages annonçaient un probable raz de marée des votes RN, la publication dans Le Monde d’un article titré la préférence nationale prônée par le RN, une posture anticonstitutionnelle, venait rappeler aux électeurs combien il était immoral de voter pour des candidats présentés par le parti de Marine LE PEN.

Une fois de plus, le quotidien du soir « de référence » a prétendu écrire une vérité, alors qu’il l’a surtout banalement honteusement tronquée. Car, contrairement à ce que l’intitulé de l’article tend à affirmer, le principe de préférence nationale n’est pas anticonstitutionnel par nature, il a simplement été continûment rejeté par le Conseil constitutionnel tel qu’il est composé depuis 1981.

En 1932, un an avant que HITLER ne devienne Chancelier, quatre ans avant l’arrivée du Front populaire au pouvoir, à la demande de plus en plus pressante des syndicats, la Gauche française a vote des lois de préférence nationale, sans que cela soit condamné pour des raisons morales, ou considéré comme des mesures racistes et/ou xénophobe.

Avant la Seconde Guerre mondiale, aucun responsable politique, qu’il fut de droite ou de gauche, n’aurait eu l’idée, immédiatement jugée incongrue, voire saugrenue, de contester le fait que certains avantages puissent être réservés aux citoyens français, notamment à ceux auxquels la République avait offert le « privilège » d’aller au front.

Après la Seconde Guerre mondiale, jusqu’en 1981, bien qu’il soit resté internationaliste, non seulement le Parti communiste français ne remit jamais en question l’esprit des lois votées en 1932, mais le 24 décembre 1980, la municipalité PCF de Vitry-sur-Seine (94) n’hésita pas à faire détruire au bulldozer l’entrée d’un foyer de travailleurs immigrés, les maliens devenant trop nombreux selon les élus.

En 2026, mêmes les chroniqueurs politiques chevronnés semblent avoir totalement oublié, qu’avant d’arriver à piéger progressivement la droite à partir de 1984, en instrumentalisant cyniquement la morale en politique, François MITTERRAND avait réussi le même exploit avec la gauche communiste, en usant du même stratagème.

Aux élections présidentielles de 1981, le PCF a obtenu pour l’avant dernière fois un résultat à deux chiffres, plus de 15 %. Aux élections présidentielles de 1988 le PCF n’a obtenu pour la première fois qu’un résultat à un chiffre, moins de 7 %, soit une division par plus de deux de son électorat.

Participations en 1981 (1er tour 81 % – 2d 86 %) – en 1984 (57 %) – en 1988 (1er tour 81 % – 2d 84 %)

Les dirigeants du Parti communiste français ne veulent toujours pas admettre qu’ils sont les premiers et presque les seuls responsables de l’effondrement électoral de leur parti, qui est passé de 21,27 % des voix aux élections présidentielles de 1969, à 1,93 % aux élections de 2007, et 2,28 % en 2022. Tandis que le FNRN est passé de 0,74 % des voix en 1974, à 23,15 %.

Le Parti communiste italien, premier parti communiste occidental et deuxième parti politique italien pendant des décennies, a décidé de se dissoudre le 3 février 1991 avant même la fin de l’URSS, le 25 décembre, alors qu’à cette date il comptait toujours 177 députés, 101 sénateurs, 22 députés européens, et qu’il revendiquait encore plus d’un million de militants. Après la chute du Mur de Berlin, dans le contexte politique italien, après le départ d’Enrico BERLINGUER, cette dissolution était devenue inéluctable.

Jusqu’à sa disparition, le PCI a réussi à contenir, en première ligne, les idées fascistes portées par le MSI, le Mouvement social italien, parti explicitement néo-fasciste, créé dès 1946,

Il est cocasse de noter que, jusqu’à sa disparition en 1995, le MSI n’a jamais dépassé 8,7 % des voix, et que ce record fut obtenu en 1972, l’année de la création du FN en France.

Comment le PCI a-t-il réussi à combattre efficacement pendant 50 ans le néofascisme essayant de renaître en Italie, dans le pays d’origine du fascisme, alors que la gauche en général, et le PCF en particulier, échouent à le faire depuis 40 ans en France, dans un pays où il n’a jamais réussi à s’installer ?

En 2026 à leur tour, les dirigeants du Parti socialiste français restent incapables de comprendre qu’ils sont les premiers responsables de l’effondrement électoral de leur parti, les ayant fait passer de 34,10 % au premier tour des élections présidentielles de 1988 à 1,75 % en 2022.

Le PS a perdu ses électeurs les plus fidèles pour les mêmes raisons que le PCF a perdu les siens. Cela ne s’est produit longtemps après pour le PS, que parce ces 2 partis ont eu historiquement, et ont en partie toujours, des électorats socialement et culturellement assez différents.

Jusqu’en 2002, les problèmes d’insécurité et d’immigration chaotique n’affectaient que les couches sociales les plus défavorisées, celles qui avaient voté de 1945 à 1981 massivement pour le PC. Non seulement les dirigeants socialistes se montrèrent incapables de comprendre leur souffrance, de comprendre le sens de leur désaffection pour le vote PC, mais ils commirent l’erreur fatale de leur prêter des mauvaises pensées, qu’ils n’avaient jamais eues.

Ceux qui ont créé en 1984 SOS-racisme, avec la complicité de François MITTERRAND, pensaient avoir trouvé un chemin de facilité imparable pour empêcher la droite la plus bête du monde, d’arriver ou revenir au pouvoir, en la divisant. Jusqu’en 2022, ils pouvaient avoir la faiblesse de croire que leur tour de passe passe perdurerait.

Mais à force d’accuser tous les électeurs du FN-RN de faire le lit du fascisme, voire d’être eux-mêmes fascistes, non seulement ils n’ont pas réussi à les faire changer de vote, mais ils ont fini par montrer à de plus en plus de Français, que ce procès incessant en fascisme, n’était qu’une manœuvre politicienne minable, grossièrement mensongère.

Les accusations collectives, comme les punitions collectives, sont injustes mais surtout contreproductives.

Comment se fait-il qu’en France, le pays qui forme le plus d’experts en psychologie dans le monde, les responsables politiques de la gauche et du centre, qui sont si fiers d’être en première ligne dans la lutte contre les « fachos », ne l’aient toujours pas tous compris ?

Inespéré miracle de lucidité, dans une interview accordée à Libération, le 12 juin 2024, trois jours après les élections européennes, la célèbre metteuse en scène, Ariane MNOUCHKINE, fut une des rares personnalités à rendre la gauche de la culture responsable de la progression continue du vote RN.

Dans l’article intitulé «À quel moment doit-on cesser de faire du théâtre sous un gouvernement RN ?» elle confesse avec humilité sa honte d’avoir été si longtemps méprisante pour les électeurs qui « votaient mal » :

Nous, gens de gauche, nous, gens de culture. On a lâché le peuple, on n’a pas voulu écouter les peurs, les angoisses. . QUAND LES GENS DISAIENT CE QU’ILS VOYAIENT, ON LEUR DISAIT QU’ILS SE TROMPAIENT, QU’ILS NE VOYAIENT PAS CE QU’ILS VOYAIENT. Ce n’était qu’un sentiment trompeur, leur disait-on. Puis, comme ils insistaient, on leur a dit qu’ils étaient des imbéciles, puis, comme ils insistaient de plus belle, on les a traités de salauds. On a insulté un gros tiers de la France par manque d’imagination.

L’imagination, c’est ce qui permet de se mettre à la place de l’Autre. Sans imagination, pas de compassion. Il n’y avait autrefois aucun professeur qui votait FN. Comment se fait-il qu’il y en ait aujourd’hui ? Comment se fait-il qu’il y en ait aujourd’hui ? Et tant d’autres fonctionnaires, si dévoués pourtant à la chose publique, qui votent RN, chaque fois davantage ? Aujourd’hui, je ne suis pas certaine qu’une prise de parole collective des artistes soit utile ou productive. Une partie de nos concitoyens en ont marre de nous : marre de notre impuissance, de nos peurs, de notre narcissisme, de notre sectarisme, de nos dénis.

Son interview clairvoyante aurait pu s’intituler : À quel moment va-t-on arrêter notre cirque antifasciste ?

En 2026, le cirque antifasciste continue malheureusement de plus belle, avec en plus la mort du jeune catholique Quentin DERANQUE, lynché le 12 février 2026 à Lyon, et nazifié après sa mort par toute la gauche inculte, Ségolène ROYAL en tête.

Toujours incapables de comprendre qu’après tant d’efforts de leur part, les votes pour Jean-Marie LE PEN, puis pour Marine LE PEN, n’aient pratiquement jamais cessé d’augmenter, les antifas professionnels à plein temps tiennent à dénoncer aujourd’hui la machine de guerre médiatique et culturelle de Vincent BOLLORÉ, comme principale responsable de la lepénisation des esprits, une haine raciste et xénophobe.

Quand elles viennent de responsables LFI qui n’arrivent plus à cacher leur antisémitisme sous leur antisionisme, ces déclarations apparaissent particulièrement cocasses.

Faire du vote FN-RN et faire de toute alliance avec le RN une honte, a permis à la gauche de faire barrage aux LE PEN, père et fille.

Mais comme pour tous les tours de magie, quand la ficelle devient trop grosse, ils ne fonctionnent plus.

La Haute Loire est-elle devenue une terre fasciste et xénophobe ?

Pendant l’Occupation, les habitants du Chambon-sur-Lignon et des villages avoisinants ont sauvés plus d’un millier de Juifs dont 30 % d’enfants. Un exemple unique à cette échelle, qui a valu à la commune et à sa région la remise d’un diplôme d’honneur par Yad Vashem en 1990.
Pour s’opposer aux mensonges et aux pensées les plus folles proférés par les révolutionnaires, il faut pouvoir faire preuve de beaucoup de clairvoyance, et aussi de beaucoup de courage physique et intellectuel, car depuis 1793, les Français savent que, tenir des propos contrerévolutionnaires, peut mener rapidement à la mort sociale, voire à la mort tout court.

La clairvoyance et le courage ne sont pas innés, ils se cultivent. On constate malheureusement qu’il y a en France de moins en moins de personnes cultivées, capables de résister à la paresse et à la facilité.

Depuis 1968, les chroniqueurs politiques et les journalistes, qui sont censés avertir leurs lecteurs, font de moins en moins d’efforts pour les éclairer sérieusement.

Avant d’arriver au pouvoir en mai 1981, la plupart des futurs ministres socialistes avaient tout bêtement oublié que, pour pouvoir partager les richesses, il fallait d’abord les produire, preuve en est l’existence d’un ministère du Temps libre, dans les trois gouvernements MAUROY I, II, III.

Le jeudi 15 septembre 2022 à l’Assemblée nationale, la députée Sandrine ROUSSEAU a fait sensation en faisant valoir un « droit à la paresse » contre le « parti du travail » supposé représenté par le communiste Fabien ROUSSEL. Les propos tenus dans l’hémicycle par Sandrine ROUSSEAU constituent certainement l’exemple le plus emblématique de l’inconscience caractérisée, qui affecte de plus en plus de responsables politiques en France.

Contrairement à ce que pensent les « experts » qui n’ont pas encore mesuré les conséquences que va avoir l’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans leur existence, non seulement l’IA ne va pas leur ouvrir plus grand un droit à la paresse, mais elle va les obliger à travailler plus que jamais leurs dossiers, s’ils ne veulent pas être rapidement complétement dépassés.

Les médecins dilettantes se croient capables de faire un diagnostic et prescrire un traitement adapté, sans avoir examiné avec soin leurs patients, et sans avoir pris le temps de discuter sérieusement avec eux, se fiant juste aux apparences, et au remède qui soigne tout.

Être un chroniqueur politique compétent et clairvoyant nécessite beaucoup de travail et de courage. Courage de dire ce que l’on voit ; et surtout toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.

Pour expliquer les spectaculaires progrès récents des votes RN, les partis de gauche, LFI en tête, incriminent la « fachosphère » médiatique crée par Vincent BOLLORÉ. Problème, Cnews n’est apparu dans le paysage médiatique français, qu’en 2017, la nouvelle formule d’Europe 1, qu’en 2021, et la nouvelle rédaction du JDD, qu’en 2023. À cette date le vote FN-RN était déjà installé depuis plus de 10 ans, dans toute la France, même et y compris dans la commune du  Chambon sur Lignon, dont les électeurs ne peuvent en aucun cas être accusés d’être soudain devenus fascistes et xénophobes en regardant trop Cnews.

Résultats des élections présidentielles et européennes de Le Chambon sur Lignon (Haute Loire),

entre 2002 et 2024. Pourcentages calculés à partir du nombre d’électeurs inscrits

Évolution des résultats des élections présidentielles en France, en Ardèche et  en Haute Loire,

entre 2002 et 2022. Pourcentages calculés à partir du nombre de suffrages exprimés

Dans le département de la Haute-Loire, on comptait en 1990 plus de 80 attributaires de la médaille de « Justes parmi les nations », décernée par l’État d’Israël, dont 40 dans la seule commune du Chambon-sur-Lignon, 6 à Fay-sur-Lignon, 7 à Mazet-Saint-Voy, et 6 à Tence. On note ainsi que les trois quarts des médailles ont été accordées dans un cercle d’un rayon d’environ 10 kilomètres. On voit dans la liste des Justes de la Haute-Loire, que les habitants de ce village de moins de 3 000 habitants, et des villages voisins les plus proches, ont eu un comportement on ne peut plus exemplaire, face à la barbarie nazie.

Au Chambon-sur-Lignon on compte un nombre record de médaillés par habitant, 100 fois plus que dans toute la France. Ceci explique sans aucun doute pourquoi le village a toujours voté beaucoup moins pour Jean-Marie LE PEN que la moyenne nationale et départementale, et continue à voter moins aujourd’hui pour Marine LE PEN.

Si les habitants du Chambon-sur-Lignon votent très différemment des autres habitants du département, ce n’est pas parce qu’ils ne partagent pas du tout leurs opinions politiques, mais parce qu’ils veulent être les derniers à l’avoir fait, par respect pour leurs ancêtres qui ont fait si bien connaitre le nom de leur village.

En comparant les résultats du Chambon-sur-Lignon avec ceux des communes alentour les plus proches, on note qu’à Mazet-Saint-Voy, à 5,7 kilomètres, les électeurs votent comme au Chambon-sur-Lignon, mais qu’à Fay-sur-Lignon, 14,7 kilomètres, et à Tence, à. 9 Kilomètres, ils votent exactement comme la moyenne du département.

Dans liste des 55 Justes de l’Ardèche le village de Saint-Sauveur-de-Montagut est celui qui compte plus de médaillés, 9 pour 1 000 habitants. En 2022 ils ont voté, eux aussi, comme la moyenne du département.

Il faut souligner que les habitants du Chambon-sur-Lignon n’ont pu effectuer leur exploit humanitaire qu’avec la bienveillance, voire la complicité active de tous les habitants des villages voisins. Il est en effet impossible que les centaines de juifs réfugiés avec des enfants aient pu passer totalement inaperçus.

Accuser les Français d’être des racistes ataviques est donc une infamie.

Les nombreux chroniqueurs politiques qui ont laissé depuis 1984 se répandre l’idée, que le ressort central du vote FN-RN était le racisme, la xénophobie et l’appétence cachée du peuple français pour le fascisme, portent une très lourde responsabilité dans la dégradation actuelle continue et accélérée de la situation économique, sociale, et culturelle de la France.

Les socialistes qui ont instrumentalisé l’antiracisme et l’antifascisme depuis 40 ans, ne savent plus comment arrêter la machine infernale qu’ils ont mise en route, effrayés à l’idée de devoir rendre des comptes à tous ceux qu’ils ont si longtemps abusés. Le jeu stupide auquel ils espéraient toujours gagner, les a conduits là où ils sont électoralement aujourd’hui, et malheureusement a conduit la société française là où elle est.

C’est à dire une société en tension, divisée, désarmée, devenue incapable de faire face au défi du temps.

L’antiracisme et l’antifascisme activé par Jean-Luc MÉLENCHON a tourné au grand guignol et au drame.

Grand guignol de LFI qui a inventé l’antiracisme, racisé, et antisémite. Drame à Lyon où est apparue une nouvelle engeance, un catholique pratiquant national-socialiste.

La campagne antiraciste, lancée par la presse de gauche non communiste contre les communistes, après l’affaire du bulldozer de Vitry-sur-Seine en 1980, et le procès en racisme instruit insidieusement par les socialistes contre le PCF et ses électeurs, ont beaucoup plus affecté le PCF que ce que ses dirigeants eurent la légèreté de le croire longtemps.

Le 9 janvier 1981, alors que l’affaire de Vitry faisait encore scandale, lors d’un meeting organisé avant les élections présidentielles, Georges MARCHAIS, connaissant bien les attentes de son électorat traditionnel, se déclara explicitement favorable à la préférence nationale, et ajouta « il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ».

Le 26 avril 1981, le candidat du PCF, Georges MARCHAIS, a obtenu 4 450 000 voix, soit 15,35 % des suffrages exprimés.

Le 26 avril 1988, le candidat du PCF, André LAJOINIE, n’a obtenu que 2 056 000 voix, soit 6,76 %, tandis que le candidat du FN, Jean-Marie LE PEN, obtenait 4 376 000 voix, soit 14,39 %, soit deux fois plus qu’aux élections européennes de 1984.

En 1988, la moitié des électeurs qui avaient voté pour Georges MARCHAIS en 1981 avait compris, en voyant pendant 4 ans les communistes cautionner les leçons de morale de SOS-racisme, que désormais le candidat du PCF ne pouvait plus être leur premier choix.

Lorsque les communistes ont enfin pris pleinement conscience du piège que les socialistes leur avaient tendu, il était déjà trop tard pour essayer de revenir en arrière.

Les ouvriers français n’ont jamais été xénophobes, sous réserve que les étrangers ne veuillent pas leur enseigner et leur imposer la façon dont ils doivent vivre en France, et surtout sous réserve que ceux qui sont à la tête du pays ne leur répètent pas de façon perfide et provocante que les immigrés sont ici chez eux.

Lorsque les communistes l’ont oublié les électeurs le leur ont immédiatement rappelé dans les urnes.

PCF max 28,26 % en 1946 – 2,29 % en 2022 – PCI législatives 18,90 % en 1946 et max 34,40 % en 1976

1965 – 1981 : MITTERRAND saura dire merci aux anciens de l’OAS

« On croyait tout savoir des mystères de François MITTERRAND : Vichy et la Francisque, les relations troubles avec l’extrême droite, sa double vie intime et les « affaires » de ses deux septennats (19811995). Mais il restait le domaine colonial et l’Afrique. François MITTERRAND, sa vie durant, n’a eu de cesse de réécrire son histoire, imposant le mythe du « grand décolonisateur » à ses hagiographes. Trente ans après son départ de l’Élysée, le temps est venu qu’un ouvrage se penche sur la part la plus opaque du plus énigmatique des présidents de la République…

Le rêve du « dernier empereur » a été durant toute sa carrière politique de conserver à la France un domaine colonial ou une zone d’influence ultramarine, sources de puissance et de grandeur à ses yeux… La victoire socialiste de 1981 n’a rien changé à cette vision du monde. Dès Vichy, il travaille pour les services de propagande de la Légion et avant-guerre il soutient MUSSOLINI dans sa conquête de l’Éthiopie.

Pendant la guerre d’Algérie, il est ministre de l’Intérieur puis de la Justice (quarante-cinq condamnés à mort algériens seront guillotinés alors qu’il est en fonctions). Pendant sa traversée du désert, il effacera toutes les traces de son passé impérial jusqu’à sa victoire de 1981 avec le soutien des associations de rapatriés. À la veille de son élection, il s’engage à faire voter une loi d’amnistie pour les putschistes de l’Algérie française. »

François MITTERRAND le dernier empereur, de la colonisation à la Françafrique. Éditions Philippe REY, 2025.

En 1962, l’historien Pierre VIDAL-NAQUET a cité dans un article du journal Vérité Liberté, des documents établissant que Jean-Marie LE PEN avait, en février et mars 1957, pratiqué la torture durant la guerre d’Algérie. Cette information n’a pas reçu un grand écho en 1962, car à l’époque où elle fut révélée, les Français n’aspiraient qu’à tourner au plus vite la page de la décolonisation et de ses horreurs.

En 1984, la plupart des Français avaient oublié qu’aux dates où Jean-Marie LE PEN est accusé d’avoir pratiqué la torture en Algérie, il obéissait aux ordres d’un gouvernement (1er février 195621 mai 1957) qui avait alors pour Premier ministre, Guy MOLLET (SFIO), pour ministre d’État chargé de la justice, François MITTERRAND (UDSR), et pour ministre de la Défense nationale, Maurice BOURGÈS-MAUNOURY (RAD). Tous ces ministres étaient parfaitement informés que pour gagner la Bataille d’Alger, l’armée, à laquelle ils avaient donné toute latitude pour gagner rapidement la guerre contre le terrorisme, avait dû avoir recours à des mesures extrêmes, constituant pour certaines des crimes contre l’humanité.

Jacques PÂRIS de BOLLARDIÈRE fut le seul officier supérieur, alors en fonction, à avoir dénoncé à ses chefs, puis publiquement, « certains procédés » pratiqués par une partie de l’armée française dans la recherche du renseignement lors de la guerre d’Algérie. Cela lui valut une sanction de soixante jours d’arrêt de forteresse, le 15 avril 1957, donc, alors que Guy MOLLET et François MITTERRAND exerçaient les plus hautes responsabilités de l’État.

Pour la guerre d’Algérie, comme pour la Seconde Guerre mondiale, la gauche tient à rappeler les nombreux méfaits documentés commis par la droite et l’extrême droite, une méthode qui a surtout pour but de minimiser dans les livres d’histoire l’ampleur de ses propres crimes. La gauche ne peut malheureusement se croire moralement exemplaire, que lorsqu’elle a totalement perdu la mémoire.

La semaine du 30 juin au 7 juillet 2024, gardera un goût amer pour une large majorité des Français qui ont fait l’effort d’aller voter. Il aura en effet suffi de moins de quinze jours pour que les électeurs puissent prendre conscience, qu’une fois de plus, on les avait dupés avec « un antifascisme de tout confort et de tout repos » tel que décrit et dénoncé dès 1976 par Paolo PASOLINI.

Alors qu’à quatre reprises, en 1944, 1958, 1961 et 1968, Charles de GAULLE a réussi à éviter aux Français les affres d’une guerre civile, alors qu’il n’est resté au pouvoir qu’après que les électeurs lui eurent donné leur accord, et qu’il l’a immédiatement quitté dès que cela n’était plus le cas, François MITTERRAND, l’ancien admirateur de MUSSOLINI et de PÉTAIN, sans vergogne, a osé accuser le général président d’être l’homme du Coup d’État permanent, de rouvrir la voie au fascisme.

Le 11 janvier 2025 sur France Inter, François HOLLANDE a déclaré : « Ceux qui s’apprêtent à voter Jordan BARDELLA méconnaissent l’histoire du Front national ». Sous-entendu, s’ils savaient d’où vient le RN, issu du FN, ils ne lui apporteraient jamais leur voix pour des raisons morales.

Pour accepter les leçons de morale de l’ancien premier secrétaire du parti socialiste de 1998 à 2008, qui a dû solder au plus vite l’affaire urba, il faut totalement méconnaître l’histoire de la SFIO, du PS, et celle de l’UDSR, tant on y découvre encore aujourd’hui de cadavres dans les placards.

Nous avons vu que Lionel JOSPIN, premier secrétaire du PS de 1995 à 1997, et Premier ministre de 1997 à 2002, avait reconnu, que la « menace fasciste » brandie au cours des années MITTERRAND n’était « que du théâtre ».

Depuis 1965, François MITTERRAND et tous ses successeurs n’ont pu résister à la tentation et au confort qu’offre l’instrumentalisation de l’antifascisme sans risque et sans peine.

Le grand maître en instrumentalisation de l’antifascisme restera certainement son inventeur : Joseph STALINE. Les historiens mesurent seulement aujourd’hui tout ce que l’antifascisme stalinien extensif et indifférencié a eu de criminel, et surtout de contreproductif, notamment pendant la guerre d’Espagne. À la tête de LFI, Jean-Luc MÉLENCHON, n’est qu’un pâle imitateur, mais comme son inspirateur, il aboutira inéluctablement au même désastre moral et politique.

Le 3 décembre 1982, le président « antifasciste » François MITTERRAND, a tenu ses engagements vis à vis des anciens chefs militaires de l’OAS, qui ont fait voter pour lui depuis 1965. La loi d’amnistie des généraux putschistes promulguée ce jour-là, prévoyait la réintégration dans le cadre de réserve de Raoul SALAN, et d’Edmond JOUHAUD, au grand dam de tous les électeurs de gauche, qui n’avaient pas encore compris qu’en France alors, l’antifascisme était passé de la tragédie à la comédie.

Ainsi, aux élections présidentielles de 1965 et à celles de 1981, le candidat de l’union de la gauche, François MITTERRAND, a bénéficié, sans contestation possible, du vote massif des électeurs qui avaient soutenu le putsch d’Alger en 1961.

Au second tour, François MITTERRAND a ainsi recueilli 45 % des voies et Charles de GAULLE 55 %

En 1984, après le vote de la loi d’amnistie de 1982, avec à l’Assemblée nationale une majorité présidentielle représentant 67 % de la Chambre, il était alors impossible à François MITTERRAND d’agiter une hypothétique menace fasciste crédible. Par contre en raison des tensions raciales que commençaient à créer les tensions sociales et culturelles, liées à sa politique économique et migratoire, après la marche des Beurs de 1983, tout était réuni pour pouvoir dénoncer en France un racisme systémique dont les Français deviendraient brusquement coupables sans le savoir.

Restait à faire accroire que les Français étaient dangereusement xénophobes, au point de devenir racistes. Fallait-il encore trouver un moyen de mesurer ce mal qui était censé s’instiller dans l’esprit des Français.

Les ouvriers, premiers partis du « parti des ouvriers »

Alors que le parti fondé par Jean-Marie LE PEN en 1972 végétait et était jusqu’alors confiné à des scores marginaux, il allait connaître en 1983 ses premiers succès, localement dans la ville de Dreux, puis nationalement en 1984 lors des élections européennes de juin, où il allait atteindre 10,95 % des voix.

En rapprochant les résultats des élections européennes de 1979, avant l’arrivée au pouvoir des socialistes, et les résultats des élections de 1984, après trois ans de gouvernement de l’union de la gauche, on pouvait noter une évidence, qui n’a pas pu échapper à François MITTERRAND, les grands perdants étaient les communistes, seuls à perdre près de la moitié de leurs voix, et cette perte se faisait très vraisemblablement au bénéfice d’un nouvel arrivé dans le paysage politique français, le FN de Jean-Marie LE PEN.

Gauche : 23,53 % + 20,52 % = 44,05 % – Droite : 16,3 % + 27,61 % = 43,92 %

Gauche : 20,75 % + 11,20 % = 31,95 % – Droite  = 43,02 % – FN = 10,95 %

Aux élections présidentielles de 1974, candidat unique de l’extrême-droite, Jean-Marie LE PEN, n’avait obtenu que 0,75 % des suffrages exprimés, trois fois moins que la candidate de l’extrême-gauche, Arlette LAGUILLER, qui avait atteint 2,33 %.

Aux élections européennes de 1979, le candidat unique de l’extrême-droite, Jean-Louis TIXIER-VIGNANCOUR, n’avait obtenu que 1,31 % des suffrages exprimés, beaucoup moins que la candidate unique de l’extrême-gauche, Arlette LAGUILLER, qui avait atteint 3,08 %.

On sait aujourd’hui qu’avant même le tournant de la rigueur pris par le gouvernement socialiste en mars 1983, une importante partie de l’électorat populaire, qui avait porté la gauche au pouvoir, se sentait abandonnée et trahie. Les électeurs qui votaient traditionnellement pour le parti communiste furent les premiers à le faire savoir dans les urnes.

En mars 2018, la fondation Jean JAURÉS a mis en ligne sur son site un long article de Jérôme FOURQUET, expliquant pourquoi, 1983 fut l’année charnière pour le Front national, comment le FN est passé brusquement de 0,75 % à 10,95 %.

Jérôme FOURQUET, montre archives des instituts de sondage à l’appui, qu’elles furent les motivations principales de vote des électeurs du Front national et de l’ensemble des votants lors des élections européennes de 1984.

En 2026, le sénateur communiste Ian BROSSAT, continue pourtant à refuser d’admettre les faits désormais parfaitement documentés : depuis 1984, l’immense majorité des électeurs qui ont cessé de voter communiste, ont reporté leurs votes sur le FN, puis le RN, ou se sont abstenus.

Ian BROSSAT a adhéré au Parti communiste français en 1997, à l’âge de 17 ans. Il a milité pour ce parti durant ses études et, à l’âge de 22 ans, a été élu à la direction de la fédération de Paris du PCF en 2002.

Élu Conseiller de Paris depuis 2008, adjoint à la mairie de Paris de 2014 à 2023, il a été élu sénateur de Paris en 2023.

À Paris il y a 12 sénateurs élus à la proportionnelle. Pour qu’une liste du parti communiste ait un élu, il faudrait donc qu’elle recueille au moins 8,33 % des suffrages.

De 1981 à 2022, au niveau national, le score du parti communiste aux élections présidentielles, est passé de 15,35 % à 2,28 % des voix, soit 6,7 fois moins.

De 1981 à 2022, à Paris, le score du parti communiste aux élections présidentielles, est passé de 9,20 % à 1,64 % des voix, soit 5,6 fois moins.

En 2019, Ian BROSSAT était en tête de la liste de 74 noms présentée aux élections européennes par le PCF. Cette liste n’a recueilli que 2,49 % des suffrages. À la proportionnelle intégrale il aurait été élu, puisque sa liste avait recueilli plus de 1,35 %. Malheureusement pour lui, seules les listes ayant recueilli plus de 5 % peuvent avoir des élus.

Aux élections sénatoriales de 2023, troisième sur la liste présentée par la mairie de Paris il était sûr d’être élu. Avec 54% des votes, la liste sur laquelle il figurait, Rassemblement de la gauche et des écologistes, a obtenu 8 des 12 sièges attribués à Paris, soit 66 %.

Au présidentielles de 2022, Jean-Luc MÉLENCHON (LFI) avait obtenu 30,08 %, Yannick JADOT (EELV) 7,81 %, Anne HIDALGO (PS) 2,17 %, et Fabien ROUSSEL (PC) 1,64 %

Aux sénatoriales à Paris, LFI n’a eu aucun élu, EELV en a eu 3, le PS 3, et le PC 1, Ian BROSSAT.

Anne HIDALGO, maire de Paris, et Ian BROSSAT, adjoint au maire, puis sénateur de Paris, ont réussi à faire de belles et confortables carrières politiques personnelles. Par contre, pour les partis dont ils ont porté l’étiquette, cela fut calamiteux pour le PS, et pas convaincant pour le PC.

Non seulement ils n’ont rien apporté au parti auxquels ils doivent tout, mais ils ont servi de repoussoir pour les électeurs des milieux les plus populaires, qui ont été rapidement convaincus, en les entendant, qu’ils les connaissaient si mal et les méprisaient tant.

Quand Anne HIDALGO a adhéré au PS en 1994, et plus encore quand Ian BROSSAT a adhéré au PC en 1997, il n’y avait pratiquement plus, dans ces organisations politiques, aucun responsable connaissant le monde ouvrier, et encore moins de responsables qui en soient issus.

Alors que depuis 1984, il était devenu évident pour tous les observateurs sérieux, que la désaffection des travailleurs manuels pour la gauche était liée aux problèmes créés par les désordres migratoires et l’insécurité, les responsables des partis de gauche, non seulement n’ont pas daigné recevoir et étudier le bien-fondé des doléances de ceux qui se plaignaient, mais ils ont cru devoir continuer à dénoncer, sans réserve, l’égoïsme et le caractère raciste de leurs récriminations, qualifiées avec dédain de populistes.

Les motivations de vote des électeurs du FN et de l’ensemble des votants lors des élections de 1984

Lorsque Georges MARCHAIS, qui avait été l’un des secrétaires généraux du parti communiste les plus talentueux et les plus performants électoralement, est mort le 16 novembre 1997, l’année même où Ian BROSSAT y fit son entrée, les ouvriers [étaient] partis du « parti des ouvriers ».

Alors que le PC avait toujours mis en avant, et placés aux postes des plus hautes responsabilités des militants d’origine ouvrière, après l’arrivée au pouvoir de François MITTERRAND en 1981, à la direction du parti communiste comme à celle du parti socialiste, les anciens militants issus des classes populaires furent rapidement, poussés dehors, remplacés par des nouveaux venus, plus préoccupés par leur réussite personnelle, que par l’amélioration des conditions de vie des catégories sociales les plus défavorisées.

Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, par exemple, les mineurs retraités ont ainsi pu raconter avec amertume leur progressive mise à l’écart des postes-clés du PCF, notamment dans les sections et les conseils municipaux, au profit de « nouveaux militants » non ouvriers, c’est-à-dire, pour la plupart, salariés du secteur culturel, enseignants et fonctionnaires territoriaux, tous encore largement protégés alors, qui par la préférence culturelle, qui par la préférence nationale, ou territoriale

En 1997, la lutte contre une supposée menace fasciste fantasmée, contre le racisme, et contre l’antisémitisme, semblait devenue une des principales, voire pour certains une des seules, préoccupations des responsables et des militants des partis politiques de gauche.

Comment les dirigeants communistes ont-ils pu vouloir continuer à s’associer au mode de chasse aux sorcières lancée par les socialistes en 1984, alors qu’il était devenu de plus en plus clair depuis 13 ans, que la première victime de l’instrumentalisation de l’antiracisme inventé par SOS racisme, n’avait pas été le FN, mais le PCF » ?

Comment après les discours prononcés par Georges MARCHAIS le 20 février 1981 à Montigny-les-Cormeilles, et le 17 avril à la Courneuve, le PCF a-t-il pu laisser au FN, le monopole de la dénonciation des problèmes liés à l’immigration chaotique et incontrôlée, et cautionner depuis octobre 1984 le discours iréniste de SOS racisme ?

Évolution des intentions de vote en faveur du FN lors des européennes de juin 1984

Début mai 1984, un mois avant les élections européennes, dans un article publié dans Le Monde, l’hypothèse d’une rupture PCPS avait était considérée, pour la première fois, comme possible, voire probable.

Après trois ans de participation aux gouvernements MAUROY II (23 juin 1981 au 22 mars 1983) et MAUROY III (22 mars 1983 au 17 juillet 1984), les dirigeants communistes finirent enfin par admettre que le bilan de leur participation aux gouvernements d’union de la gauche, avait été une grave erreur, une décision globalement négative, d’un point de vue électoral immédiat, et d’un point de vue programmatique pour les années à venir.

En rompant avec le discours du PS avant février 1984, en reprenant en compte les aspirations de son électorat traditionnel concernant l’immigration, il est probable que le PC aurait pu empêcher le FN de faire la percée électorale spectaculaire qu’il a faite, en juin 1984.

En ne rompant avec le PS qu’en juillet 1984, et en laissant SOS racisme prodiguer ses leçons de morale sans retenue, et sans limite, à partir d’octobre 1984, le PC a signé son arrêt de mort politique à terme.

En cinq ans, de 1979 à 1984 le parti communiste a perdu exactement la moitié de son électorat.

En cinquante-trois ans, de 1969 à 2022 le parti communiste a perdu les neuf dixièmes de son électorat.

De nombreux chroniqueurs politiques continuent à vouloir relier le très important recul électoral actuel du parti communiste français, à la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, et à la fin de l’Union soviétique, en décembre 1991. Cette explication simpliste et mensongère est contredite, on ne peut plus nettement, par les informations réunies ci-dessus.

On note en effet, qu’aux élections présidentielles de 1988, un an avant la chute du Mur de Berlin, mais après plus trois ans de participation aux divers gouvernements socialistes, le PCF a perdu plus de la moitié de ses électeurs de 1981, exactement 56 %. Tandis qu’en 1995, six ans après la chute du Mur, il a réussi à regagner un tiers d’électeurs, 27,8 %.

On note surtout qu’aux élections présidentielles de 2002, après cinq ans de participation au gouvernement de Lionel JOSPIN, du 2 juin 1997 au 6 mai 2002, le PCF a perdu une nouvelle fois plus de la moitié de ses électeurs, exactement 61 %, tandis que le FN de Jean-Marie LE PEN faisait sa première grande percée, avec près de 17 % des voix.

Malheureusement, non seulement la performance électorale du candidat FN ne fut pas analysée pour ce qu’elle était, le cri de douleur d’un petit peuple qui ne veut pas disparaître, qui ne veut pas être remplacé, mais plus grave que tout, fut l’occasion d’un contre-sens historique des dirigeants politiques de gauche installés, qui totalement inconscients, firent des premières victimes de la mondialisation, les premiers coupables de la montée de l’extrême-droite en France.

Avec ses origines et avec la longue formation politique qu’il avait reçue du temps de Maurice THOREZ, le secrétaire général du PCF, Georges MARCHAIS connaissait parfaitement les raisons pour lesquelles, dans les quartiers les plus défavorisés, les électeurs, traditionnellement électeurs communistes, commençaient à se reconnaitre de moins en moins dans les positions défendues par le parti communiste français, par trop calquées sur celles du PS.

Pourquoi n’a-t-il pas cherché à reprendre, avant sa mort en 1997, la rhétorique qu’il avait utilisée en 1981, alors qu’il était devenu évident, dès 1984, qu’elle était celle que de nombreux travailleurs électeurs du PCF attendaient de « leur parti » ?

Après seulement trois ans de mitterrandisme, revenir à cette rhétorique était devenue impensable, non pas pour les électeurs du PC, mais pour la majorité de ses dirigeants, qui avaient pris leurs distances avec le monde ouvrier, jugé trop franchouillard.

À la suite de mai 1968, la « populophobie » et l’anticommuniste de gauche n’ont fait que croître de conserve. Alors que le parti communiste français avait donné à des centaines de milliers d’étrangers le désir de devenir communistes et français, après 1981, être fier d’être Français patriote et de gauche est apparu aux yeux des intellectuels qui se pensaient progressistes comme une incongruité.

En acceptant entre juin 1981 et juillet 1984, de participer aux gouvernements MAUROY II et MAUROY III, les dirigeants communistes ont commis l’erreur stratégique dont le PCF ne s’est jamais remis.

Élections législatives de 1981 – 491 députés – total gauche 333 et total droite 158

Comment en juin 1981 les dirigeants communistes avaient-ils pu croire, qu’avec 4 postes ministériels sur 44, et avec un groupe communiste à l’Assemblée, réduit à 44 députés, ils pourraient peser sur les décisions du gouvernement et infléchir le sens des lois, alors que, fort de ses 285 députés dont 266 étaient des membres encartés du PS, le groupe socialiste pouvait toutes les faire voter seul, la majorité absolue étant de 246 ?

Les anciens ministres reconnaissent tous que c’est dur d’abandonner les voitures avec chauffeur et gyrophare. Rien d’étonnant donc à ce que, chez les communistes aussi, l’attrait du pouvoir ait été plus fort que tout.

Par contre, ce qui est sidérant, c’est que des dirigeants communistes, qui se targuaient d’être marxistes, n’aient pas compris qu’en ne défendant pas les intérêts de classe et en négligeant le besoin de sécurité culturelle de leurs électeurs ils ne pouvaient que les perdre.

Le dimanche 21 juin 1981 au soir, les électeurs communistes et la grande majorité des députés socialistes élus, n’appartenaient déjà plus au même monde.

Les électeurs communistes, désenchantés et dépités les premiers.

Jusqu’à la mort de STALINE en 1953, et très longtemps après sa mort, des millions de communistes dans le monde sont restés persuadés que le « petit père des peuples » n’avait qu’un souci, faire le bonheur de ses multiples « enfants ».

Les nouveaux députés socialistes élus en 1981, n’ont, malheureusement pour eux, pas pu bénéficier d’un si long aveuglement. Deux ans après leur élection, une grande partie des électeurs qui les avaient envoyés au Palais Bourbon, croyant naïvement que leur arrivée à l’assemblée nationale marquerait pour eux une nette amélioration de leurs conditions de vie, avaient compris que ces nouveaux parlementaires, comme tous les parvenus, pensaient surtout et d’abord à eux.

En lisant le livre, Des notables léonards dans la Révolution, publié en 2024, on comprend pourquoi tant de paysans parmi les plus modestes se sont rebellés, partout en France, dès qu’ils ont mesuré que cette révolution, qui n’avait pas été faite sans eux n’était plus faite pour eux. Dans tous les changements de régime, dans toutes les révolutions, les premiers servis, sont ceux qui sont les mieux dotés et les mieux placés pour profiter des nouvelles données économiques, politiques et culturelles.

Jusqu’en 1983 le vote FN n’existait pas. Bien que Jean-Marie LE PEN ait été un excellent orateur, la force de son verbe ne peut pas expliquer à elle seule la sortie de son parti de la confidentialité. Pour quelles raisons objectives le FN a-t-il soudain recueilli tant de voix ?

Le dispositif de regroupement familial, permettant aux étrangers résidant régulièrement en France de faire venir leur conjoint et leurs enfants, a été instauré en 1976. Dès 1980, cette mesure a provoqué des tensions interethniques dans les quartiers dans lesquels les immigrants étaient devenus très nombreux, contraints et forcés de se loger comme ils pouvaient, faute de logements adaptés prévus pour leur accueil.

Depuis le 24 décembre 1980, la gauche intellectuelle anticommuniste a réussi à confisquer et instrumentaliser les débats sur l’immigration. Prétendant avoir de plus hautes valeurs morales que la droite, depuis bientôt 50 ans, elle prétend imposer ses mœurs « progressistes », imposer ses idées « modernes » et « humanistes », à tous les habitants du pays, quel que soient les moyens financiers, intellectuels, et culturels qu’ils aient pour y adhérer.

Tous ceux qui n’ont pas les moyens pécuniaires et/ou culturels, tous ceux qui ne souscrivent pas à la façon de voir le monde de la gauche intellectuelle, sont soumis à ses sarcasmes, puis, s’ils s’obstinent à refuser de se plier à sa « doxa », mis au ban de la société, taxés d’être réactionnaires, xénophobes, voire carrément racistes.

Depuis plus de quatre décennies, alors que la plupart de ses membres ont été aux abonnés absents pendant la Résistance, tel le plus célèbre d’entre eux, Jean-Paul SARTRE, la gauche intellectuelle française prétend pouvoir donner des leçons de courage morale et de probité à la terre entière, en commençant par les petits Français, qui ont commis le crime d’être nés en France, d’ascendants français.

Le domaine de prédilection de la gauche intellectuelle, vise le devoir qu’auraient les Français d’accueillir sans réserve les immigrés qui foulent le sol national.

Michel ROCARD, a eu beau faire observer en novembre 1989 que : « la France ne [pouvait] pas accueillir toute la misère du monde », la gauche intellectuelle n’a jamais voulu revenir à la raison des faits et des chiffres, et a condamné la déclaration, du seul premier ministre socialiste à avoir jamais su compter, en oubliant soigneusement la deuxième partie de sa citation : « toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part »

Dans le rapport que l’Institut Thomas More a publié en juin 2026, intitulé : 1975-2025 · Les cinquante décisions qui ont coulé la France, les politiques migratoires des gouvernement de droite et de gauche qui se sont succédé au pouvoir depuis 50 ans sont très sévèrement jugées.

Non seulement les socialistes, arrivés au pouvoir, ont pris de très mauvaises mesures en matière migratoire, mais malheureusement, ils les ont prises aux pires moments. En effet après la deuxième crise pétrolière, en 1979, l’économie française est entrée dans une période des plus difficiles de la Ve République : baisse du PIB,  hausse de l’inflation, hausse du chômage, baisse du taux de change du franc, et forte augmentation du déficit de la balance commerciale du pays.

De 1972 à 1980, le PIB a augmenté de 245 %, soit multiplié par 3 fois et demi 

Chiffres du planificateur a-contresens provenant des données de la Banque mondiale.

De 1980 à 1984, le PIB a diminué de 24 %,

De 1963 à 1973, l’inflation est restée inférieure à 10 %

De 1973 à 1992, l’inflation a été 6 fois supérieure à 10 %, près d’une année sur trois

La principale phase de hausse du chômage a eu lieu entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980. Le nombre de chômeurs passe alors de 700 000 à 2,3 millions, le taux de chômage est multiplié par trois de 3 à 9 %. Après les chocs pétroliers de 1973 et 1979, après la fin du rattrapage économique vis-à-vis des États-Unis (fin de la période des Trente Glorieuses), le chômage est resté à un niveau élevé jusqu’au milieu des années 2010 — autour de 10 %.

De 1975 à 1985, le taux de chômage a été multiplié par trois

De 1980 à 1985, le franc français est passé de 0,25 à 0,09 par rapport au dollar américain

Entre 1960 et 2024, deux records de déficit de la balance commerciale de la France, 1982 et 2022 

Le déficit de la balance commerciale de la France s’est établi à 99,6 milliards d’euros en 2023, en forte baisse par rapport au record de 162,7 milliards d’euros enregistré en 2022, année post covid. Le précédent record avait été enregistré en 1982, un an après l’arrivée des socialistes au pouvoir. La politique de demande qu’ils avaient voulu mettre en place fut si inconséquente, que l’industrie manufacturière française fut immédiatement incapable de répondre à la demande des consommateurs, d’où le déficit commercial record de 1982.

Pour lutter contre les importations de magnétoscopes, devenues massives, en 1983, le gouvernement de Laurent FABIUS prit une mesure douanière loufoque, exiger que leur dédouanement soit effectué à Poitiers, au centre de la France, et plus aux frontières, une mesure désespérée vite abandonnée.

L’arrivée en force au pouvoir des socialistes, a donc marqué pour de nombreux électeurs traditionnels du PC, le début d’une des périodes les plus sombres et des plus difficiles de leur existence, économiquement, socialement, et culturellement.

Les premières victimes de la crise économique dans laquelle la France était entrée en 1975, furent les catégories sociales inférieures, votant depuis la Libération très massivement pour le PC. Rien d’étonnant donc que les communistes aient été les premiers et les plus touchés par la désaffection des électeurs déçus, qui votaient de génération en génération pour les candidats de gauche.

Ni les socialistes, ni encore moins les communistes, qui n’avaient pas exercé le pouvoir depuis très longtemps, ne pouvaient être tenus responsables de l’origine de la crise que traversait le pays, par contre ils pouvaient être accusés de n’avoir pas su prendre les mesures les mieux adaptées à la situation.

En août 1981, le gouvernement MAUROY avait lancé une régularisation exceptionnelle des travailleurs étrangers « sans-papiers ». Cette mesure historique, prise deux mois seulement après l’élection de François MITTERRAND, comme si elle était une priorité, avait été accompagnée, prudence ou cynisme, de l’annonce d’un renforcement de la lutte contre le travail clandestin à l’avenir.

Bien que le gouvernement français ait bien précisé, que ces régularisations reposaient sur des critères stricts, comme une présence ancienne sur le territoire et la possession d’un emploi, cette décision fut très diversement appréciée.

Bien sûr, l’information, diffusée au cœur des vacances d’été, ne fit pas la première page des journaux et ne suscita pas beaucoup de commentaires, notamment de la part de tous ceux qui ne se sentaient nullement touchés personnellement par cette mesure, par contre, pour les habitants des quartiers où la loi autorisant le regroupement familial avait déjà profondément modifié la composition de la population, cette annonce fut très mal vécue.

En mars 1978, lorsque Jean-Marie LE PEN et les candidats du FN aux élections législatives lancèrent leur slogan, appelé à une longue et grande célébrité : « un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés de trop ! La France et les Français d’abord ! », ils ne doutaient que leur formule rencontrerait un grand succès, tant il était alors déjà devenu évident que, parmi les chômeurs, beaucoup étaient immigrés, premières victimes de la crise du travail apparue en 1975, soit un an avant la loi instaurant les règles permettant le regroupement familial.

Contrairement à ce que les dirigeants du FN espéraient, leur message accusant les immigrés d’être les principaux responsables de la montée du chômage en France n’eut aucun écho.

Lors du premier tour des élections qui eut lieu le 12 mars, les 200 candidats présentés par le FN ne recueillirent en tout et pour tout que 82 743 voix, soit 0,29 % de tous les suffrages exprimés. En supposant que le Front national ait pu présenter un candidat dans les 491 circonscriptions, et que les scores aient été en moyenne les mêmes que dans les 200 circonspections, il n’aurait recueilli alors que 200 000 voix, soit 0,71 %.

Comment expliquer qu’en 1978, le principal argument de campagne du FN ait si mal marché, et que seulement 6 ans après, en 1984, le même slogan lui attira plus de 2 000 000 de voix ?

Bien que les socialistes et les communistes n’aient pas voulu l’admettre à l’époque, et que Ian BROSSAT continue toujours de refuser de reconnaître ce qui est devenu on ne peut plus clair et simple, le FN a récupéré quasiment intégralement les 2 millions de voix d’électeurs qui ont abandonné le PC entre 1979 et 1984.

PCF : en 1978, 20,71 %, en 1979, 20,52 %, en 1981, 15,35 %, et en 1984, 10,21 % des voix.

PS+ : en 1978, 25,06 %, en 1979, 23,52 %, en 1981, 25,85 %, et en 1984, 20,75 % des voix.

FN  : en 1978,   0,29 %,                                                                , et en 1984, 10,95 % des voix.

Dès le 18 juin 1984, en regardant attentivement les résultats des élections européennes qui avaient eu lieu la veille, tous les observateurs politiques sérieux pouvaient comprendre que la soudaine percée spectaculaire du vote Front national, venait d’un très important déplacement inédit de l’électorat traditionnel du Parti communiste, vers le parti de Jean-Marie LE PEN.

En pleine inconscience des conséquences de ce bouleversement politique, les chroniqueurs de la gauche non communiste ne se sont pas montrés trop inquiets de ce désamour soudain pour le PC, le parti des travailleurs. Certains, qui avaient depuis trois ans mis leur plume au service du pouvoir socialiste, se sont même réjouit des résultats. Certes pour eux, la chute du PC était aussi une chute de la gauche, mais pour la première fois depuis la Libération, le PS prenait enfin nettement l’ascendant sur le PC.

Les courtisans ne manquèrent pas de féliciter François MITTERRAND pour avoir finalement gagné le pari qu’il avait fait en 1972, en signant le programme commun de la gauche avec les communistes, au grand dam de tous ceux qui craignaient, en France et en Europe, la participation de ministres communistes au gouvernement.

Jusqu’à sa mort en 1975 Guy MOLLET en a rêvé, en 1986 François MITTERRAND l’a fait.

De la SFIO de Guy MOLLET, au PS de François MITTERRAND

Contrairement à celle de François MITTERRAND qui fut souvent très trouble et tortueuse, la vie politique de Guy MOLLET fut, on ne peut plus simple et on ne peut plus linéaire. Il adhéra en effet à la SFIO en 1923 alors qu’il venait d’avoir 18 ans, ou qu’il allait juste les avoir, et il en resta membre jusqu’à la disparition de « son cher parti » en juillet 1969, jusqu’à ce que la SFIO fusionne avec l’Union des clubs pour le renouveau de la gauche pour créer le Parti socialiste, lors du congrès d’Issy-les-Moulineaux.

Depuis la scission en 1920 de la Section Française de l’International Ouvrière, SFIO , les socialistes qui ont voulu garder la vieille maison et les communistes qui ont créé un nouveau parti, la Section Française de l’International Communiste  SFIC, se sont continuellement confronté dans les urnes, et parfois affronté sur leur lieu de travail, voire dans le la rue.

La CGT (syndicat) créée en 1895 et la SFIO (parti politique) créée en 1905, ont été les deux grands piliers du mouvement ouvrier français de la fin du XIXe siècle, jusqu’au milieu du XXe siècle, agissant souvent en tandem malgré leur séparation formelle.

Ceci explique pourquoi, présentant pour la première fois des candidats aux élections législatives, la SFIO réussit à faire élire 78 députés sur 592 dès 1906, puis en 1910, 100 sur 590, et en 1914 103 sur 602. À la veille de la Première Guerre mondiale, Jean JAURÈS avait donc réussi à faire du parti qu’il avait créé avec Jules GUESDE, un grand parti.

En 1923, avec les résultats décevants de 1919, et suite à la scission de 1920, l’avenir de la SFIO semblait de plus en plus incertain. Après le succès des bolchéviques en Russie, l’adhésion de Guy MOLLET à la SFIO plutôt qu’à la SFCI n’était donc pas un choix fait par ambition, et encore moins par pur arrivisme.

Le 31 décembre 1920, le lendemain du Congrès de Tours, les partisans de la motion présentée par le camp de Léon BLUM avait tout pour être dépités. Leur motion n’avait en effet recueilli que 1 022 voix contre 3 208 voix à la motion de ceux qui souhaitaient adhérer sans réserve à l’Internationale communiste, crée par LÉNINE le 2 mars 2019, huit mois avant les élections législatives de novembre 1919, qui seront très décevantes. 

Élections décevantes, mais surtout très injustes. Car la SFIO, qui avait réuni en valeur relative plus d’électeurs qu’en 1914, une augmentation de % des suffrages exprimés, avait vu son nombre d’élus diminuer de 103 à 68, soit son plus faible score depuis sa création. Tandis que le parti de Georges CLEMENCEAU, qui avait réuni en valeur relative moins d’électeurs qu’en 1914, une diminution de %, avait vu son nombre d’élus ne diminuer que de 101 à 93. À la proportionnelle la SFIO aurait eu 128 élus (soit 60 de plus) et le parti de CLÉMENCEAU seulement 67 élus (soit 26 de moins).

En 1914, à la proportionnelle, la SFIO aurait eu 101 élus, au lieu de 103, et le parti de CLEMENCEAU 100 élus, au lieu de 101. À l’évidence, la SFIO a payé très cher les grèves de juin 1919, qui ont paralysé une partie du pays, quelques mois seulement avant les élections.

Si la gauche bolchévique, la gauche révolutionnaire, a tenu à créer un nouveau parti, la SFIC, après le congrès de Tours, alors qu’elle était ultra majoritaire, et pouvait donc prendre simplement la direction de la SFIO, c’est parce que les léninistes, avant même l’apparition du trotskisme, ne craignaient rien tant que le fractionnisme.

Fort du soutien de Moscou, et fort du résultat des votes des motions à Tours, les majoritaires ont préféré créer un nouveau parti monolithique, que de prendre la direction d’un parti divisé idéologiquement.

C’est cette décision qui permit à la SFIO de survivre, alors qu’en 1923 tout semblait la condamner à une proche disparition.

En 1924, un an seulement après son adhésion, Guy MOLLET eut la satisfaction de voir qu’il avait fait le bon choix, et comprit que la rivalité avec les communistes était vouée à durer, à se durcir, et à s’amplifier.

Le PCF a dû attendre 1945 pour arriver à devancer la SFIO en sièges et en voix.

Le PCF n’a atteint son meilleur score en voix (28,26 %) et en sièges (182) qu’en novembre 1946.

En 1978, pour la première fois depuis 1936, en voix, les socialistes (25 %) devant les communistes (21 %).

Jusqu’en 2012, lors des scrutins majoritaires à 2 tours, malgré des scores de plus en plus importants au premier tour, le FN est resté incapable de faire élire plus d’un candidat, même lorsqu’ils étaient plus de 200 à se présenter. Ceci en raison de l’extraordinaire efficacité du barrage républicain.

Ni la SFIO, ni la SFCI, ni le PCF, n’ont été confrontés à des barrages aussi étanches. Mais tous ont subit des manœuvres électorales permettant de les pénaliser. La SFIO a ainsi été souvent sous-représentée à l’Assemblée nationale jusqu’en 1932. Le PCF, lui, fut souvent grossièrement sous-représenté après la Libération.  Comme on peut vérifier ci-dessous, en 1958, le plan et le front anticommuniste mis au point par Guy MOLLET, en 1956, remplit parfaitement son objectif : minorer au maximum le score des communistes. En 1962, en raison de l’apparition de nombreux votes antigaullistes, le PC fut beaucoup moins défavorisé.

En 1958, pour le même nombre de voix : 1 communiste élu, 6 socialistes, et 15 radicaux

En 1962, pour le même nombre de voix : 1 communiste élu, 2 socialistes, et 3 radicaux

« Les communistes ne sont pas à gauche… Ils sont à l’Est ». Que cette phrase, que l’on prête à Guy MOLLET, ait été prononcée par lui ou pas, elle reflète parfaitement la principale raison de son opposition résolue et continue au Parti communiste français. En 1936, Guy MOLLET était membre de la SFIO depuis 13 ans. Il avait eu le temps de vérifier jusqu’où la direction de la SFCI communiste était prête à obéir servilement aux consignes données par le Komintern depuis Moscou. Il avait vécu le sectarisme des dirigeants communistes jusqu’en 1932 et leur conversion subite au principe de Front populaire, survenue soudainement en juin 1934, deux ans avant les élections législatives d’avril-mai 1936..

Comme tous les dirigeants de gauche avant lui, Guy MOLLET savait que la SFIO ne pouvait espérer accéder au pouvoir qu’au cœur d’une coalition politique. Mais il savait aussi que pour appliquer son programme, et rien que son programme, la SFIO ne pouvait participer à un gouvernement d’union de la gauche qu’en position de force, par rapport aux radicaux, et plus encore par rapport aux communistes.

Car depuis 1920, pour ceux qui voulaient rester fidèles à la SFIO, les choses étaient parfaitement claires, la dictature du prolétariat de LÉNINE et de STALINE ne pouvait pas être confondue avec la dictature du prolétariat de Léon BLUM.

Principal opposant à l’adhésion de la SFIO à la Troisième internationale, l’Internationale communiste, Léon BLUM fut le premier anticommuniste à comprendre que le régime soviétique était passé, dès sa naissance, de la dictature du prolétariat à la dictature pure et simple. Mais, bien qu’il ait refusé toute sa vie d’obéir aveuglément aux injonctions du Komintern, il n’hésita jamais à œuvrer avec les communistes, à chaque fois qu’il en allait de l’avenir et/ou du redressement du pays.

En 1934, face à la montée du fascisme en Europe et en France, alors que les communistes l’avaient traité de social-traitre pendant 14 ans, il se montra, sans réserve, favorable à l’accord électoral proposé par le parti communiste. Ce qui assura au Front populaire la victoire.

En mai 1936, les communistes français furent les grands bénéficiaires des accords de désistement, signés avec les socialistes et les radicaux socialistes, mais, malgré leurs progrès qui furent très spectaculaires, il n’y avait alors absolument aucun risque qu’ils puissent faire à Paris, ce que leurs grands frères russes avaient réussi à faire à Saint Pétersbourg en octobre 1917.

Résultat détaillé des élections législatives de 1932 et 1936

(d’après les chiffres de G. LACHAPELLE)

 

Durant près d’un siècle, les socialistes qui avaient quitté la SFIO, pour devenir communistes, n’ont pu passer que très peu d’alliances électorales avec les socialistes restés socialistes, et pu passer encore moins d’accords en vue de gouverner à leur côté.

Depuis leur séparation, les socialistes et les communistes n’ont cessé de se tenir mutuellement responsables de leurs divisions et de leurs différends.

En 2026, les socialistes instruits pourraient se défendre aisément de ce grief, tant ils ont d’arguments à faire valoir pour expliquer pourquoi leurs accords avec les communistes sont restés si rares et si difficiles.

Malheureusement, depuis la Libération, les communistes ont réussi à réécrire l’histoire du mouvement ouvrier à leur avantage, et surtout réussi à faire oublier les pages les plus sombres de leur vie politique.

Malheureusement aussi, les dirigeants qui ont pris la direction du PS au congrès d’Épinay en 1971, non seulement n’ont pas défendu les anciens dirigeants de la SFIO, mais ils les ont accablés de reproches, comme s’ils étaient les principaux coupables de la désunion de la gauche.

Depuis que les communistes lui avaient permis de mettre le général de GAULLE en ballotage aux élections présidentielles de 1965, oubliant qu’au référendum d’octobre 1962 il avait fait campagne pour le NON, François MITTERRAND ne pensait plus qu’à se faire élire président de la République au suffrage universel, prêt à tout pour y arriver.

Les chroniqueurs politiques, aussi antigaullistes que paresseux, saluèrent l’« exploit » de François MITTERRAND. Quel exploit ?

Aux élections législatives de novembre 1962  ; le PCF, la SFIO et le PRV, radicaux de gauche, avaient recueilli au premier tour 7 650 137 voix (41,72 % des suffrages exprimés). En 1965, candidat UNIQUE de la gauche, François MITTERRAND ne recueillit au premier tour que 7 694 003 voix (31,72 % des suffrages exprimés). Au deuxième tour il recueillit naturellement le même nombre de voix venant de la gauche, auxquelles se sont ajouté toutes les voix d’extrême-droite et toutes celles des centristes atlantistes, antigaullistes inconditionnels, soit en tout : 10 619 735 (44,80 %).

Ce résultat inattendu fit soudainement de François MITTERRAND un « champion ». Tous ceux qui rêvaient de renvoyer le général à Colombey les deux-Églises jubilaient, alors qu’il n’y avait vraiment pas de quoi triompher, puisque la gauche unie aux élections de 1965, avait fait très exactement 10 % de moins que la gauche, divisée en trois aux élections de 1962.

Trente ans après sa mort, de nombreux journalistes persistent à vouloir présenter François MITTERRAND comme un grand stratège, un génie politique, alors que plus le temps passe, plus il apparait clair qu’il ne fut souvent qu’un banal politicien opportuniste particulièrement chanceux.

La plus grande chance qu’il ait eu est que, le général de GAULLE ait refusé d’utiliser contre lui la photo qui le montre en train de recevoir la francisque des mains du maréchal PÉTAIN. Toute la classe politique ne connaissait pas l’existence de la photo qui en apporte la preuve, mais tous les politiques d’extrême-droite savaient avant 1965, qu’il avait reçu cette distinction devenue encombrante pour lui. François MITTERRAND a bénéficié toute sa vie de la complicité de tous les antigaullistes viscéraux. Il n’a pas fait fleurir longtemps la tombe du maréchal à l’île d’Yeu par hasard.

Alors que Charles de GAULLE n’hésita jamais à remonter les courants contraires, quand il en allait de l’intérêt de la France, les choix de François MITTERRAND furent surtout ceux des vents portants du moment.

Il a bénéficié du silence de tous ceux qui connaissaient bien son passé, de la mémoire courte des journalistes, mais il a surtout bénéficié d’heureux concours de circonstances exceptionnelles, et d’appuis inédits et constants, en France, mais aussi venant des États-Unis.

Dans le livre qu’il a publié en 1997, intitulé Le dernier MITTERRAND, l’auteur, Georges-Marc BENAMOU, affirme que le président lui aurait confié avant sa mort : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »

Cette confidence est cocasse, et bien ingrate, venant d’un homme qui doit tant à l’antigaullisme des Américains.

Car avant que Ronald REAGAN ne lui reproche l’arrivée de ministres communistes à l’Élysée en 1981, les présidents des États-Unis ont été particulièrement complaisants à son égard.

Pendant la guerre froide, les communistes regardaient vers Moscou, et les socialistes vers Washington, le général de GAULLE fut bien seul à ne regarder que vers Paris et Strasbourg.

Les communistes recevaient de l’argent via la Banque commerciale pour l’Europe du Nord – Eurobank, et les socialistes via tant de canaux divers qu’il reste toujours difficile de tous les énumérer.

Les chroniqueurs politiques qui s’offusquent aujourd’hui des ingérences étrangères, sont plus à plaindre qu’à blâmer, tant est pauvre la formation qu’ils ont reçue

oo0oo

Les 2 fossoyeurs : François MITTERRAND a enterré le PC, Jean-Luc MÉLENCHON enterre le PS

Comme François BAYROU l’a rappelé en février 2002, « si on pense tous la même chose c’est qu’on ne pense plus rien ». D’où l’importance des débats et de la disputatio.
[Le 20 février 2026, 18 H00, P. C., Notre-Dame de la Rouvière] : Quelle belle histoire !