N° 568 Après avoir mis le feu au moulin, on ne peut pas espérer avoir plus de pain. Ah !

En meeting à Lille, le jeudi 19 mars au soir, le fondateur de La France insoumise est venu soutenir la candidate insoumise Lahouaria ADDOUCHE. « La gauche doit tourner la page de l’ancienne stratégie ».

On sait aujourd’hui que François MITTERRAND a été élue grâce à la trahison de son camp, la droite, par Jacques CHIRAC et que GISCARD d’ESTAING aurait pu être réélu grâce aux voix que les militants du PCF les plus proches de la direction lui ont discrètement apportées.

Au premier tour la droite rassemblait un total de 14 316 724 voix et la gauche un total de 14 721 393 voix, soit un retard de 404 669 seulement pour le président sortant.

En 1988, on a eu confirmation dans un article du journal Le Monde que la direction du PCF avait fait voter « GISCARD » : Polémique sur le  » vote révolutionnaire « … de droite du PCF en 1981.

En 2006, dans ses mémoires Le Pouvoir et la Vie, Valéry Giscard d’ESTAING, a expliqué qu’il savait avec certitude, avant le second tour des élections, que son allié naturel de droite poussait en fait ses électeurs militants ou sympathisants à voter contre lui. Libération se fit immédiatement un plaisir de raconter comment il avait agi pour l’apprendre dans un article intitulé : GISCARD : en mai 1981, CHIRAC m’a tuer.

Au second tour des élections présidentielles de 1981, la participation est passée de 81,09 % à 85,85 %, avec 1 312 451 nouveaux électeurs.

François MITTERRAND qui n’avait obtenu que 404 669 voix de plus au premier tour, a obtenu 1 065 956 voix supplémentaires au second tour.

Si tous les électeurs de droite avaient voté pour GISCARD d’ESTAING et ceux de gauche pour MITTERRAND, l’écart au deuxième tour aurait dû être proche de celui du premier tour, même avec 1,3 millions d’électeurs en plus. Sauf si les nouveaux électeurs avaient voté à plus de 75 % pour François MITTERRAND. Ce qui est improbable.

L’explication la plus probable est que Jacques CHIRAC a réussi à déplacer plus de voix vers François MITTERRAND, que le PCF n’a réussi à le faire en faveur de GISCARD d’ESTAING.

En mai 1981, le PCF ne pouvait pas publiquement appeler à faire barrage au PS, mais il souhaitait secrètement un nouvel échec de François MITTERRAND, car il avait déjà bien pressenti que son soutien à la gauche réformiste, celle qu’ils qualifiaient en interne de gauche des socio-traitres, les entraineraient à leur perte.

En 2026, les jeunes chroniqueurs politiques, font des additions simples pour essayer de prévoir la chance des candidats d’être élus. Ils semblent méconnaître totalement l’importance de ce que l’on appelle le vote révolutionnaire

Ancien trotskiste, redevenu on ne peut plus trotskiste, Jean-Luc MÉLENCHON, lui, ne l’a pas oublié.

À Paris, il a tout intérêt à favoriser la défaite des socialistes, qui lui ont favorisé le travail depuis longtemps, en refusant de faire liste commune, et aujourd’hui en refusant de panacher leur liste avec celle de LFI pour le second tour.

Le tacticien révolutionnaire, Jean-Luc MÉLENCHON, ne manquera pas cette occasion rêvée pour faire turbuler, à son avantage, le système mis en place, paresseusement, par les responsables politiques des partis de gauche concurrents.

Face à la droite et au centre divisés, les socialistes croyaient pouvoir se passer de l’aide de LFI, ou plus exactement pensaient que LFI ne pourrait pas ne pas appeler à voter pour eux, dernier rempart contre la droite et l’extrême droite.

Mais, Jean-Luc MÉLENCHON n’a aucun intérêt à la victoire des socialistes à Paris, et il va même pouvoir les faire battre, en leur faisant porter la responsabilité de leur défaite, sans que cela se voit.

Selon le dernier sondage effectué avant l’élection, Rachida DATI, Emmanuel GRÉGOIRE, et Sophia CHIKIROU auraient respectivement 44 %, 46 %, et 10 % d’intentions de vote,

Le « vote révolutionnaire » est dans ce cas une partie des plus faciles à « jouer ».

Madame CHIKIROU a obtenu au premier tour 95 551 voix soit 11,72 % des suffrages exprimés. Pour ne pas pouvoir être accusée de porter la responsabilité de la défaite à Paris, il suffit donc qu’au second tour elle ait un peu moins de voix qu’au premier. Les 10 % dont elle est créditée dans le sondage représentent 81 528 voix. C’est le signe qu’un certain nombre d’électeurs de LFI du premier tour ont déjà prévu de voter PS au second tour.

Mais, malheureusement pour Emmanuel GRÉGOIRE, soit les militants LFI les mieux formés ont compris tous seuls ce qu’il fallait voter dimanche 22 mars, soit il sera facile de les convaincre de faire un « vote révolutionnaire », tant le mépris affiché par Jean-Luc MÉLENCHON pour les socialistes parisiens est grand, et est devenu communicatif.

En 2023, selon le journal Le Parisien, LFI comptait 370 000 sympathisants reliés par internet avec le mouvement, et environ 100 000 militants engagés. Ce qui signifie qu’à Paris il y a plusieurs milliers de militants susceptibles de faire un « vote révolutionnaire ».

Parmi les électeurs de droite, il y aura certainement comme en 1981 des aigris capables de voter contre ce qui est censé être leur camp. On saura dimanche soir, si en 2026, les « traitres » de gauche sont devenus plus nombreux que les « traitres » de droite.

Si 8 000 militants LFI votaient pour Rachida DATI cela lui donnerait 1 % de voix en plus, et pour madame CHIKIROU, 1 % de voix en moins.

En 2026, les plaies ouvertes dans la société française, pendant l’Occupation et pendant la Guerre d’Algérie n’ont malheureusement toujours pas complétement cicatrisé.

En 1965, lors des premières élections présidentielles de la Ve République au suffrage universel, les instituts de sondage ont pu mesurer que ces plaies étaient alors purulentes. Ceci explique pourquoi, le général de GAULLE a été mis en ballotage au premier tour, et pourquoi au second tour François MITTERRAND a bénéficié de tant de reports farouchement antigaullistes de vieille date et de fraîche date, venant de l’extrême droite, de la droite, et du centre.

Au second tour, François MITTERRAND a ainsi recueilli 45 % des voix et Charles de GAULLE 55 %

En 1965 comme en 1981, François MITTERRAND a recueilli les voix de nombreux électeurs anciens partisans de l’Algérie française, dont certains étaient d’anciens soutiens de l’OAS.

L’ancien président « socialiste » et la morale,  cela faisait deux !

Jean-Luc MÉLENCHON, lui non plus n’as pas un sens moral trop aiguisé.  Heureusement pour lui,  les électeurs de LFI ne sont pas très regardants.

Meeting avec Jean-Luc MÉLENCHON et Lahouaria ADDOUCHE à Lille

Diffusé en direct le 19 mars 2026

Si vous n’avez pas le temps ou le courage d’écouter tout le discours du meeting de Lille, vous pouvez n’écouter que les 15 dernières minutes. Elles sont suffisamment instructives pour que vous mesuriez toute la perversité et l’escroquerie intellectuelle de celui qui est , malheureusement actuellement, le plus brillant orateur de toute la classe politique française.

On peut noter tristement que le public jeune est presque exclusivement  « tout blanc, tout moche  ».

Faux modeste, Jean-Luc boit ses propres paroles, mais ce sont les jeunes qui vont trinquer. Car on ne peut pas continuer à partager éternellement le fruit du travail des autres, sans jamais travailler soi-même.

De même, on ne peut pas espérer avoir et pouvoir partager plus de pain qu’avant, après avoir mis le feu au moulin. 

Jean-Luc MÉLENCHON le sait parfaitement,  il sait aussi que ses idoles, TROTSKY et  ROBESPIERRE, le savaient tout autant, mais pour faire la Révolution il n’est jamais de trop gros mensonges.

Comme François BAYROU l’a rappelé en février 2002, « si on pense tous la même chose c’est qu’on ne pense plus rien ». D’où l’importance des débats et de la disputatio.

[Le 21 mars 2026, 13 H05, J. B., Paris] : Excellente analyse que je vais citer pour nos abonnés.  Dans cette affaire, MÉLENCHON est d’ailleurs plus léniniste que trotskiste en ce sens que sa stratégie est de toujours être dominant à gauche (que ce soit électoralement ou en termes d’appareil) comme pour LÉNINE l’axiome était d’être majoritaire dans le parti (bolchévique) ce permettra à MÉLENCHON d’être présent au 2ème tour de la présidentielle face à BARDELLA. Je dois en parler la semaine prochaine avec ma voisine CHIKIROU qui a eu ce mot « les socialistes c’est comme les punaises de lit, plus on en écrase plus on trouve »  Cordialement

[Le 21 mars 2026, 8 H00, A. B., Arles] : Quelle belle crapule !