N° 065 Le devoir de mémoire vaut pour le communisme aussi

Le négationnisme de gauche existe bel et bien, nous l’avons vu à la télé !

Le négationnisme consiste en un déni de faits historiques, malgré la présence de preuves flagrantes rapportées par les historiens, et ce à des fins idéologiques ou politiques. Le terme est créé en 1987 par l’historien Henry ROUSSO pour désigner la contestation de la réalité du génocide mis en œuvre contre les Juifs par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire la négation de la Shoah.

Par la suite, le négationnisme désigne la contestation ou la minimisation des crimes contre l’humanité  ou la minimisation d’autres faits historiques qu’on pourrait aussi qualifier de crimes contre l’humanité.

Le crime contre l’Humanité n’a acquis sa qualification juridique qu’en 1945 (Nüremberg) et en 1948 (ONU). La première loi qui réprime la contestation des crimes contre l’humanité tels que définis dans le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg , dite loi GAYSSOT, date du 13 juillet 1990.

Ainsi, pour des raisons historiques, politiques, sémantiques, et désormais juridiques, le négationnisme,  la contestation de crimes contre l’humanité, ne semble constituer un délit qu’en ce qui concerne les abominations commises par  le nazisme, le fascisme, ou tout autre régime classé à droite.

Dans son ouvrage, La Grande parade (2000), Jean-François REVEL, philosophe, journaliste, essayiste, a été l’un des tous premiers, et l’un des seuls, à oser accuser de négationnisme l’intelligentsia de gauche, qui continuait à refuser toute comparaison entre les crimes du nazisme et ceux du communisme.

Bien que les crimes du communisme et ceux de la révolution française soient aujourd’hui bien documentés et parfaitement établis, il reste toujours aussi délicat pour un historien de les dénoncer pour ce qu’ils furent.

Malgré les travaux de Stéphane COURTOIS, la gauche française continue à avoir une incompréhensible mansuétude pour  le régime communiste, comme si les crimes de LÉNINE, de STALINE et ceux de TROTSKI n’avaient jamais eu lieu.

Les gilets jaunes sont communément accusés d’être antisémites, “dieudonnistes”, donc négationnistes, mais aucun n’a été photographié manifestant avec un portrait de HITLER. Par contre, le samedi 20 avril en début d’après midi, on a pu voir longuement sur la chaîne d’information en continu, Cnews, un manifestant portant crânement un portrait de LÉNINE.

Alors que ces  chaînes ne cessent de commenter en continu les images diffusées  pour capter l’attention des téléspectateurs, aucun  journaliste n’a signalé cette manifestation singulière, aucun ne s’est offusqué qu’on puisse encore afficher fièrement le visage d’un si grand criminel.

Le négationnisme de gauche existe bel et bien, nous l’avons vu s’afficher à la télé,  il a malheureusement gagné de  trop nombreux esprits.

 

 Le devoir de mémoire vaut pour le communisme aussi.

Alexandre DEVECCHIO   Publié le 18/04/2019

GRAND ENTRETIEN – Dans Le Négationnisme de gauche (Grasset), Thierry WOLTON analyse l’aveuglement historique et idéologique d’une certaine gauche concernant les crimes du communisme. Pour l’historien, ce déni ne pose pas seulement une question morale, il empêche d’appréhender avec lucidité les enjeux actuels: l’expansionnisme de la Chine et la montée en puissance de l’islamisme.

«  Nier l’existence des crimes contre l’humanité, en minimiser les faits ou les déformer est du négationnisme.

 

Sont des négationnistes ceux qui doutent de la réalité des camps d’extermination nazis, qui remettent en cause l’unicité de la Shoah.

Refuser de reconnaître ou relativiser le génocide arménien et le massacre des Tutsis est aussi du négationnisme.

En revanche, minimiser le nombre des victimes du communisme, dénier aux régimes communistes leur caractère totalitaire, continuer à présenter l’enfer vécu par ceux qui l’ont connu comme une nostalgie, n’est pas considéré comme une négation de l’histoire du XXe siècle.

Pourquoi ne parle-t-on pas de négationnisme de gauche, d’où vient ce blocage, quels sont ceux qui le pratiquent, que cachent-ils, quelles conséquences cet escamotage du passé a-t-il sur notre monde actuel qui en est l’héritage ?

LE FIGARO : Pourquoi ce livre contre le «négationnisme de gauche» aujourd’hui? En quoi, dans un monde largement «postcommuniste», cette question est-elle particulièrement brûlante?

Thierry WOLTON : C’est précisément parce que nous vivons dans un monde postcommuniste qu’il est important de comprendre ce qu’a été cette idéologie, et le système qui en a découlé, de voir ce qu’il en reste de nos jours dans les pays qui continuent à s’en réclamer, et dans les têtes, tant cette doctrine a fasciné. Il y a deux ans, à l’occasion du centième anniversaire d’octobre 1917, événement qui a ouvert le XXe siècle communiste, la réalité de cette histoire tragique est restée occultée par nombre de clichés, en dépit de faits avérés et indiscutables. C’est cela, le négationnisme: non pas une interprétation de l’histoire, ce qui est affaire d’opinion, mais le déni de la réalité. Continuer à présenter l’avènement du communisme comme une belle conquête de l’homme, avec ses pages glorieuses reprises de la propagande de l’époque, destinée justement à cacher la réalité du drame, comme la plupart des médias les ont resservies il y a deux ans, sans réflexion, symbolise la prégnance de ce négationnisme. Ne pas regarder cette histoire en face condamne à ne pas comprendre son héritage comme la politique de la Russie de Poutine, la dérive populiste de certains pays ex-socialistes européens, ou encore l’expansionnisme de la Chine. Plus largement, ne pas voir le bilan du communisme, le minimiser ou, pis, le nier, peut permettre à d’autres idéologies mortifères de ce type, ou différentes, de produire les mêmes effets catastrophiques. Combattre le négationnisme de gauche, comme tous les autres négationnismes, est une question de morale autant qu’une précaution de sauvegarde, au nom du «Plus jamais ça!».

La négation des crimes nazis est sévèrement combattue, tandis que nier ou minorer les crimes du communisme est accepté. Comment expliquez-vous ce deux poids, deux mesures?

Les deux cas sont différents. En premier lieu, le nazisme a été vaincu, et jugé par les vainqueurs, le communisme s’est effondré de lui-même et n’a fait l’objet d’aucun procès, fût-il moral. Donc, notre rapport à ce passé n’est pas le même. Ensuite, leurs idéologies respectives n’ont rien à voir: l’une est d’exclusion quand l’autre au contraire prétend rassembler. Un peuple élu contre tous les autres peuples d’un côté, la promesse d’un avenir radieux pour l’ensemble de l’humanité, de l’autre. Le nazisme cultive l’inégalité des races quand le communisme propose l’égalité des classes, repoussoir contre attirance en quelque sorte. La société égalitaire promise par le communisme parle à tous les hommes, c’est la raison pour laquelle il est si difficile d’en accepter le bilan, car il tue cet espoir. Or, il ne faut pas se leurrer, c’est bien du communisme qui a été pratiqué au XXe siècle, et non autre chose comme tentent de le faire croire ceux qui cherchent à sauver l’utopie de sa mise en pratique. Voilà une autre forme du négationnisme de gauche. Par ailleurs, et c’est essentiel, le génocide des Juifs est une atteinte à tous les hommes puisqu’il s’agit d’éliminer l’Autre, c’est-à-dire moi, au fond, parce qu’on est toujours l’autre de quelqu’un. L’extermination de classe pratiquée par les communistes est plus autorisée, si j’ose dire, puisqu’il s’agit d’éliminer l’ennemi politique, ce que les hommes ont toujours pratiqué depuis qu’ils vivent en société. Seulement, et il s’agit là de l’apport capital et maléfique du communisme à l’humanité, jamais des États n’ont pratiqué de guerre civile aussi sanglante contre leur propre peuple que ceux qui se sont réclamés de cette idéologie.

Les négateurs des chambres à gaz sont souvent considérés comme venant de l’extrême droite. Vous expliquez que les origines idéologiques du négationnisme sont plus complexes et qu’il peut y avoir une porosité entre négationnisme d’extrême droite et d’extrême gauche…

Parmi les négateurs des chambres à gaz, il y a ceux qui le sont pour des raisons raciales, qui dénoncent la prétention des Juifs à se vouloir un peuple élu, et qu’après tout ils ont mérité leur sort. Ceux-là les accusent de vouloir exploiter leur martyre. Ils cherchent à minimiser le génocide, à prouver que les camps d’extermination n’ont pas été ce qu’on en a dit. A l’autre bord, politique celui-là, il y a ceux qui prétendent qu’Auschwitz a servi de paravent aux Alliés, en clair aux démocraties capitalistes, pour cacher ou minimiser leurs propres crimes (colonialisme, exploitation de l’homme par l’homme, etc.). Eux aussi mettent en doute l’ampleur du crime. Un raisonnement similaire est brandi par les négationnistes du bilan communiste lorsqu’ils affirment que mettre en avant le drame du goulag sert à masquer les forfaits du capitalisme. En cela, tous les négationnismes se ressemblent.

Pourquoi le négationnisme de gauche, comme celui de droite, va-t-il souvent de pair avec l’antisémitisme?

Les négationnistes d’extrême droite et d’extrême gauche se retrouvent pour dénoncer Israël, alibi de la mauvaise conscience occidentale par rapport à la Shoah selon certains, tête de pont du capitalisme-impérialisme en terre arabe pour d’autres. L’antisémitisme étant heureusement réprouvé, tous se prétendent antisionistes, mais au fond c’est toujours le Juif, l’Autre qui dérange, dont il est question. L’antisémitisme n’est l’apanage d’aucun camp. A la connotation raciale de la droite correspond la vision de classe de la gauche pour laquelle les Juifs ont si longtemps été assimilés aux riches. Cette convergence des négationnismes sur le dos d’Israël – et cela, quoi qu’on pense de la politique menée par cet État – est un avatar rouge-brun, une entente tacite contre un ennemi commun, à l’image de ce que fut le pacte HITLER-STALINE d’avant-guerre contre les démocraties.

La Chine, qui s’est convertie au capitalisme mondialisé, bénéficie aujourd’hui d’une certaine indulgence politique et médiatique. N’en est-elle pas moins communiste?

Le communisme au pouvoir se caractérise par un leader indiscuté et vénéré, une seule idéologie, un seul parti. La République populaire de Chine répond à ces critères. Ce qui est important dans le communisme, c’est le contrôle absolu du pouvoir tel que le parti-État chinois l’exerce. La cupidité capitaliste, qui s’aveugle sur l’immensité du marché de l’ex-empire du Milieu, a servi et sert toujours ce pouvoir totalitaire communiste à renforcer la puissance du pays et à consolider sa mainmise sur la société. Certaines démocraties commencent à s’en apercevoir alors que Pékin impose de plus en plus ses vues sur la scène internationale. Une règle de l’histoire veut qu’un régime qui opprime son peuple, comme c’est le cas des communistes en Chine, représente une menace pour ses voisins. La montée en puissance de l’impérialisme chinois constitue donc un danger potentiel. Les médias ébahis par les succès de la République populaire (dus en grande partie aux investissements occidentaux, ne l’oublions pas), commencent eux aussi à s’inquiéter. Il était temps.

Quelle est la responsabilité des intellectuels, en particulier français, dans ce négationnisme. Pourquoi le communisme a-t-il exercé une telle influence sur eux?

L’actuel négationnisme de gauche trouve ses racines dans l’aveuglement des intellectuels vis-à-vis du communisme durant le XXe siècle. La création par LÉNINE d’un parti de révolutionnaires professionnels destiné à se substituer au prolétariat défaillant, car embourgeoisé, pour faire la révolution, a permis aux intellectuels petits-bourgeois (milieu dont furent issus la plupart des dirigeants communistes) de se retrouver au cœur de l’histoire en marche. Le marxisme-léninisme a répondu à l’aspiration des intellectuels qui, depuis Platon, rêvent de guider le peuple en leur offrant de plus le mode d’emploi et la feuille de route: faire la révolution pour construire le socialisme qui doit mener au paradis communiste. Le plus triste, dans cet aveuglement, c’est la trahison de cet espoir par la pratique communiste elle-même. En effet, tous les intellectuels non soumis à la ligne du parti ont été les premiers liquidés par les régimes en question, sous les applaudissements de leurs pairs à l’Ouest qui restaient enivrés par la doctrine. En France, la tradition d’engagement politique des intellectuels, depuis l’époque des Lumières, explique leur appétence particulière pour le communisme, avec la cécité qui l’a accompagnée.

Pour les trotskistes, le léninisme n’a rien à voir avec le stalinisme. L’idéologie communiste n’a-t-elle pas été dévoyée? Ne peut-on pas être communiste sans être solidaire des crimes de masse de celui-ci?

LÉNINE est l’inventeur du système communiste, tous les autres dirigeants n’ont fait qu’appliquer, peaufiner ses méthodes. Dans l’histoire du communisme, il n’y a pas eu rupture mais continuité, pis: aggravation avec en apothéose le drame absolu des Khmers rouges au Cambodge. Qu’on le veuille ou non, se prétendre communiste, ou l’avoir été sans regret, c’est endosser cette histoire et ce bilan.

Peut-on imaginer un sympathisant national-socialiste s’innocenter de ce qu’a été la politique nazie? C’est aussi pour cela que le bilan du communisme est si difficile à digérer. Il concerne tant de monde à l’échelle planétaire qu’on préfère l’oublier ou le nier.

Le déni de certains intellectuels sur la question de l’islamisme procède-t-il des mêmes mécanismes que le négationnisme sur la question du communisme?

Dans une certaine mesure, il y a similitude entre le communisme et l’islamisme entendu comme l’interprétation politique de la religion musulmane: une même prétention à vouloir changer les hommes en leur imposant des manières de vivre ensemble et une même ambition à régner sur le monde. Une substitution idéologique de l’un vers l’autre est possible. A cela s’ajoute une même haine de la démocratie, capitaliste dans le cas communiste, irréligieuse dans le cas islamiste. Pour simplifier, il y a d’un côté les sociétés ouvertes comme les nôtres, de l’autre ses ennemis, hier les communistes, fascistes et nazis (par ordre d’entrée en scène dans le XXe siècle), aujourd’hui les islamistes.

Comment définiriez-vous ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme aujourd’hui? N’est-ce pas un concept trop flou?

La radicalité des terroristes islamistes plaît à certains extrémistes de gauche qui y voient une poursuite de la lutte des classes, assimilant les terroristes aux «damnés de la terre», aux laissés-pour-compte de la mondialisation, ce qui est faux puisque les commanditaires et les exécuteurs des attentats viennent le plus souvent de milieux éduqués, voire privilégiés. Quelqu’un comme Alain BADIOU, par exemple, impénitent négationniste de gauche, rejette la responsabilité de ce terrorisme sur le capitalisme qu’il honnit, allant jusqu’à en faire la cause de la dérive islamiste. Pour résoudre la question, il en appelle aux vieilles lunes communistes, à une nouvelle révolution plus radicale encore que celle des LÉNINE-STALINE-MAO-POL POT d’hier. Que BADIOU affiche son extrémisme, c’est son droit ; en revanche, il est désolant qu’il puisse l’exprimer benoîtement sur les ondes et dans les journaux sans que personne ne s’en offusque, pas plus que ne scandalise son admiration pour les crimes du communisme. Est-il imaginable que FAURISSON, négateur en chef des chambres à gaz, ait pu en son temps discourir sur la place publique dans l’indifférence générale, pis, avec l’aide des médias?

Faut-il légiférer sur le négationnisme de gauche ou cela ne ferait-il que le renforcer?

L’histoire n’a rien à voir avec la loi, sinon on tombe dans le travers de l’histoire officielle, apanage des dictatures et des régimes totalitaires. La vérité historique est un long cheminement qui dépend uniquement du débat entre historiens, et entre citoyens aussi. C’est par la confrontation des idées que l’histoire s’écrit, étant entendu que les faits, eux, ne doivent être ni niés ni déformés en fonction de telle ou telle croyance. De plus, l’interdit risque toujours d’attirer les extrémistes de tout poil, prompts à penser qu’on leur cache quelque chose. Le négationnisme se combat avec les armes de la critique.

[Le 24 avril 2019, 12 H40, A. T., Clermont-l’Hérault] :  En 1965, SARTRE, dans une interview, déclara : « Tout anticommuniste est un chien ». ( Au fond, quand on y réfléchit c’est toujours ainsi que s’exprime le « parti du BIEN » à l’égard de ceux qui osent manifester un désaccord avec lui. Le pauvre ZEMMOUR en sait quelque chose!!!).

Tout autre penseur eut été discrédité après une telle sortie. Mais SARTRE était de gauche ( le « parti du BIEN » ) et compagnon de route du PCF qui représentait alors de 22 à 25% de l’électorat subjugué par le politiquement correct. Il en tira gloire et profit, surtout auprès des imbéciles, et des lâches ( un pourcentage à ne jamais prendre à la légère! ). Voir le vrai visage de Jean-Paul SARTRE