N° 577 Après l’étrange défaite de 1940, l’étrange surprise des incendies 2026.
Défense : la part consacrée à l’achat de matériels de lutte contre les incendies devrait être la priorité des priorités. Pour rebâtir une ville il faut des années, alors que pour reconstituer une forêt il faut des siècles.
Début juillet 2025, à l’heure où les secours se mobilisaient contre de multiples incendies concomitants dans toute la France, de nombreux internautes avaient accusé l’ancien gouvernement de Gabriel ATTAL d’avoir annulé l’achat de 2 Canadair.
Gabriel ATTAL a-t-il vraiment annulé l’achat de 2 Canadair lorsqu’il était au gouvernement ?
La réponse à cette question mise en ligne sur le site de TFIINFO dès le 11 juillet fit ressortir que l’ancien premier ministre n’était pas personnellement responsable de cette décision, mais que c’était La Sécurité civile qui l’avait prise.
Curieusement cette réponse pitoyable sembla suffire alors pour disculper complétement l’ancien premier ministre.
Que Gabriel ATTAL ait été responsable ou non de l’annulation de ces 2 Canadair est de bien peu d’importance, par contre, qu’en raison de la situation, il n’ait pas cru devoir passer commande pour au moins 4 de plus, était particulièrement grave, et risque malheureusement d’avoir prochainement des conséquences dramatiques en 2026.
Août 2025 : gouverner c’est prévoir
Depuis l’élection de Donald TRUMP, depuis que le président des États-Unis applique le programme sur lequel il s’est fait élire, depuis qu’il menace d’abandonner l’Union européenne à son sort, les dirigeants européens veulent mobiliser des milliards d’euros pour bâtir dans l’urgence la Communauté Européenne de Défense dont ils parlent depuis 70 ans.
On pouvait lire dans Le Monde daté du 5 mars : La Commission européenne a dévoilé, mardi 4 mars 2025, un plan baptisé « réarmer l’Europe » qui ambitionne de mobiliser près de 800 milliards d’euros pour sa défense et fournir une aide immédiate à l’Ukraine.
Heureuse initiative, mais seulement si cette somme est intelligemment utilisée, et si elle est accompagnée des mesures cohérentes indispensables à prendre pour optimiser son emploi.
Bien que la politique de défense reste essentiellement une prérogative nationale, la présidente de la Communauté européenne, Ursula von der LEYEN, s’exprime comme si elle était chef d’une armée européenne. Le président MACRON, sûrement par courtoisie, n’a pas voulu lui rappeler que l’armée européenne n’est toujours qu’un projet, et que dans l’Union européenne, seule la France a gardé tous les savoir-faire permettant de reconstituer, mobiliser, instruire, équiper, une véritable force armée, en moins de 10 ans.
Pour la France, supposée avoir été reconnue officiellement comme adversaire principal par POUTINE est un « grand honneur », mais c’est aussi malheureusement un avertissement qui l’oblige à rester sur ses gardes, plus que tout autre pays d’Europe.
La France a, en valeur relative bien sûr, la force armée la plus forte d’Europe, mais elle est aussi le pays qui peut être le plus facilement déstabilisé par des troubles, des émeutes, des attentats terroristes, ou plus simplement des incendies criminels.
Le 8 juillet aux alentours de Marseille, un feu de broussailles provoqué par une voiture en flamme, a vite pris de l’ampleur et gagné les abords de la ville. Bilan, l’incendie a ravagé 750 hectares de végétation, détruit plus de 10 maisons et entrainé l’hospitalisation de plus de 15 personnes.
Aucun des propriétaires des maisons parties en fumée, n’a voulu accabler les soldats du feu, bien au contraire, par contre plusieurs d’entre eux ont déploré qu’on fasse passer l’achat d’importants moyens pour lutter contre une très hypothétique invasion russe du territoire français, avant l’achat des moyens aériens indispensables pour lutter contre les départs d’incendies, accidentels ou provoqués, dont la probabilité d’occurrence, dans le climat international et national actuel, ne peut malheureusement que fortement augmenter.
Selon les habitants du quartier sinistré, qui ont déjà vécu des situations semblables plusieurs fois, les secours auraient beaucoup plus tardé à intervenir que d’habitude. Plus de 3 heures au lieu d’une demi-heure, et surtout une intervention tardive et insuffisante, faute de moyens aériens disponibles immédiatement.
En 2022, à la suite de grands incendies en Gironde, le gouvernement s’était engagé à acheter deux nouveaux bombardiers d’eau pour renforcer la flottille vieillissante. Malheureusement, la société Canadair n’a pas pu livrer les avions cette année, parce qu’il y a au minimum 4 ans d’attente.
Depuis des années des forêts brûlent régulièrement, et de plus en plus, en Grèce, en Espagne, en Croatie, au Portugal, en France, entre autres. Malgré leur professionnalisme et leur courage, les pompiers de toute l’Europe sont très régulièrement dépassés par l’ampleur des incendies, faute de moyens aériens.
Les besoins en bombardiers d’eau ne peuvent que croître, avec le réchauffement climatique constaté depuis des années. La société Canadair ne produit plus, ou produit trop peu, d’avions par an pour satisfaire la demande mondiale.
Tous les pays de l’Union européenne s’apprêtent à augmenter leurs dépenses d’armements considérablement, pour faire face à une agression russe, pas impossible mais improbable.
Dans le budget de la défense des pays de l’OTAN, la part consacrée à l’achat de matériels de lutte contre les incendies de forêts devrait être la priorité des priorités. Pour reconstruire une ville il faut des années, alors que pour reconstituer une forêt il faut des siècles. D’autre part et surtout, les incendies représentent une des armes offensives et défensives les plus simples à mettre en œuvre dans l’art de la guerre. La Russie n’a pas hésité à mettre Moscou en flammes pour chasser l’armée française. Les Français devraient être les derniers à pouvoir l’oublier.
La présidente Ursula von der LEYEN rêve d’une CED (Communauté Européenne de la Défense) dont la création est toujours aussi illusoire, alors qu’elle pourrait créer dès demain une CUMI (Coopérative de Mutualisation de Matériels Incendie), qui pourrait être pleinement opérationnelle très rapidement. L’Union européenne pourrait acquérir une flotte importante de bombardiers d’eau, soit en les achetant, soit en les faisant fabriquer en Europe, après avoir acheté une licence de fabrication, soit en lançant un programme de création d’hydravions bombardiers d’eau européen.
En 2022, le prix unitaire d’un canadair neuf était de 35 millions d’euros.
Selon France Info, en septembre 2024, la France aurait dépensé environ 15,7 milliards d’euros en aides directes ou indirectes à l’Ukraine ou aux Ukrainiens, soit à peu près l’équivalant de 450 canadairs.
En 1939, les chars de GUDERIAN et les avions de GŒRING ont balayé l’armée française en 6 semaines.
En 2025, les rêves d’Europe puissance pourrait partir très facilement et très rapidement en fumée.
Malheureusement pour l’Europe et les Européens les Canadairs sont fabriqués au Canada et non aux États-Unis.
Août 2019 : gouverner c’est prévoir
En raison de la persistance du réchauffement climatique, on ne peut espérer que l’occurrence des incendies de forêt diminue prochainement. Malgré toutes les mesures de prévention mises en œuvre, la probabilité de nouveaux incendies ne peut donc qu’augmenter.
Lorsqu’on ne peut pas prévenir les incendies, il faut se doter des moyens les plus efficaces pour pouvoir les combattre. Il est acquis que la rapidité d’intervention et la puissance des moyens mis en œuvres sont absolument déterminants. Depuis des dizaines d’années, les avions type « canadair » ont fait la preuve de leur incontournable utilité et de leur efficacité.
C’est pourquoi la façon la plus simple et la plus évidente de lutter contre les futurs incendies est d’augmenter le nombre d’escadrilles et le nombre de canadairs disponibles.
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Juillet 2017 : gouverner c’est prévoir
Une force européenne de Canadairs ? Et pourquoi pas !
C’est la proposition que vient de faire le président de la région PACA (Provence Alpes Côte d’Azur) et député européen, Renaud MUSELIER, dans une lettre adressée au président français, Emmanuel MACRON. Il estime que la seule solution face aux risques accrus d’incendies et à la faiblesse des moyens aériens dans toute l’Europe (1), est de mettre en place une flotte aérienne européenne.
Une flotte limitée en nombre
La situation est, en effet difficile. La France a 12 avions Canadairs vieillissants (voir ci-dessous), l’Italie 13, l’Espagne 14 CL-215T et 4 CL-415 et la Grèce également une bonne dizaine (une flotte souvent très ancienne et usée au point que le nombre d’avions opérationnels est loin d’atteindre le chiffre officiel, le ministre Nikos DENDIAS disait déjà en 2014 combien ils « étaient vieux et sujets à des pannes mécaniques récurrentes », lire ici). Tandis que le Portugal n’en a aucun selon Renaud MUSELIER. On pourrait ajouter à cette liste, le Monténégro et la Slovénie qui n’ont, aucun avion à ma connaissance, travaillant surtout avec des hélicoptères. La Bulgarie et la Roumanie tous aussi exposés aux risques d’incendies et disposant d’assez peu de moyens. Dans la région des Balkans, c’est la Croatie qui est la plus équipée avec six CL-415. Dans la plupart des pays, ces avions dépendent ou sont utilisés par l’armée de l’air.
… et mise à rude épreuve
La flotte française d’avions anti-incendies, les 12 avions Canadair CL 415 notamment, devrait être bientôt renouvelée. Leur âge n’est pas immense – 23 ans pour le plus ancien – Mais la « durée de vie de tels appareils est considérablement réduite de par la multiplication des impacts avec l’eau ». Il faut « engager urgemment un renouvellement de notre flotte aérienne » plaide-t-il.
Se regrouper, une nécessité technologique
Une seule solution : se grouper à plusieurs pays. « L’entreprise Viking Air en charge de la commercialisation des bombardiers d’eau refuse de reprendre la production si une commande d’au moins 25 appareils ne lui est pas faite. » Soit un budget de plus d’un milliard d’euros. La seule solution qui s’impose.
… et une nécessité économique
« La France ne peut pas supporter toute seule un tel investissement, la seule solution est européenne via une politique communautaire de protection civile ambitieuse » plaide-t-il. « La France doit engager l’ensemble des pays du Sud de l’Europe dans une grande politique de renouvellement de la flotte aérienne d’intervention avec l’aide de la Commission européenne via le mécanisme européen de protection civile ».
Commentaire : cette solution parait complexe à mettre en œuvre. Mais elle parait aussi s’imposer. Chaque année, les Canadairs courent d’un pays à l’autre. Car aucun pays n’a les moyens suffisants pour faire face à ses propres incendies. Et plusieurs autres (les plus petits) sont dépourvus de vrais moyens de lutte. Il suffit que deux ou trois incendies majeurs se déclenchent en même temps. Et c’est la panne sèche. Une coopération renforcée en la matière s’impose donc. Elle rejoint ainsi le projet de Michel BARNIER d’une force européenne de protection civile.
(Nicolas GROS-VERHEYDE)
(Maj) Chiffres espagnols et grecs corrigés, les chiffres mentionnés dans la lettre de l’eurodéputé n’étant pas tous exacts.
Comme François BAYROU l’a rappelé en février 2002, « si on pense tous la même chose c’est qu’on ne pense plus rien ». D’où l’importance des débats et de la disputatio.
[Le 7 août 2025, 18 H00, C. D., Saint Malo] : Félicitations aux rédacteurs des articles d’ICEO pour leur perspicacité.









