N°339 Un mur qui marque l’inconséquence de ceux qui l’ont fait construire et qui affiche l’impuissance des autorités.

Un mur de la honte qui est aussi un nouveau « mur des cons« .

Il faut remonter soixante ans en arrière, et la construction du Mur de Berlin en août 1961, pour retrouver une pose de parpaings qui fasse autant de bruit et qui soit aussi décriée. Le vendredi 24 septembre le « différend crack » qui oppose la mairie de Paris et le ministère de l’intérieur depuis de nombreux mois s’est brutalement et bruyamment déporté en Seine Saint Denis.

En construisant à toute vitesse, sans aucune concertation, un mur à l’entrée et la sortie du tunnel qui permettait aux habitants de Pantin vivant dans le quartier des Quatre Chemins de se rendre le plus directement possible à Paris, le ministre DARMANIN a avant tout érigé un mur d’incompréhension.

Ce mur présenté comme une réponse transitoire au problèmes des graves nuisances occasionnées par les regroupements de toxicomanes, ne pourra à l’évidence que déplacer les problèmes liés à la vente et à la consommation de crack à Paris, et ne permettra en rien de répondre à l’attente des habitants condamnés à faire face aux «crackeux».

Comme tous les maux, le problème du crack doit être traité à la racine du mal, plus exactement en l’occurrence, aux racines du mal. Malheureusement, dans notre État de droit, en voie de déconstruction, tout semble se conjuguer pour interdire la mise en place de solutions pérennes.

Aujourd’hui, les fauteurs de troubles savent pertinemment qu’ils bénéficient d’un privilège exorbitant, celui de pouvoir continuer à tenir des assemblées totalement interdites par la loi, dès lors qu’elles sont racisées.

Alors qu’ils vivent l’enfer des zones de crack et qu’ils craignent leur extension, alors qu’ils n’aspirent qu’à conserver et/ou recouvrer la quiétude et la sécurité qui leurs sont dues, alors qu’ils n’ont émis aucune revendication exorbitante, certains habitants se voient actuellement accusés d’être co-responsables de leurs propres malheurs, voire même d’en être les premiers responsables.

Samedi 25 septembre sur une chaîne d’information en continu, on a pu ainsi entendre un ancien député socialiste, Eduardo Rihan CYPEL, reprocher aux complaignants d’être coupables de populisme, et de constituer de ce fait le principal obstacle à la résolution de leur problème de cohabitation avec les drogués.

Un exemple parmi d’autres qui illustre une insupportable inversion des rôles, où les habitants qui se croyaient de bons sujets découvrent qu’ils sont des quasi délinquants, en suspicion de racisme systémique et d’intolérance.

Ces accusations sont cocasses, en ce qui concerne les habitants du XIXe et du XXe arrondissement de Paris, et plus encore les habitants de Pantin car ils est facile de vérifier qu’ils sont pour beaucoup aussi bruns de peau que ceux qui troublent continûment leur sommeil.

Les toxicomanes fumeurs de crack sont en grande souffrance, sociale, sociétale, culturelle, en fin de compte sanitaire. Comme tous les grands malades, ils ont besoin avant tout d’une aide médicale, besoin d’une main tendue. Mais en raison de l’altération de la santé mentale et physique des drogués, la main qu’on leur tend ne doit pas être molle, et pour être efficace, l’assistance qu’on leur porte doit impérativement être aussi constante que résolue.

En juillet dernier on pouvait lire dans le Figaro un article intitulé : Jardin d’Éole: pourrait-on regrouper les toxicomanes dans des «centres fermés» pour les soigner?

À ceux qui répondent oui à cette question en ajoutant que les «centres fermés» constituent la seule solution viable pour traiter les consommateurs de crack qui sont en infraction permanente, et qui constituent un danger pour eux-mêmes et pour les autres, l’adjointe à la maire de Paris chargée de la Santé, Anne SOUYRIS, répond offusquée : «On ne soigne pas quelqu’un contre lui-même. Ou alors dans les dictatures… Cela nie les droits fondamentaux, et ça ne marche pas !».

« Cela nie les droits fondamentaux »

En tenant ces propos en 2021, l’élue parisienne montre que, face au problème du crack dans le Nord de la capitale, elle est restée fidèle à ses engagements idéologiques constants et à ses réalisations passées.

Anne SOUYRIS (née Anne SOUYRIS de SAINT-BRICE), membre de la Direction des  Verts entre 2006 et 2011, favorable à la dépénalisation du cannabis, fut en effet le principal maître d’œuvre de la première salle de shoot créée à Paris en 2016.

Le 12 octobre 2017 dans Le Monde, elle confirmait ses convictions en la matière, et affichait sa satisfaction pour les résultats positifs déjà obtenus.

Le 11 octobre 2016, la France inaugurait sa première « salle de consommation à moindre risque » à Paris, malgré les craintes des riverains. L’objectif : proposer aux toxicomanes de meilleures conditions d’hygiène et un accompagnement pour limiter les pratiques les plus risquées. Un pari « globalement » réussi selon la mairie de Paris, qui met en avant le bilan de cette expérimentation un an après.

Dès sa réélection en juillet 2021, la maire de Paris a relancé des projets de salles de shoot dans la capitale.

Pour respecter les « droits fondamentaux » des toxicomanes, droits qu’ils sacralisent, les édiles parisiens veulent absolument continuer à laisser aux usagers de ces lieux, quels que doit leur dépendance et leur dangerosité afférente, la liberté de divaguer sans entrave dans tout l’espace public.

Bien que cette politique soit massivement rejetée par les riverains des salles de shoot et des lieux de vente de crack, et qu’elle se montre de plus en plus insensée, les élus responsables persistent à vouloir imposer leurs vues et la philosophie de leurs actions, ou plus exactement la philosophie de leur inaction en matière d’ordre public.

Il est évident aujourd’hui pour 90% des Français, que le traitement des toxicomanes dangereux doit être imposé dans des centres fermés, pour des raisons élémentaires de salubrité publique.

Malgré cela, à la mairie de Paris, on persiste à refuser le principe des injonctions thérapeutiques, car supposé être attentatoire à la liberté élémentaire des drogués.

Ainsi, pour garantir les susnommés droits fondamentaux de quelques milliers de toxicomanes, des centaines de milliers de Parisiens sont contraints de partager leur espace vitale avec des individus qui deviennent de plus en plus dangereux, faute de soins et de réponses rapides adaptées à leur état, à leur comportement et à leur situation.

… « et ça ne marche pas »

Lorsque l’adjointe à la maire de Paris chargée de la Santé déclare : « et ça ne marche pas », on devine aisément le fond de sa pensée, que l’on pourrait résumer par : « et ça ne sert à rien ».   

En visionnant l’une des nombreuses vidéos disponibles en ligne sur les réseaux sociaux, face à l’incompréhension, l’inconséquence et l’impuissance des pouvoirs publics , on comprend aisément le désarroi et la colère des habitants des quartiers affectés par le trafic de crack.

Depuis des mois et des mois on ne sait, du ministère de l’Intérieur et de la mairie de Paris, qui fait le plus preuve de mauvaise volonté, de mauvaise foi et surtout d’incompétence.

Depuis plusieurs mois, sous la pression des habitants des quartiers envahis par le crack, la préfecture et la mairie de Paris font semblant de chercher des solutions, en se contentant de déplacer les populations en même temps que les problèmes d’ordre public. Malheureusement pour les victimes de l’incurie ambiante, la vie politique parisienne rappelle la boutade cynique d’un ancien président du conseil des ministres de la IVe République : « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ». Henri QUEUILLE.

Devant l’incapacité, et /ou la mauvaise volonté manifeste à agir pour régler les problèmes de façon pérenne, les citoyens accordent de moins en moins leur confiance aux partis, dits de gouvernement, partis qui se prétendent pourtant, toujours et encore, seuls compétents et légitimes pour diriger, qui le pays, qui la mairie.

Se met en place alors un cercle vicieux, plus les électeurs s’abstiennent, moins ils ont de chance de se voir entendus par les élus en place, et plus les électeurs refusent de leur apporter leur suffrage, moins les élus ont électoralement de raisons d’entendre leurs revendications.

À cause des taux d’abstentions records, lors des dernières élections municipales, toutes les équipes en place, qui ont pu se représenter rassemblées, ont bénéficié de primes aux sortants exceptionnelles (lire N° 324 La prime aux sortants, une belle prime en cas d’abstention).

La ville de Paris a environ 2,2 millions d’habitants. En 2020 on comptait à Paris 1,3 million d’électeurs inscrits. Au second tour des élections municipales la liste d’union conduite par Anne HIDALGO a recueilli 48,5% des suffrages exprimés. Soit, avec un taux de participation de 36%, moins de 17% des électeurs inscrits. Au premier tour la liste Europe Écologie Les Verts a recueilli un nombre de voix correspondant à 4,25% des inscrits. Au conseil de Paris, qui compte 163 sièges, le groupe de la majorité (Paris en commun) a récupéré 96 sièges, dont 23 (24%) pour les écologistes. On note ainsi qu’un groupe politique représentant moins de 5% du corps électoral peut obtenir le quart des sièges de la majorité municipale.

La gauche parisienne est une gauche très idéologisée. Dans cette gauche, les écologistes sont souvent parmi les plus idéologisés. Les habitants vivant au Nord-Est de Paris n’ont pas de chance, l’élue en charge de leur problème refuse, a priori, par principe, au nom des droits de l’homme, toute coercition.

Pour elle et ses semblables en idéologie, les mots, détention, rétention, assignation, interdiction, obligation, etc, sont des gros mots à bannir. Pour faire taire tous ceux qui osent les prononcer, les idéologues monomaniaques appellent à l’aide les «scientifiques» et les «experts», en santé public, en sociologie, en psychologie, en psychiatrie, qui, aussi idéologues qu’eux, considèrent que la coercition : «ça ne marche pas» et donc que cela ne sert à rien.

Cela ne sert à rien?

Les Français ont appris en mars 2020 qu’une mesure qu’on ne veut pas, ou qu’on ne peut pas mettre en œuvre, peut être déclarée inutile, contreproductive, voire carrément dangereuse, avant même d’avoir été essayée.

Les populations qui subissent en permanence les nuisances liées au trafic de crack, attendent de leurs élus qu’ils traitent le problème de la consommation de stupéfiants, de façon pérenne.

Mais à l’évidence, en matière de crack, les édiles et les habitants qui les appellent à leur secours n’entendent pas le sens des mots de la même façon. Pour les habitants le problème du crack, qui nuit gravement à leur santé mentale et physique, doit bénéficier d’un traitement prioritaire. Mais pour les édiles parisiens, par principe, le traitement médical des toxicomanes ne saurait en aucune façon passer après le traitement du problème de trouble à l’ordre public lié à la vente de crack, car cela apparaitrait à leurs yeux comme une coupable discrimination et une atteinte aux droits élémentaires des consommateurs de stupéfiants.

Les Parisiens qui vivent une cohabitation forcée avec les toxicomanes, sont ainsi victimes au quotidien du mal que Jean-Louis HAROUEL, professeur émérite d’histoire du droit à l’université Panthéon-Assas dénonce depuis des années dans ses travaux. Un mal que l’on pourrait résumer comme suit :

Le principe, qui est devenu un  principe de prohibition absolue de toute discrimination  ne peut trouver sa justification qu’en invoquant l’amour suicidaire de l’autre jusqu’au mépris de soi. Il a réussi à supplanter le principe d’égalité qui, en permettant de traiter différemment diverses situations, rend possible la distinction entre l’honnête homme et le délinquant, entre le citoyen national et l’étranger en situation irrégulière. Tandis qu’à l’inverse le principe de non discrimination interdit a priori de distinguer ; il conduit à traiter uniformément des situations différentes : concrètement le citoyen vertueux ou l’étranger respectueux de la loi d’une part, et de l’autre, l’individu, national ou étranger, qui méconnait délibérément la loi.

Ce principe est un principe politiquement incapacitant, comme on le dit des gaz de combat du même nom : il paralyse l’action publique et empêche d’agir. Face à l’impuissance des édiles municipaux de la capitale et à celle des pouvoirs publics de plus en plus de Parisiens exigent l’adoption de mesures radicales. Ils rappellent avec force et colère que eux aussi ont des droits élémentaires, malheureusement sans être compris.

Depuis près de 40 ans, William LOWENSTEIN, a fait de la Santé des addictions le combat de sa carrière médicale, il connaît ainsi particulièrement bien les problèmes liés à consommation des drogues les plus addictives, et les énormes difficultés que rencontrent les toxicomanes, pour consommer à faibles risques comme il les aide à le faire, et plus encore pour s’affranchir de leur dépendance aux substances stupéfiantes, même en faisant usages de médicaments de substitution comme la méthadone et la buprénorphine.

Interrogé fin septembre sur ce qu’il pense des injonctions thérapeutiques, le docteur LOWENSTEIN a tenu a mettre en garde ceux qui préconisent des mesures essentiellement coercitives, sur l’illusion qu’il y a à croire pouvoir sevrer les toxicomanes sous la seule contrainte. Comme Anne SOUYRIS, il pense qu’on ne peut pas soigner la toxicomanie de force, mais contrairement à elle il admet que la contrainte associée est souvent indispensable aussi, tant pour des raisons thérapeutiques que pour des besoins sécuritaires.

« On ne soigne pas quelqu’un contre lui-même »

Cette remarque n’a rien de nouveau, et ne vaut bien sûr pas que pour les toxicomanes. On sait en effet que l’emprisonnement et l’internement psychiatrique, à eux seuls, n’évitent ni les récidives, ni les rechutes. On sait qu’un trop grand nombre de délinquants ne cessent pas d’être délinquants en sortant de prison. On sait aussi que l’incarcération s’avèrent dans de très nombreuses circonstances criminogènes.

Malgré ce constat accablant la disparition des prisons et des hôpitaux psychiatriques demeure impensable et socialement impossible. En revanche ce qui est possible, pensable et indispensable, c’est la recherche d’une optimisation des mesures de détentions, de rétentions ou d’hospitalisations.

Les pompiers ont appris qu’en matière d’incendie, pour éviter qu’un feu ne prenne de l’ampleur, il fallait l’étouffer le plus rapidement possible. Ils ont appris aussi qu’il fallait tout faire, de façon préventive et curative, pour qu’un éventuel feu ne puisse s’étendre rapidement, d’où l’importance du débroussaillage, des pare feux, d’où l’importance de la gestion précautionneuse du transport et du stockage des matières les plus inflammables. Les soldats du feu ont  appris enfin l’importance de la force  des moyens dont ils peuvent immédiatement et réellement disposer.

Depuis la création du premier bataillon de sapeurs pompiers de Paris en 1811, conscientes de l’importance de la précocité et de la puissance des moyens mis en œuvre pour circonscrire un incendie, les autorités françaises prennent grand soin de ne pas jouer avec le feu. C’est pourquoi, jusqu’à ce jour, aucun responsable politique n’a proposé de fermer des lits dans les casernes de pompiers, pour faire des économies. Aucun responsable n’a proposé de vendre des équipements, sans les remplacer, sous prétexte que cela faisait des années qu’ils n’avaient pas servi. Aucun responsable n’a eu la faiblesse de confondre rationnaliser avec rationner.

Malheureusement, en matière d’action et de prévention, la philosophie générale adoptée avec succès par les pompiers pendant plus de deux siècles, a été totalement délaissée, voire récusée, au nom de l’efficience et de la modernité économiques.

On a pu mesurer à l’occasion de la crise de la covid-19, combien les délocalisations massives et l’extension du principe de gestion en flux tendu au secteur de la santé étaient pure folie.

Tout cela au nom d’une bonne gestion « comptable »

Contrairement à ce qu’avance la plupart des analystes économiques, la désindustrialisation de la France n’est pas une simple erreur de gestion, c’est avant tout une erreur stratégique fondamentale, due à la faillite des élites françaises, devenues indifférentes à l’avenir et à la grandeur de leur pays.

La part de l’industrie dans le PIB de la France est passée de 35% en 1970 à moins de 13% aujourd’hui. Non seulement nos « experts en Économie» ne se sont pas inquiétés de la mauvaise pente que prenait notre industrie mais ils ont longtemps salué cette tendance à la baisse comme un signe de progrès, de grande intelligence économique. Actuellement nos dirigeants politiques veulent absolument relocaliser de nombreuses fabrications, mais malheureusement leur motivation reste principalement comptable.

Après 1983, après le tournant de la rigueur, ce que le général de GAULLE redoutait est advenu. La politique de la France s’est faite à la corbeille (de la Bourse). Alors que François MITTERRAND avait été élu en 1981 sur un programme de gauche volontariste et productiviste, dès 1984 les socialistes se mirent à l’air du temps en matière de doctrine économique et industrielle. L’heure était à un partage mondialisé des tâches, les Occidentaux à la manœuvre se réservant bien sûr les activités qu’ils pensaient les plus nobles et les plus rentables financièrement : les services. Dès lors, pour les « élites occidentales » de plus en plus mondialisées, bien vendre est devenu plus important que bien faire.

Dans les classes préparatoires aux grandes écoles être « épicier », est devenu beaucoup plus attractif, voire prestigieux, que d’être « taupin ». Au point que l’école polytechnique en est venue à former dans certaines promotions, beaucoup plus de financiers que d’ingénieurs et de chercheurs.

Dans les cours qu’il a donné au Collège de France de 2012 à 2014, ayant pour intitulé : La gouvernance par les nombres, le professeur Alain SUPIOT, juriste français spécialiste du droit du travail, de la sécurité sociale a montré que :  [Notre temps était victime de « quantophrénie », de confiance immodérée et presque monomaniaque dans l’abstraction de chiffres et de nombres devenus le langage dominant de l’agir politique. Notre temps rêve d’« harmonie par le calcul », d’un gouvernement « scientifique », d’une pure administration des choses, enfin émancipés des délices et poisons de la passion politique.]

C’est la prise de pouvoir de décision par les « épiciers » et les comptables qui a conduit aux graves problèmes que la France traverse actuellement en matière de santé publique et de sécurité.

Triste paradoxe, les dirigeants qui prétendent gouverner en ne s’appuyant que sur des données chiffrées ne savent maleureusement pas compter.

La démographie étant l’une des sciences les plus exactes, et les plus prédictives, l’évolution du numerus clausus pour les études de Médecine, conduite par les différents ministre de la santé, depuis 1972, apparaît proprement incompréhensible et affligeante, la population française étant passée de 53 millions à 67 millions.

On peut noter avec effroi, que pendant une quinzaine d’années, de 1998 à 2001, le numerus clausus n’a ouvert qu’un nombre de places inférieur de moitié à celui de 1972. En 2018, alors que la population française avait augmenté de 14 millions, soit 26%, le nombre de places ouvertes aux étudiants en 2e année de Médecine était encore inférieur de 5% à celui de 1972.

C’est pourquoi, lorsque l’on entend aujourd’hui des responsables politiques expliquer que sans les médecins étrangers, notamment ceux venus d’Afrique, les hôpitaux français ne pourraient pas soigner les malades, on ne peut s’empêcher de penser avec colère et amertume : « à qui la faute ? »

L’exemple des étudiants en Médecine est certainement le plus emblématique de l’inconséquence et de l’impéritie dont les dirigeants français se sont montrés capables de faire preuve avec constance et obstination dans de très, dans de trop, nombreux domaines, à de trop nombreuses occasions.

L’excellence de la langue d’usage est une exigence essentielle.

De l’intervention qu’Édouard PHILIPPE a effectuée le samedi 9 octobre au Havre, sur « ses terres », la presse et les médias ont surtout retenu la petite phrase qu’il avait ciselée à dessein pour qu’elle soit reprise. Ils ont ainsi tous bien relevé que l’ex-Premier ministre d’Emmanuel MACRON voulait avant tout rétablir « l’ordre dans (les) comptes et dans (la) rue ».

À la fin de son meeting, Édouard PHILIPPE a révélé le nom du parti nouveau qu’il lançait : « Bon allez, je vais vous le dire… Ce sera Horizons, parce que pour bien faire, il faut voir loin »

Il est bien sûr indispensable de réfléchir à la stratégie du pays à très long terme. Mais il est illusoire d’espérer voir loin sans voir clair. Et pour voir clair, il faut certes rétablir l’ordre dans (les) comptes et dans (la) rue, mais il faut avant tout mettre de l’ordre dans les idées.

Car on constate, fort malheureusement, que de plus en plus de Français sont affectés par un désordre mental, un état mental caractérisé par un manque de pensées et/ou un manque de comportements cohérents, conséquents et ordonnés.

Le désordre mental qui se généralise n’est pas de nature psychiatrique mais de nature sémantique. Est-ce sous l’effet de l’inculture qui se généralise, est-ce dû à la baisse dramatique du niveau scolaire, ou est-ce en raison de la déconstruction à laquelle la langue française est soumise depuis de trop nombreuses années, toujours est-il que les Français semble perdre le sens des mots, et l’importance de la précision et de la spécificité des termes utilisés.

En 1944, Albert CAMUS écrivait : « Mal nommer [les choses], c’est ajouter au malheur de ce monde ». Cette formulation n’a sans doute jamais été autant d’actualité.

Plus problématique encore, une partie importante des jeunes Français ne possède que quelques centaines de mots, quand il leur en faudrait plusieurs milliers pour pouvoir exprimer le fond de leur pensée et toute la richesse de leurs sentiments.

Depuis 2005, de nombreux sociologues et responsables politiques tiennent à faire de la misère sociale la première cause expliquant les révoltes qui enflamment plus particulièrement certaines banlieues de façon récurrente. L’insécurité économique est bien évidemment cause de frustration et de ressentiment. Mais il est une insécurité encore plus violente : l’insécurité linguistique. «La pénurie de mots est une des causes de la violence des adolescents».

L’indigence lexicale et grammaticale, qui ne cesse de croître en France, est à l’origine de la plupart des crises que traverse le pays, et des problèmes qu’il doit affronter. Quand les mots manquent et/ou non plus de sens, le désordre s’installe. Ceux qui n’ont pas les mots pour dire, n’ont plus que leurs poings pour faire savoir.

Crise dans l’enseignement de l’école, jusqu’à l’université. Tensions dans les rapports sociaux.

L’excellence de la langue d’usage n’est pas une simple exigence esthétique, c’est une exigence essentielle. On ne peut penser droit avec des phrases tordues. Une pensée juste, exprimée approximativement, n’est plus qu’une pensée approximativement juste.

Dans son discours à l’Académie française, à l’occasion du 300e anniversaire 
de la première édition du Dictionnaire, le jeudi 26 mai 1994, Jacqueline de ROMILLY déclarait :

« …, la pensée gagne en précision ce que le vocabulaire gagne en variété. Comment penser avec des concepts mous et flottants ? Comment penser quand les mots manquent ?

On bafouille, faute de trouver les mots, on approuve ou l’on s’indigne, sans avoir bien compris; des collègues mathématiciens découvrent que, parfois, les jeunes se trouvent paralysés devant un problème de mathématiques élémentaires simplement parce qu’ils ne comprennent pas les mots de l’énoncé. … »

La dévalorisation des apprentissages fondamentaux à l’école, le mépris de la langue française, la survalorisation de la langue anglaise affichée par certaines « élites » et certains médias, sont incompatibles avec l’excellence culturelle et scientifique que nos gouvernants et nos dirigeants prétendent redonner à la France.

Le plus mauvais service qu’on puisse rendre aux élèves et aux étudiants est de les laisser croire qu’on peut faire d’excellentes études secondaires et supérieures sans posséder de solides connaissances de base et sans maîtriser les savoirs élémentaires..

Les mauvaises pratiques langagières et syntaxiques ont malheureusement envahi tout l’espace public, administratif et politique. Il faut également déplorer que de plus en plus d’enseignants soient à leur tour victimes d’environnements linguistiques délétères parce que recrutés sans une bonne connaissance des savoirs fondamentaux qu’ils sont censés transmettre.    Extrait pages 28-29 de L’École, l’école, et encore l’école [2013.06.24]

C’est pourquoi il est indispensable de sensibiliser TOUS les jeunes scolarisés en France à l’importance de la richesse, de la justesse et de la précision des langues d’usage en général et de la langue française en particulier, car elle restera, même si elle n’a pas été leur langue maternelle, la langue dans laquelle ils auront commencé à construire leur pensée.

Tous ceux qui mythifient les sociétés multiculturelles, et multilingues, ne veulent garder qu’une vision idyllique des mondes bigarrés. Mais de même que pour être mangeable un plat doit être justement assaisonnée, une société pour être vivable, sans tension, doit rester justement mélangée.

Le multiculturalisme est une utopie ! Comme toutes les utopies, elle est pavée de bons sentiments et…mène trop souvent à l’enfer. Les pays multiculturels sont-ils tous en guerre civile ? La réponse est malheureusement oui ; il n’existe aucun pays multiculturel et multilingue qui n’ait pas connu de guerre civile, à l’exclusion notable de la Suisse.

Pour un individu, posséder plusieurs langues est un grand plus, sous réserve qu’avec toutes les langues qu’il connaît, ou qu’il prétend connaître, il puisse faire partager la profondeur, la richesse et toute la palette de sa pensée.

Un étudiant qui prétend fièrement et faussement être bilingue sur son curriculum vitae, est le plus souvent un étudiant qui ne sait pas Comment indiquer son niveau de langue sur son CV?

Car être bilingue, ce n’est le plus souvent le cas que pour ceux qui ont reçu deux langues maternelles, signifie être capable de pratiquer deux langues à un niveau équivalent.

Il y a en France des millions d’habitants à avoir la chance de pratiquer au moins deux langues à un niveau équivalent. Malheureusement on est au regret de constater que leur maîtrise de ces langues est de plus en plus faible, que la langue française fasse partie des langues pratiquées, ou non.

Les enseignants s’alarment chaque année un peu plus du très faible niveau en français des étudiants qui arrivent à l’université. Il n’y a aucune raison de croire que le niveau des étudiants se déclarant bilingues est meilleur que celui des autres étudiants.

Il est donc hautement probable qu’en France les étudiants anglophones qui se pensent bilingues n’ont pas une maîtrise de la langue anglaise supérieure à celle de la langue française, qu’elle soit leur langue maternelle ou non.

Qui peut imaginer sérieusement qu’un francophone de naissance , qui se montre incapable de formuler son discours avec justesse et précision, en français, pourra le faire en passant à l’anglais ?

Ordre et discipline

Imaginons que tous les instructeurs d’auto-écoles soient amenés à faire le même constat et qu’ils déclarent mêmement : « les jeunes conducteurs ne respectent plus rien, ils n’ont plus ni repères ni limites ». On ne manquerait pas de leur rétorquer qu’ils sont les premiers responsables de cette situation, puisque formateurs principaux et souvent exclusifs.

Lorsque les adultes se lamentent sur le manque de repères et de limites qui seraient inhérents aujourd’hui aux nouvelles générations, ils omettent soigneusement de se reconnaître la moindre responsabilité dans cet état de fait. Il est pourtant simple de comprendre que nos enfants ne peuvent connaître des limites qu’on ne leur a pas fixées, ni avoir des repères qu’on ne leur a pas donnés.

L’éducation des enfants et des adolescents est une tâche extrêmement astreignante et fastidieuse qui devient de plus en plus dangereuse lorsque ces enfants et ces adolescents ne sont pas les siens. C’est pourquoi de moins en moins d’adultes acceptent de participer à cette mission éducative collective d’intérêt national. Pour se donner bonne conscience et pour qu’on ne vienne pas leur reprocher leur passivité, ils ont trouvé une stratégie d’évitement : déclarer « pas grave » toutes les inconduites ou les incivilités, qu’ils devraient condamner et contre lesquelles ils devraient lutter en adultes responsables, conséquents, et bienveillants.

Ceux qui font preuve de la plus grande « tolérance » espèrent ainsi trouver la plus grande tranquillité et surtout éviter tout ce qui pourrait les distraire de leur existence egocentrée. Cette paresse et cette lâcheté qui se généralisant et perdurent, ont un coût sociétal, social, écologique et économique très élevé, trop élevé pour un État dont les dépenses sont de plus en plus contraintes et forcées.

C’est pourquoi il faut absolument que les adultes et leurs enfants prennent enfin pleinement conscience qu’ils ne sont pas simples spectateurs de leur existence mais qu’ils en sont les principaux acteurs, et que les conditions dans lesquelles ils vivent ne sont pas totalement étrangères à leur mode de vie et à leurs comportements.

Lorsqu’ils revenaient au pays voir leurs enfants, les maçons creusois qui construisaient le Paris d’HAUSSMANN avaient coutume de leur dire « l’ordre et la discipline mènent toujours à une petite aisance ». Originaires de l’un des départements les plus pauvres de France, ils avaient appris dans la douleur que le désordre et l’indiscipline conduisent immanquablement à l’accroissement de la misère.

Les gardiens des grands ensembles immobiliers ont maintes fois pu constater que des équipements collectifs identiques, mis à la disposition du même nombre d’habitants dans deux cages d’escaliers semblables, restaient très longtemps fonctionnels ou étaient hors d’usage rapidement, selon que les locataires faisaient tout pour en prendre le plus grand soin ou selon qu’ils les laissaient vandaliser.

Ordre et discipline sont des mots tabous qu’il est encore très difficile d’utiliser sans être suspecté de vouloir faire marcher la société au pas. Les pays occidentaux, mêmes les plus riches, viennent de redécouvrir, contraints et forcés, l’importance fondamentale de la discipline, notamment en matière sanitaire.

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Il est urgent que la société française recouvre le minimum d’ordre nécessaire au savoir-vivre ensemble et la discipline élémentaire indispensable au travail bien fait.

Les prestations des services publics et parapublics peuvent être améliorées en optimisant la cohérence de leurs actions, mais elles ne peuvent être augmentées sans limites pour des raisons financières évidentes.

Il faut donc demander aux Français de mettre en cohérence leurs exigences, souvent contradictoires, et leurs comportements. Les difficultés que rencontrent notamment tous les ministres de l’Éducation nationale pour arriver à modifier les rythmes scolaires sont à cet égard très éclairantes.

Les adultes demandent à l’école de donner aux élèves des repères, des limites et des savoirs, mais souhaitent en même temps conserver des modes de vie incompatibles avec la bonne scolarité des enfants. Ici encore, pour ne pas entraver leur totale liberté de dire, d’écrire et de faire, ils s’efforcent de considérer sans importance les comportements qu’ils ne veulent abandonner sous aucun prétexte, en déclarant : « ce n’est pas grave ».

L’école n’est bien sûr pas épargnée par ce discours ambiant totalement incompatible avec une bonne acquisition des savoirs fondamentaux.

Le bon maître n’est pas celui qui laisse tout passer mais celui qui sensibilise à l’importance de la rigueur, de la justesse et de l’application.

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Ordre et discipline

Désordre et indiscipline mènent immanquablement à la misère 

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Santé, sécurité, salubrité, droits de l’Homme et quadrature du cercle

Les mauvaises pratiques langagières et syntaxiques ont malheureusement envahi tout l’espace public, administratif et politique. Il faut également déplorer que de plus en plus d’enseignants soient à leur tour victimes d’environnements linguistiques délétères parce que recrutés sans une bonne connaissance des savoirs fondamentaux qu’ils sont censés transmettre.

[Le 21 octobre 2021, 21H35, J. M., Collioure] : Pauvre France !